Ibid., col
LES ORDINATIONS DE PHOTIUS
reçu des interprétations opposées. Ce sont des expressions un peu fortes que celles-ci « promulguantes nunquam fuisse prius aut nunc esse episcopum ». N’est-ce pas déclarer nulle l’ordination de Photius? Heureusement, cette difficulté est écartée par le témoignage décisif d’Anastase le bibliothécaire. Celui-ci a ajouté des notes 1 à la traduction qu’il a faite des Actes du huitième concile. Or une d’elles 2 explique la formule précédente « promulgantes » et amène à la compléter par le mot « épiscopum legitimum » .
III. — L'indulgence de Jean VIII et les sévérités de Formose.
Ainsi donc, au sujet des ordinations de Photius, le jugement de Rome a été conforme à la théologie actuelle, mais l’écart est grand entre le langage des papes au début de la controverse, et celui des années 866-69 : le ton est allé toujours s’élevant, et c’est avec la dernière énergie qu’Hadrien II se refusait à reconnaître les clercs ordonnés par Photius. Il les poursuivait même jusqu’en Bulgarie, pour les empêcher d’exercer leurs ordres, et obtenir leur déposition 3 . Quel changement quand on entend les décisions de Jean VIII du 16 août 879! Il admet à l’exercice de leur charge Photius et ses clercs 4 . C’est que la situation
1. Il nous en avertit dans la préface des Actes, Hardouin, Acta Conciliorum, t. V, col. 756 .
a. Cette note se trouve à la suite de la lettre adressée le 10 novembre 871 par Hadrien II, à l’empereur Basile. Le pape, sollicité par Ignace de réintégrer les clercs ordonnés par Photius, s’y refuse. Anastase indique à ce propos une objection qu’il a souvent entendue, et donne aussitôt la réponse J Ibid ., col. 939) : tt Quaeritur cur sedes Apostolica eos qui a Photio damnato m diversis sunt Ecclesiae gradibus constituti, sine recuperatione deposuerit, cum ab Ebbone [RemensiJ damnato sacratos, et post adstantibus cpiscopis depositos, instaurari decreverit. Sed scienduni est quia Photius tanquam neophytus et adulter, qui scilicet Ecclesiam viventis invaserit, nunquam fuisse episcopus, dictus et promulgntus est; sed nec ii qui ab eo manus impositioncm acceperunt, comparati videlicet Maximo Cynico et ordinatis ab eo a secundo synoao cum ordinatore repulsis; Ebbo autem, licet postea sit depositus, quandoque tamen episcopus fuit, quemadmodum et Acacius, de cuius ordinatione Papa statuit Anastasius : ut scilicet, quos post damnationem ordinavit Acacius, nulla portio laesionis attingeret. Denique si pater meus adulter est, et ego ex adulterio nascor, jprofecto ut non legitimus ex hereditate repellor : quod tamen non paterer, etiam si pater meus probaretur veraciter homicida. »
3 . Lettre à Ignace du 10 novembre 871, dans Hardouin, Acta Conciliorum, t. V, col. 11 10. D. Hkfele, Conciliengesckichte, IV, p. 437, a compris, ce passage comme affirmant la nullité de l’ordination de ces prêtres, ordonnés pour la Bulgarie par Photius. Cf. traduction Delarc, VI, p. 3 .
4. Iohaxnis papae Epistolae , dans P. L ., t. CXXVI, col. 855 : « Hune ipsum patriarcham [Photium] cum omnibus sive episcopis sive presbyteris, ceu cae-
extérieure est bien changée. Ignace est mort (877-8); et Photius lui a succédé sur le siège patriarcal; il s'applique même à ne pas empiéter sur les droits du pape en Bulgarie. Au point de vue ecclésiastique une réconciliation est donc possible. Or au point de vue politique, elle est souverainement désirable : en Italie, le pape est environné d’ennemis, dont les principaux sont les ducs de Spolète et les Sarrasins. S’il pouvait obtenir du puissant empereur Basile une collaboration armée, ce serait la fin de cette crise terrible de l’année 879. De là les concessions de Jean VIII. Elles sont restées sans récompense ; le pape a dû excommunier de nouveau Photius, et il a été jugé très sévèrement par la postérité *.
