‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 100 sur 225 · Armée du Rhin, à la date · texte numérisé non relu

Armée du Rhin, à la date

3. Leur mission officielle est du 7 phiviôse (26 janvier 1794), et ils paraissent l'avoir devancée, car le 4 (23 janvier), Bouchotte écrit à Sainl- Jusl : <» Tu es parti sans dire gare pour le Nord, je Renvoie les renseignements que j'avois préparés pour loi. » l\ compte sur les deux représentants pour être renseigné lui-môme : u 11 est, dit-il, fort difficile de savoir ce qui se passe sur cette frontière. Perrin et Calés y ont été. Je ne les regarde pas comme de grands révolutionnaires. U y a des gens qui les accusent. Ceux qui les accusent trouvent bien ce qu'ont fait Massieu, IJô et Hentz, et cependant ces trois citoyens ont été trompés dans plusieurs de leurs choix, dans celui de Systrières à qui ils ont remis le commandement de l'armée et que je regarde comme un intrigant d'autant plus dangereux qu'il est cy-devant. » (Armée du Nord, à la date.) — Le 27 janvier, le général Ferrand annonce au Ministre son retour à Guise, motivé par l'arrivée des représentants Saint-Just et Le Bas et du général en chef Pichegru. (Armée du Nord, à la date.)

approvisionnements des garnisons et des troupes en campagne *, mais partout marquant leur passage par des arrêtés qur ont le tranchant du glaive :

L'emprunt forcé sera double pour les riches de Lille qui n'auront pas satisfait dans les dix jours; il sera triple dix jours après.

Sachons-leur gré de s'en tenir à la progression arithmétique. Je résume les arrêtés suivants :

Réunion-sur-Oise, 12 pluviôse : Destitution de chefs de brigade; ordre aux troupes de cerner Valenciennes, d'attaquer la. forêt de Mormale : — les généraux verront comment. Arques, 13 pluviôse, à un comptable de l'armée du Nord : <( Que faut-il penser de l'homme qui, chargé du soin de l*armée, a laissé, depuis quatre jours, la division d'Arqués sans fourrages? Cet homme est toi. Nous nous informerons sous trois jours de ta conduite, et tu dois l'attendre à être puni rigoureusement, si tu es coupable. »

Maubeuge, 15 pluviôse : Les sans-culottes de Maubeuge sont invités à faire passer à un scrutin préparatoire tous les agents coupables du gouvernement. — 16 pluviôse : Prétendue conspiration pour livrer la ville; la commission populaire de la place jugera les coupables.

Arras, 16 pluviôse : Tous les ci-devant nobles qui se trouvent dans les départements du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme et de l'Aisne seront mis en arrestation.

Les comités de surveillance desdits départements sont chargés de l'exécution du présent arrêté et en rendront compte au Comité de salut public.

Et cet article d'un arrêté sur les mesures de sûreté générale :

Art. 8. — 11 est ordonné au tribunal criminel du Nord de faire faser les maisons de quiconque sera convaincu d'agiotage, <les marchands qui ne se seront pas conformés à la loi du

h laisse de côté les mots à effet, par exemple à Guise, comme il se plaignait qu'on n'arrêtât pas assez de monde

*• Voy. Hamel, Hist. de Saint- Just, t. H, p. 91 et suiv.

m LES REPRÉSENTANTS EN MISSION

et qu'on lui répondait que les prisons étaient pleines : <« Il faut que les cimetières et non les prisons regorgent de traîtres *. »

On voit que les deux jeunes représentants en mission près Tarmée du Nord ne se bornaient pas aux choses de rarmée. Là, comme en Alsace, il y avait d'autres représentants qui, chargés d'autres soins, ne laissaient pas de s'occuper aussi de Ffirmée en matière de subsistances, et leurs procédés n'étaient pas toujours aussi rudes. Ainsi le 17 février (29 pluviôse), Florent Guiot, qui était à Lille, prenait un arrêté pour que les bestiaux fussent payés comptant ;

Si les cultivateurs du Nord, disait-il, ne sont plus aussi affectionnés à la révolution qu'ils devroient Têtre, il faut en chercher la cause dans les insouciances et les injustices dont ils ont été l'objet.

