‹ Les reposoirs de la procession [par] Saint Pol-RouxChapitre 48 sur 49 · LE SEXE DES AJVIES · texte numérisé non relu

LE SEXE DES AJVIES

A Af"» Jeanne Jacquemin.

Ce soir-là, Diane, occasionnelle lectrice (lire est un supplice au-dessus de mes nerfs, usage qu'au surplus je trouve indélicat sinon coupable; le poète y gâterait sa treille, les idées voisines entrées par les yeux s'imposant aux veines. Son stage fini et reconnue son originalité, le poète doit ne plus lire qu'en lui-même, s'il veut rester soi. Laissons aux déshérités le privilège de la lecture, abandonnons-en le sacrilège aux lugubres forbans de l'assimilation; cette aumône soutient ceux-là, mais ceux-ci quand ils lisent

dirait-on pas qu'ils forcent un crâne — ce coffre-fort par excellence?), doncma maîtresse, utilisant la patience de mes oreilles (ces yeux crevés!), avait de sa voix ardente illuminé l'une après l'autre les bizarres verrières que sont les annales de celui, fils d'un laboureur de Dardanie, qui de son escabeau fit un thrône.

Plus que la chronique de la splendide Théodora, mime aux bras divins et goule aux cuisses diaboliques dont l'action sur Justinien fut absolue, nous avait divertis la controverse de leurs mystagogues sur le sexe des anges.

On en vint à discourir sur le sexe des âmes.

Des questions se posent :

— « L'âme de la femme est-elle du sexe féminin? l'âme de l'homme est-elle du sexe masculin? »

— « Le sexe de l'âme de l'homme et celui de l'âme de la femme sont-ils masculins ou bien féminins ? »

— « Ces âmes seraient-elles hermaphrodites, à moins que d'aucun sexe? »

Finalement je propose :

— « Si nous en appelions à nos âmes ? »

— « Soit ! » accède Diane.

Incontinent, la lampe éteinte, Tun et l'autre

de nous « enchanter » au moyen de caresses sonores, ces notes de musique des intimes évocations, tout en nous embusquant soigneusement derrière un simulacre de sommeil, les cils mariés avec entre eux une arrière-pensée de divorce.

La lune montait allaiter les étoiles.

Ici-bas c'était l'heure où les fantômes sortent des cavernes relatives pour aller boire...

Le fantôme — indigène de l'Universelle Cécité — ne daignant émaner que lorsque s'est dissipée toute crainte d'être vu, nos yeux s'efforçaient de s'annihiler de plus en plus sous la paupière à la manière des louis dans un gousset d'avare, sans toutefois cesser de nous guetter mutuellement.

Un jet de lait firmamental descendit ébaucher au milieu de nous comme une fine main de sage-femme...

Gela devenait étrange.

Enfin, le charme opérant, voici qu'une forme ^ plus ténue qu'un convive de miroir, émane de chacun :

D'elle, un faune.

De moi, une nymphe.

Oh nos deux âmes, là, dans la marge de féerie ! . . .

Ainsi donc l'âme de ma maîtresse était du sexe masculin et mon âme du sexe féminin I

(Que d'anciennes choses alors comprises, dans un éclair !)

Les deux Apparitions échangèrent un sourire ainsi qu'on échange un salut bref de la main, tant leur sourire fleurait l'indifférence polie, la convenue singerie des masques. Loin de se baiser sur la bouche et de s'allier, elles

paraissent chercher ailleurs, rêves d'adultère réalisés : hypocrisie nue, comme si notre désir foncier se concrétisait, comme si notre' intimité s'extériorisait en elles.

Divulgation du secret de notre côte à côte insincère...

Ecartèlement de deux écailles entre lesquelles une perle, — la perle d'autre chose...

En un mot c'était la Vérité sur la margelle...

L'Aveu î

Trois mois après, Diane et moi dûmes nous séparer.

Bien que cette séparation parât d'intelligence, tardive certes, nos deux folies (ô les jours de tempête son œil qui s'ouvrait comme un eustache!) je ne pus maîtriser l'authenticité de mes larmes...

Or, comme mon adieu se penchait afin de baiser la cage de son cœur (Diane, t'en souvient-il ?), j'entendis rire dans elle le faune.

Avez-vous observé qu'une innombrabilité de Maîtresses danse autour d'une innombrabilité d'Amants effondrés parmi les chimères du tapis, la cervelle éparpillée, les doigts encore crispés sur un aboiement d'acier?

Eh si c'était une loi générale : dans l'homme une âme féminine et dans la femme une âme masculine?

Il se pourrait que le Créateur, déjà très vieux à l'aube du monde, ait été distrait au subtil instant de verser telle et telle âme dans les deux vases d'argile du Paradis Terrestre ; à moins que Sa Justice n'ait jugé prudent d'équilibrer la gent humaine et de rendre égaux, en une certaine mesure, la femelle et le mâle.

Mais mieux vaut croire que, profitant du

LA ROSE ET LES ÉlM.NKS DU CHEMLX 273

premier sommeil du Démiurge, tu te sois fallacieusement mêlé de ce qui ne te regardait point, Satan!

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