Jusqu’à la seconde déposition de Photius en 886, la situation resta ce qu’elle avait été pendant les dernières années de son premier pontificat (863-867). Rome reprenait une attitude de résistance irréductible. Mais ces variations produisaient, en Orient, une impression déplorable. Les finesses de la politique byzantine aidant, plusieurs ne savaient plus à quelle solution s’arrêter. Les papes critiquaient les ordinations de Photius ; le patriarche attaquait l’élévation du pape Marin 2 , successeur de Jean VIII; il essaya même de réordonner les clercs ordonnés par Ignace, et y réussit quelquefois 3 . Mais s’étant bientôt heurté à une opposition décidée, il inventa une manière ingénieuse de les réconcilier 4 . Au milieu de ces controverses, la
teris clericis et omnibus laicis, in quos iudicii fuerat censura prolata, ab omni ecclesiasticae sanctionis vinculo absolvimus, sanctaeque Constantinopolitanae Ecclesiae iudicamus recipere sedem. »
1. Le P. Làpôtre (Jean VIII , p. 6 et suiv.) a tenté de justifier le pape, a. Photius attaquait l’élection du pape Marin parce que celui-ci, précédemment évêque de Céré en Etrurie, était passé de ce siège à celui de Rome. Le droit canonique de ce temps, d’ailleurs très souvent violé, interdisait les translations épiscopales. Photius avait décidé l’empereur Basile A écrire à Rome à ce sujet. Cette lettre est perdue, mais on a la réponse envoyée par le pape Étienne V dès le début de son pontificat (sept.-oct. 885); elle se trouve dans Hardouix, Acta Conciliorum, t. V, col. iii5.
3. Le fait est attesté dans une sorte de Synodicon contemporain des événements : « Àlii quidem vi coacti, alii volentes communicarunt. Et quidam im-
S ositas ab eo poenas ecclesiasticas quindecim dierum, ut qui ilium antea amnavissent, susceperunt. Plurimos vero illorum denuo consecravit, vocavitque illam mysticam consecrutionem... eliminandum... neenon et eos qui ab illo denuo sacrilège consecrati sunt. » Ibid., col. u38.
4. Le fait est attesté dans la Biographie d'Ignace par Nicetas (c. 890) : « Consecratos a sancto Ignatio reconsecrare conatur. Quod cum aeque parum succederet, omnesque indignissime ferrent, atque cxsecrarentur, ne ita quidem defecit iniquités. Humcralibus et orariis et aliis status sacerdotalis coemptis insignibus, secreto preces super ea quasdam (si tamen preces, et non potius dirae exsecrationes appellandae sunt) pronuntiabat : sicque ea singulis locis
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nature et les conditions du pouvoir d'ordre finissaient par s'obscurcir dans bien des esprits.
Après l’éloignement de Photius, la paix aurait pu se faire. L’empereur Léon VI plaça sur le siège patriarcal son frère, le prince Étienne. Fait gênant, Étienne avait été ordonné diacre par Photius. Il se trouvait donc sous le coup d’une déposition perpétuelle. On commença, tout de même, par le consacrer (décembre 886). Puis on entama des négociations avec Rome. Elles n’aboutirent pas. Les papes Étienne V et Formose 1 parlèrent encore plus durement que Nicolas I et Hadrien II. Après sept ans d’épiscopat, le patriarche Étienne mourait, en 893 , sans avoir été reconnu par les papes. En fait, les clercs et évêques consacrés par Photius restèrent, pour la plupart, en charge. Dans quelle mesure cette situation fut-elle acceptée et légitimée par Rome? On ne saurait le dire. Il y avait eu un tel manque de suite et de tels échecs, dans la politique pontificale, sur ces questions, que la paix se fit, de guerre lasse, par laisser aller et laisser faire, plutôt que par une décision autorisée 2 . C’était d’ailleurs le temps où l’Église romaine voyait se faire autour d’elle les ténèbres tragiques du dixième siècle 3 .
muneris largitionisque dabat. » Dans Hardouin, Acta Conciliorum, t. V, col. 1007.
1. La demande en faveur du patriarche Étienne fut faite à mots couverts, par le métropolitain Stylianus, qui était toujours resté fidèle au parti d’Ignace {Ibid., col. naa). Une lettre de l’empereur, laquelle devait être plus explicite, s’est perdue. Vers 888 Étienne V répondit (Ibid., col. n 3 o) en demandant des explications. Stylianus les fournit (Ibid.) dans une nouvelle lettre. Tandis que d’aucuns admettaient qu’en 886 Photius avait démissionné librement, d’autres, s’en tenant aux décisions de Nicolas I et d’Hadrien II, disaient qu’il n’avait pas démissionné, car il n’avait jamais été évêque. Le pape Formose répondit en 89a (Ibid., ii3i): il acceptait la seconde opinion; de plus, les clercs ordonnés par Photius ne pouvaient être réintégrés. Le pape traitait tout simplement Photius de laïc. Cette expression ne doit pas être prise à la lettre. Elle avait déjà été employée par Nicolas I, dans la lettre Ad univcrsos catholicos du i 3 novembre 860 (Ibid., col. 120), et dans les décisions du VIII e concile œcuménique, comme on l’a vu plut haut.