Dépôt de la Guerre, armée du Rhin, aux dates
s'il rassembloît ses moyens, il seroit très en état de tenir tête aux ennemis et de les faire repentir de leur audace. Mais on s'obstine à voir double quand on regarde l'ennemi et à n'appercevoir au contraire jamais que la moitié de ses propres moyens. D'après ces états de situation, il y a 41 mille hommes (le la force effective qui sont, soit aux hôpitaux, soit dans les prisons, soit ailleurs sans activité. C'est une chose inconcevable que sur 80 mille hommes à peu près il s'en trouve la moitié d'inactifs. Michaud croit-il que les ennemis, qu'il dit avoir 100000 combattants, en aient cent autre mille aux hôpitaux ou prisonniers? Il est très présumable que de ces 41 mille hommes on en pourroit tirer 15 au moins qui, au lieu de ne faire que consommer des subsistances, se joindroient à la force active, et qu'ils ne restent là que parce qu'on ne veut pas se donner la peine de les employer et qu'on trouve plus commode d'en demander d'autres...
On dit que beaucoup sont sans armes :
Que sont devenues les armes des 41 mille hommes qui sont aux hôpitaux ou en prison?... Mais il est à croire qu'on ne fait aucune attention à cela et qu'on laisse les volontaires vendre leurs fusils à des hommes de la campagne qui nous feront la guerre avec, qu'en un mot la désorganisation, la dissémination et le gaspillage sont à leur comble à l'armée du Rhin et la véritable cause de sa foiblesse.
C'étoit la même chose l'année dernière, lorsque Le Bas et Saint-Just y furent envoyés; c'est donc à toi, cher collègue, à lui rendre de nouveau le nerf qu'elle a perdu depuis la levée du siège de Landau.
Autrement dit : Depuis que Hoche n'est plus là. Carnot ne le dit pas, et pour cause !
Tâche de donner un peu de caractère à Michaud, brave militaire * à ce qu'il paroît, mais peu propre à faire contenance dans les circonstances difficiles.
Et on maintenait ce brave homme, comme l'avait écrit Carnot, à la tête de Tarmée et Ton maintenait le libérateur de Landau, Hoche, en prison *!
i. Il avait écrit brave homme.
2. Duroy, dans un rapport au Comité de salut public sur Tinspection Mu'il a faite du dépôt de cavalerie, dit aussi : « Michaud, général en chef»
!â38 LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
Carnot, du reste, promettait à Hentz de lui envoyer, pour occuper les gorges et les interdire à Tennemi, des secours tirés de la Moselle, de Tannée des Alpes et de Tarmée de rOuest, et il ajoutait :
Vois le mal que nous fait le défaut de nerf dans l'armée du Rhin : non seulement il compromet la sûreté de cette frontière, mais il paralyse trois autres armées, en en pompant tous les moyens qui les rendoient menaçantes et offensives. Rétablis promptement les affaires. Notre confiance repose tout entier sur ton énergie.
Cette lettre se croisait avec une lettre de Lacoste, qui disait au Comité (2 juin) :
Si vous avez été frappés de la perte du poste important de Kaiserslautern, je ne l'ai pas été moins, et bien plus encore, de trouver les trois divisions formant l'aile droite de larmée de la Moselle repliées jusque sur les derrières de la Sarre, et d'avoir dépassé le fameux camp de Pirmasens, Hornbach et Bliscastel, sans être poursuivies par l'ennemi.
Par cette marche rétrograde de près de vingt lieues, la place de Sarrelibrc se trouve à découvert, le sort de Bitche est abandonné à ses propres forces, Tennemi se trouve maître de toutes les gorges, et la place de Landau, la ligne de la Quiesche, le poste de Gnermesheim, exposés à être pris par derrière, l'armée du Rhin à avoir ses communications coupées avec celles de la Moselle, et ses transports parla route de Strasbourg interceptés.
Il n'y a pas un moment à perdre.
Il reproduit l'explication du général Moreaux, à savoir qu'il ne pouvait, avec quinze bataillons, défendre la ligne de Sarrelibre à Frankenstein et qu'il avait reçu de Jourdan l'ordre de se retirer derrière la Sarre.
