‹ Les réordinationsChapitre 98 sur 264 · LA RÉORDINATION DE L’ÉVÊQUE DE VERCEIL · texte numérisé non relu

LA RÉORDINATION DE L’ÉVÊQUE DE VERCEIL

Ce texte est parfaitement clair. Joseph, n’ayant rien reçu dans l’ordination faite par Ansbert « tempore ligationis », n’était pas évêque, mais prêtre, comme avant cette ordination ; pour ce motif, il a dû être consacré évêque avant d’être placé sur le siège d’Asti : « prae fatum Joseph presbyterum sanctae ecclesiae Astensi episcopum praefecisti ». Mais ce n’est pas là une réitération, puisque la première ordination était nulle.

On retrouve là le langage de tous ceux qui ont réitéré le sacrement de l’ordre : s’ils ne peuvent nier qu’ils font une réordination matérielle, ils déclarent que la réitération n’est qu’apparente, la première ordination ayant été nulle. Tant on savait qu’une ordination valide ne peut pas être réitérée ! Mais la question était de savoir si la première ordination était nulle. Jean VIII l’affirme; la théologie le nie : l’excommunication ne saurait empêcher un évêque de transmettre le pouvoir d’ordre.

Il y a intérêt à noter les termes employés par Jean VIII pour désigner les actes de cette procédure. A un endroit, le pape distingue les peines portées contre Ansbert et Joseph : « Ansbertum dudum archiepiscopum... omni episcopali honore privavimus, et eum qucm illicite ordinavit episcopum, decrevimus synodali iudicio depositum esse ab ordine episcopatus ; intuitu tamen misericordiae in pristinum quo erat antea gradum reverti 1 . » Le même jour, en écrivant à l’Église de Verceil, il s’exprime différemment : « eumdem archiepiscopum et hune ipsum Joseph... omni episcopali honore decrevimus esse privatos et aliénas : tamen intuitu misericordiae..., iam fatum Joseph, invasorem ecclesiae vestrae, de ordine episcopali deiectum , in gradum et ordinem quo prius exstitit , omnimodo reverti . Nam cum praedictus Ansbertus... quod non fiabuit, dare profecto nequivit 2 ». Dirat-on que les mesures portées contre Ansbert et Joseph étaient de même nature? Ce serait aller contre le témoignage de la dernière lettre de Jean VIII à Ansbert transcrite plus haut, et d’après laquelle Joseph, évêque intrus de Verceil, était seulement prêtre i. * 3 . En réalité, les lettres de Jean VIII nous mettent en présence d’une double forme de déposition : celle d’Ansbert est

i. P. L., t. CXXVI, Epiât, a 66, col. 887.

a. Ibid., Epist. 367.

3 . On ne peut pas admettre que Jean VIII considérât la peine de la déposition comme faisant perdre le pouvoir d’ordre. Dans ce cas-mil aurait dû faire réordonner l’archevêque de Milan aussi bien que Joseph de Verceil, car les deux avaient été frappés de la même peine.

l’équivalent de la déposition canonique d’aujourd’hui; celle de Joseph est l’équivalent de la déposition de Constantin j , à Rome, en 769 ; c’est une déclaration de nullité de l’ordination usurpée : « eo in pristinum ordinem reduc to... et sicut quinihil ab ordina tore prias acceperit, in episcopum crearetur 2 ».

Cette lettre n’a pas été connue, aux xi® et xii® siècles. Comme elle eût été citée, au cours des controverses sur la validité des sacrements administrés par les excommuniés ! Il n’en a rien été, car elle était enfouie dans un manuscrit du Mont-Cassin, qui a échappé aux chercheurs. Et, ici, il suffit de rappeler une histoire qui a été parfaitement débrouillée par le P. Lapôtre 3 . A une date qu’on ne saurait préciser, mais antérieure au xi® siècle, la seconde partie du registre de Jean VIII (contenant les lettres depuis le mois de septembre 876 jusqu’à la fin du pontificat et par suite les lettres relatives à l’affaire d’Ansbert) disparut de Rome. Au xi® siècle, ce registre mutilé se trouvait au Mont-Cassin, où un moine en fit alors une copie. Celle-ci fut donnée aux archives pontificales, vers la fin du xm® siècle; elle s’y trouve encore, et forme le premier volume de la longue série des registres pontificaux. Ainsi s’est fait que le moyen âge n’a pas connu cette lettre, qui aurait pu avoir une grande influence sur les controverses dont nous retraçons l’histoire.

En 879, malgré les déclarations si formelles de Nicolas I et d’Hadrien II, Jean VIII a admis à l’exercice de leurs ordres Photius et les clercs ordonnés par Photius. L’année suivante, il a prescrit la réordination de Joseph évêque de Verceil, qui avait été consacré par l’archevêque de Milan excommunié. C’est donc qu’il s’attribuait, sinon un pouvoir décisif, du moins un arbitrage singulièrement étendu et autorisé sur les conditions de transmission du pouvoir d’ordre. La raison d’opportunité semble d’ailleurs avoir pesé grandement, aux yeux de Jean VIII, en ces matières. En 880, il voulut donner une bonne leçon aux évêques grands seigneurs de la Lombardie.

II. — L’annulation des ordinations faites par le pape Formose.

L’affaire des ordinations du pape Formose 4 (891-896) cons-

Page 1