Mais il faut dire qu'en cette matière ils se sont servis d'un procédé tant soit peu radical :

A l'égard des moyens de fournir par la suite aux besoins de Tarméc, ils sont très simples, et je suis étonné qu'on ne les ai^ point encore adoptés : il ne s'agit que de faire filer les bestiau^ de l'intérieur sur la frontière '.

Mais il y avait aussi un autre aliment qu'il voulait assur^^ au soldat : le 22 février (i ventôse), il renouvelait ses in^' tances auprès du Ministre pour avoir un plus grand uonr^'

1. Parole consignée sur les registres de la Société populaire de Guise ^^ citée par M. de Barante, Uist. de la Convention^ t. IV, p. 351 ; et P^^' ., M. A.-J. Paris, ///*/. de Jos. Lebon^ t. 11, p. 51. — Pour les arrêtés, Dépôt (^

la Onerre, armée du Nord, aux dates, et Arch. nat., AF II, 234. ^

2. Armée du Nord, à la date. Il dit qu*à Lille, depuis dix à dix-hu^ jours, la plupart sont privés de viande et qu'on ne s'en plaint pas. Le? ^. représentants en mission dans le Nord sont assez mal disposés envei^ '^^ les habitants du pays. Le 18 février, Gillet écrit de Mézières au Comit de salut public : « L'esprit de la frontière est mauvais. » — Les député spécialement en mission pour les subsistances militaires ne se ronfer^ maient pas volontiers dans ces fonctions. Le 24 février, Laurent écrit M J'ai reçu depuis peu, deux de vos lettres. La première, du 30 pluviôses borne ma mission aux subsistances. Je vous suis bien obligée du cercle qu vous me tracez; mais avec la meilleure envie du monde de n'en pa sortir, l'indignation m'en tirera quelquefois. »

eu. XXX. — CAMPAGNE DE 1794 213

bre de feuilles publiques *. Duquesnoy, qui est toujours à rarmée du Nord, mais qui n'a plus à côté de lui Carnot pour le dominer et le contenir, se signale aussi par plusieurs arrêtés qu'il ne faut peut-être pas, vu son esprit naturellement soupçonneux, prendre à la lettre; quand par exemple il dénonce trois corps de chasvseurs « dont les hommes, dit-il, sont de la plus mauvaise espèce, peu instruits, toujours disposés à passer à Tennemi, ne soignant leurs chevaux qu'avec regret, en un mot faisant tout ce qui est en eux pour les tuer et ne réussissant malheureusement que trop bien *. »

Duîiuesnoy avait si bien la réputation de frapper à tort et à travers, que des militaires, compris dans son arrêté contre les nobles, furent mis en liberté par Saint-Just et Le Bas : témoin le chef d'escadron d'IIautpoul, dont la libération fut confirmée par les représentants Laurent, Richard et Choudieu,au grand déplaisir de l'agent Celliez : « J'avoue, écrit ce dernier à Bouchotte, que jamais je n'eusse sollicité en sa faveur parce que je suis convaincu qu'aucun noble n'est patriote de bonne foi '. »

Le 30 janvier (11 pluviôse), Carnot avait adressé aux généraux des armées qui défendaient notre grande frontière du Nord et du Nord-Est, le système général d'opérations, adopté par le Comité pour la campagne prochaine :

« Porter les grands coups par le Nord ;

« Les armées du Rhin et de la Moselle doivent y coordonner leurs mouvements;

1. C'est ce que réclamaient aussi Baudot, Bar et Lacoste par une lettre de Nancy, 26 pluviôse (14 février 1794) : « Instruits que les armées du Khin et de la Moselle désirent, pour récompense de leurs travaux, un journal qui leur communique toutes les grandes opérations de la Révolution et leur présente,chaque jour,le tableau des progrès de l'esprit public et de la prospérité nationale, sous le point de vue révolutionnaire qui convient à des Français qui combattent pour la Patrie... «

Le ministre de la Guerre et le conseil de Salut public sont invités de faire passer 6000 exemplaires du Journal des hommes libres ou le Républicain aux armées du Rhin et de la Moselle. (Arch., nat. AF II, 245,pièce 101.)

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