Lacoste ajoute qu'il a fait arrêter plusieurs officiers. Il donne son opinion sur les officiers généraux : Moreaux, bon patriote, mais incapable de commander en chef; Offenstcin, Alsacien, sans talents politiques ni militaires;
est un brave homme, plein de bonne volonté, ne se donnant aucun repos; c'est bien dommage que ses talents comme général ne soient pas en proportion de ses bonnes qualités. » (Armée du Rhin, 5 juin i794.)
Desburcux, intrigant; Ambcrt, bon sans-culotte, s'est bien battu à Kaiserslautern. — Il faut remplacer Offenstein par Saint- Cyr, adjudant général. — L'armée du Rhin a 73 000 hommes contre 55000, mais elle manque de cavalerie.
Nouvelle invasion de la Belgique : Tpres et Charleroi.
Bataille de Fleuras.
Les échecs subis par Moreaux et Michaud dans la région du Rhin demandaient assurément qu'on y pourvût. Il fallait fortifier la défensive; mais cela ne détourna point Carnot de son plan général. Le principal effort était toujours porté vers la Belgique en deux directions parallèles, vers la Flandre maritime, et vers la Meuse par la Sambre, sous Pichegru et Jourdan : Pichegru à la tête de l'armée du Nord, avec le commandement supérieur sur Farmée des Ardennes ; Jourdan qui réunissait à l'armée dos Ardennes, pour l'action préparée, la droite de Tarmée du Nord et la gauche de l'armée de la Moselle, rassemblement qui va se fondre par la victoire en une armée nouvelle et conquérir un nom glorieux entre tous : l'armée de Sambre-et-Meuse !
Vers la fin de mai, on se disposait à l'action. La Convention qui aimait à frapper les esprits de terreur avait décrété le 8 prairial (27 mai) qu'il ne serait fait aucun prisonnier anglais et hanovrien. — C'était à l'adresse des garnisons delà Flandre maritime. Carnot, à la mémo date, faisait une chose plus utile en envoyant des instructions aux représentants près les armées. Après les avoir félicités des ordres qu'ils ont donnés partout pour empêcher le pillage *, il leur trace la marche à suivre en pays ennemi : empêchez la guerre de se nationaliser contre nous; ménagez partout les objets du culte; faites respecter les chaumières, les malheureux, les
1. Sur Tarmée de la Moselle en particulier, voyez une proclamation de Gillet, Lacoste et Duquesnoy, 17 floréal. (AF II, 246, à la date.)
femmes, les enfants, les vieillards ; présentez- vous comme bienfaiteurs des peuples, en même temps que vous serez le fléau des grands, des riches, des ennemis particuliers du nom français :
Il faut cependant, ajoute-t-il, éviter de faire la guerre en dupes: nous devons vivre aux dépens de Tennemi. Nous n'entrons pas chez lui pour lui porter nos trésors (27 mai, 8 prairial).
Sur tous les points Taclion commence et les représentants sont là pour y veiller. Sur la Sambre, Le Bas (qui tient la plume) et Saint-Just écrivent (24 mai, 5 prairial) que Ton a passé la Sambre et que Ton marche sur Binche. Mais on dut repasser la rivière avec une perte de 1 200 prisonniers (c'est un chiffre donné, il est vrai, par le bulletin de l'ennemi), et une lettre du 23, écrite à Carnet, lui donne Tavis de ne pas attaquer Charleroi que Ton ne pourrait prendre en deux jours, et de commencer par délivrer entièrement Maubeuge. Richard et Choudieu étaient à l'armée du Nord. A la même date (23 mai), Carnot leur écrivait qu'il fallait passer sur la rive droite de TEscaut entre Tournay et Courtray : cela, disait-il, isolerait la Flandre maritime, assurerait nos positions de Menin et de Courtray et entraînerait peut-être la prise tant souhaitée d'Ypres et de Nieuport. Deux jours après, il leur annonçait l'arrivée de Jourdan sur la Meuse. Que Pichegru se concerte avec lui et enlève Audenarde (en profitant de sa diversion, sans doute) *.
L'armée de Jourdan ne se serait assurément pas détournée de ce côté, avant d'avoir atteint son but. A cette mémo date (27 mai). Desjardins écrit à son chef que ses avantpostes sont à Marchiennes-au-Pont, qu'il est en mesure de marcher sur Charleroi ; alors il se concertera avec Ferrand, qui est à Maubeuge, pour exécuter le plan présenté par Saint-Just; et le même jour, Saint-Just écrit à Jourdan :