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Notre étude comprend l'histoire des représailles dans leur évolution à travers les âges. |
Dans cette fin de siècle où se justifie plus que jamais la parole de Labruyère : « Tout est dit », il n’était guère possible de rajeunir notre sujet que par une incursion dans le domaine des événements contemporains. D’autre part, il fallait indiquer la genèse de ces événements ou plutôt les principes qui les ont inspirés.
Dès lors, nous avons deux parties bien distinctes : la première n’a plus qu’un intérêt rétrospectif ; la seconde est toute d'actualité.
Dans son ensemble, notre étude est à la fois d'essence juridique, historique et politique ; dans la seconde parlie, la politique tient une place prépondérante.
Cette prépondérance de la politique accuse à la fois un recul et un progrès; c’est un recul, parce qu'il n’y a plus ces règles précises et déterminées qui ont, pour
ainsi dire, codifié l'usage des représailles, alors qu’elles élaient laissées à l'initiative des particuliers ; c'est un progrès, car l'Etat, qui a pris en main la défense des intérêts particuliers, les subordonne à l'intérêt général.
En somme, la civilisation a-t-elle failli à sa tâche? I] est incontestable que nous jouissons aujourd’hui d'une sécurité inconnue autrefois: nous parcourons sans crainte des pays étrangers ; nous confions nos capitaux à des entreprises lointaines. On ne peut nier ni cette sécurité ni ce crédit.
Est-ce à dire que les hommes soient meilleurs qu'aux temps anciens ? Nous ne savons; nous u’avons pas à envisager la valeur morale de l'individu. Nous étudions les hommes dans leur groupement en sociétés politiques, et nous constatons dans ces sociétés, une probité plus grande qu’autrefois, parce qu’elles ont plus qu'autrefois intérêt à faire face à leurs engagements.
Qu’on nous pardonne notre lointain retour dans Fhistoire : nous avons voulu mettre en parallèle la barbarie de l’antiquité et la barbarie du moyen âge, et montrer que les mêmes institutions, ou plutôt la même absence
d'institutions,ramènent les mêmes faits, inévitablement.
Notre sujet, on le comprend, se prête mal aux théories abstraites ; nous avons étudié la question des représalles en temps de paix ; cette expression qui fournit le titre de cet ouvrage écartera, nous l’espérons, l’équivoque qui eût pu s'établir si le terme de représailles avait été laissé sans commentaires. Tout ce qui se fait contre
l'étranger pour tirer satisfaction de quelque injure, de quelque violence ou de quelque dommage constitue des représailles ; il en résulte qu'envisagées dans un sens aussi large, elles peuvent s'exercer aussi bien dans l’état de paix que dans l’état de guerre : nous avons dû limiter notre sujet et écarter ce qui n’a pas lieu pendant la paix ; pour nous, les représailles seront les moyens de coercition en dehors de la guerre.
Sous la réserve de cette restriction, nous avons traité les diverses situations qui ont pu amener les représailles, et fait ressortir les diverses questions de droit que peuvent soulever les espèces historiques offertes à notre examen.
Paris, 1898.
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