‹ Les reposoirs de la procession [par] Saint Pol-RouxChapitre 8 sur 49 · LES REP0S0IR3 DE LA PROCESSION · texte numérisé non relu

LES REP0S0IR3 DE LA PROCESSION

— (( Ces pas ne sauraient m'appartenir, Seigneur, puisque d'un vieillard. »

Alors le Crucifié :

— « Datant de Dieu, n'est-ce pas un vieillard que le poète? Dans tes cheveux jeunes encore s'abrite Tàge de l'univers, ainsi qu'une colombe en des herbes blondies par le soleil. D'ailleurs, on est un vieillard sitôt que, conscience prise de soi, on peut délibérer des êtres et des choses. Savoir, synonyme de vieillir. Lente chez le profane, l'expérience se hâte chez le poète ; il s'agit de cette expérience que le profane n'acquiert qu'à force d'ans, mais que la divination, cette avantgarde de l'âge, offre copieusement au poète dès son aurore même. De la science jointe à de la science équivaut à de la vieillesse jointe à de la vieillesse ; or, étant l'homme qui sait par excellence, le poète devient un prompt patriarche et bientôt l'aile de son intelligence n'a d'égale en blancheur que la barbe altière du Créateur. »

Jusques à la nuit je savourai la judicieuse musique de ces paroles, — cependant que, devant la houlette de mes regards attendris, passaient et repassaient les troupeaux de souvenirs.

Chemin de ma vie, quand te parcourrai-je sans que s'imprime un pas de moi, mes pieds e'tant cette fois entre quatre planches portées par quatre épaules?

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