Armée du Nord, 26 février
« Règle générale : agir en masse etoffensivement;
« Engager en toute occasion le combat à la baïonnette ;
« Livrer de grandes batailles et poursuivre Tennemi juss^ qu'à entière destruction... »
Inutile d'aller plus loin sans doute; mais il était biei ]
possible qu'on fût arrêté en chemin : car les armées man
quaient toujours des choses les plus nécessaires. Le 21 fé
vrier (3 ventôse), Baudot et Lacoste écrivent au Comité
Depuis plus de quatre mois nos braves frères d'armes son^t pieds nus... Les magasins sont sans souliers et nous ne pouvon^^ leur en donner. Cependant les généraux nous en demandea *chaque jour : des souliers, des souliers, disent-ils, et comptez su "«^ le succès des armées de la République. La Convention nationale -? pénétrée de ces motifs, a fait des lois pour enjoindre à tou^ les cordonniers de la République de ne travailler pendant dei>^^^ mois que pour les armées...
Il faut inviter à faire les derniers efforts, sinon recouri^ aux moyens plus rigoureux *.
Hoche s'était pourtant mis en mesure d'accomplir I tâche qui lui était prescrite. Il devait agir avec l'armée d Rhin, s'accorder avec celles du Nord et des Ardennes. Or^ lui disait qu'il pouvait prendre une position très inquié^ tante pour l'ennemi en tombant sur le pays de Liège ou sur^ le Palatinat, selon l'occasion. Le 3 février (13 pluviôse), il annonce qu'il a sommé Manheim .et que ses postes ayant été relevés par l'armée du Rhin, il part dans quatre jours pour Trêves; le 8 (20 pluviôse), pourquoi sa marche sur Trêves a été suspendue : il a reçu la lettre de Lacoste qui lui transmet l'arrêté du 1^ (24 pluviôse) sur les cantonnements : suspension fort souhaitée par Farmée après tant de fatigues. Le 9, Lacoste et Baudot font connaître au Comité
1. Il y a de nombreux arrêtés de Baudol et Lacoste pour les besoins de l'armée au commencement de cette campagne : grains et fourrages; chaussures et habits; selles et brides, armes, etc., 2, 6 et 27 pluviôse, U, 13, 16 et 2G ventôse, 12 et 19 germinal, 30 floréal; et de même de Laurent dans le Nord, du 19 nivôse au 5 pluviôse, de Massieu dans les Ardennes, 3, 4, 18 germinal, de Florent Guiot, de Vidalin dans le Nord et dans les Ardennes, 17, 25 floréal. (AF II, 234, 235, 242 et 245, aux dates.)
la joie que cet arrêté a causée aux soldats. Ils ne doutent pas qu'après un court repos ils ne marchent à de nouvelles victoires... Hoche l'espérait bien comme eux, et les deux représentants en témoignent dans le post-scriptum de cette lettre :
Le général Hoche s'occupe du projet dont nous vous avons parlé, qui, dans quinze jours, doit nous conduire à Trêves.
Mais dans le corps de la lettre, parlant de Tentrcvue qu'ils ont eue avec lui,ravant-veille,àThionville,ils disent :
Nous ne lui avons point lu votre opinion sur son compte *...
Qu'est-ce à dire? C'est que les ressentiments de Saint- Just contre Hoche commençaient à prévaloir dans le Comité. Hoche, après avoir signalé les difficultés d'une expédition sur Trêves en cette saison, ne s'en était pas moins mis en mesure de l'accomplir. Les représentants l'attestaient dans cette lettre : « Hoche, disaient-ils, ne songe qu'à exécuter vos arrêtés. » Mais maintenant Carnot trouvait que c'était trop tard. Le 25 février (7 ventôse), il écrit, au nom du Comité, à Baudot et à Lacoste :
11 n'est plus temps, citoyens collègues, de songer à Texpédition de Trêves; le moment est manqué. L'ennemi fait marcher des corps considérables de troupes pour prévenir le coup qu'il étoit si facile de leur porter après la victoire. Nos soldats ont à peine pris leur cantonnement, et il faudroit le faire lever sur-lechamp. L'organisation des nouvelles levées ne pourroit se faire; on ne pourroit cacher à l'ennemi nos préparatifs; il vous attendroit à la Montagne verte qui a paru si effrayante, lorsqu'elle éloit presque sans moyens de défense; il vous attend déjà à Grevenmaker où les gazettes mêmes annoncent qu'il a des forces considérables, votre artillerie de siège seroit fort compromise... Hoche lui-même nous représente son entreprise comme hazardeuse : il nous paroît donc préférable au bien de la République d'employer le peu de temps qui reste avant l'ouverture de la campagne à organiser le mieux possible tous les corps de
i. Armée de la Moselle, aux dates.
troupes, à les reposer et h les équiper. Vous voudrez bien, citoyens collègues, donner tous vos soins à cette opération importante.
Et après un salut et une signature biffés :
Les besoins des armées du Rhin et de la Moselle n'existeroient pas, si Ton eût opéré dans le Palatinat conformément aux arrêtés du Comité. Mais il a été bien déçu à cet égard, puisqu'il résulte des derniers tableaux qui nous ont été adressés qu*on n'a presque rien tiré de ce pays, quoique les états fournis d'abord officiellement par le général offrissent des ressources immenses.
Carnot, Collot d'Herbois, Saint-Just *.
Hoche d'ailleurs faisait des remontrances qui ne devaient pas plaire au ministre de la Guerre, car il ne ménageait pas ses agents :
Je sais, lui écrivait-il de Hornbach, le 26 février (8 ventôse), qu'il ne faut pas nationaliser la guerre '. Que ne peux-tu te transporter à Deux-Ponts!... Je connois trop les membres du Comité pour penser que leur intention est d'arracher à la mère la farine destinée à nourrir Tenfant. Il se fait pis encore. La terreur est dans ces contrées. Le cœur humain se soulève au récit de ce qu'ont fait des commissaires qui disent avoir des pouvoirs illimités, et qui en usent. Le tableau du plus horrible combat n*est point aussi dëchirant. Pourquoi n'envoie-t-on pas des hommes? La république y gagneroit inGniment; les habitants des campagnes ne fusilleroient pas nos ordonnances...