IV
Yprcs capitula le lendemain (17 juin, 29 prairial)*.
Ypres avait toujours été Tobjectif de Carnot, avec Ostende en perspective et toute la Flandre maritime. Il exprime sa joie et toutes ses espérances dans cette lettre adressée le 18 juin (30 prairial) aux représentants près l'armée du Nord :
Recevez, chers collègues, et partagez, avec le digne général en chefPichcgru,nos sincères félicitations sur rimportan te conquête de la ville d'Ypres qui doit avoir une si grande influence sur le sort de toute la campagne. Vive Texc^ente armée du Nord! Chacun de ses pas est marqué par une nouvelle victoire. Les ennemis doivent être confondus, il faut les poursuivre sans leur laisser l'instant de respirer. Il est temps de couper le fil qui unit l'Angleterre à TAutriche en prenant Ostende. Assurez par celte place votre gauche et vos derrières; assurez-vous de toute la West-Flandre et procurez-vous un point d*oii nous puissions partir pour aller faire notre visite aux Anglois dans leurs propres foyers...
Notons ce point nouveau.
Il est juste que vous établissiez des contributions dans le pays où vous entrez... Cependant comme nous pouvons et que nous voudrons probablement le conserver pour la sûreté de nos propres frontières, il est essentiel que vous préveniez les excès, que vous fassiez maintenir la plus exacte discipline parmi les troupes, que les mœurs et le culte soient respectés.
Il ajoute quelques recommandations : Lever des contributions surtout sur les riches; désarmer tout le monde dans les campag-nes et les villes; prévenir les rassemblements; défendre, sous peine de mort, que les habitants puissent se réunir au-dessus du nombre de trois; leur ordonner de rentrer chez eux avant la nuit; mettre Ypres en défense; établir la ligne de défense de la mer à Meniu; y transporter les ateliers de Saint-Omer; faire une pointe
1. Sur la capitulalioa d'Ypres, voyez la lettre de Richard, 17 juin (Choudieu, son collègue, était depuis quelque lemps malade); les lettres de Pichcgru au Comité (18 juin), de Richard à Gillet et à Guyton, ses collègues (mémo date), et le journal du siège d'Ypres : On a fait cinq à six mille prisonniers et pris cent pièces de canons. (Armée du Nord, aux dates.)
sur Briîjres pour y saisir les magasins; attirer rennemi vers la mer, fort loin de notre aile droite, c'est-à-dire de Maubeuge et de Charleroi, afin qu'il ne puisse porter de secours d'un point à Tautre qu'avec beaucoup de temps, de peine et de fatigues :
Nous n'avons point du tout abandonné notre projet de descente. Nous faisons armer dans tous les ports un grand nombre de frégates, et des vaisseaux de transport vont se rendre à Dunkerque où f*lles doivent arriver vers le 20 du mois messidor où nous entrons. Nous nous proposons d'en partir avec environ quinze mille hommes d'infanterie et quinze cents hommes de cavalerie.
Que Pichegru renforce son aile gauche de troupes tirées de Taile droite qui sont les plus disciplinées, surtout de Tarmée de la Moselle, pour le 20 messidor :
En attendant laissez Jourdan prendre Charleroi et livrer à
l'ennemi une bataille décisive.
Carnot *.
La capitulation d'Ypres devait attirer de ce côté d'autres représentants. Florent Guiot' écrit de Dunkerque, 4 messidor (22 juin), au Comité de salut public :
J'ai quitté Lille le 22 prairial pour faire une tournée sur les cotes, y visiter les travaux de terre et de mer, leur imprimer une nouvelle activité et raviver, rafermir Tespril public de ces parties des départements du Nord et du Pas-de-Calais.
Je suis très satisfait de Tesprit public de Dunelibre dont
!. Armée du Nord, à la date. — Le 20 juin, Richard exprime au Comité la crainte que Tarmée de la Moselle, après réchec du 16, ne puisse exécuter l'ordre d'envoyer 15 000 hommes. — Le 22 juin (i messidor), il prend un arrêté (|ui met les habitants d'Ypres sous la protection de la France, leur prescrit de remettre leurs armes, établit la circulation des assignats et le maximum comme à Lille.
2. On avait voulu le déléguer à Quimper-Corentin lorsqu'on envoya à Lille Richard et Choudieu,el il s'était fort récrié. Les deux longues lettres qu'il écrivit alors (2 et 4 ventôse) sur la situation de Lille firent sans doute qu'on le laissa dans le Nord. (AF U, 234, aux dates.) — Le Moniteur a reproduit plusieurs des lettres qu'il écrivit au cours de sa mission, en date des 30 pluviôse, 2, 11, 16 ventôse. (Moniteur, t. XiX, p. 540, 587,' 636, 642.)
24i LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
j'avais été assez mécontent lors d'un voyage que j'avais fait dans le mois floréal. A cette dernière époque, ils étaient un peu inquiétés par de petits hébertistes subalternes que j'ai réprimés (ces vexations aliènent les populations). Une règle sûre pour moi de juger du patriotisme d'une commune, c'est d'y trouver le peuple avec une phisionomie confiante et gaie.
II est arrivé h Ypres le i" messidor, les fortifications sont bonnes, la garnison était de 5 000 à 6 000 hommes ; il y avait deux brèches, ou plutôt une brèche. La place pouvait encore tenir une décade. Quelle est la cause qui Ta fait rendre plus tôt?
La lâcheté de Salis (commandant autrichien) qui, pendant tout le siège, s'est tenu dans une casemate et n'en est sorti qu'après la capitulation bien signée.
11 parle de la sécurité qu'ont paru avoir les habitants après rentrée des Français : dès le soir même delà prise de possession, les boulangeries étaient ouvertes, les femmes et les enfants se promenaient paisiblement :
J'ai vu le mntjhtrat de la ville (municipalité) et la chàtellenie (intendance). Us m'ont-témoigné leurs inquiétudes sur la crainte que les habitants de la ville et des villages voisins ne fussent tourmentés par rapport au culte. Je les ai pleinement rassurés en leur disant que la République laissait aux citoyens la liberté des opinions religieuses, et que les leurs seraient constamment respectées *.
Leurs opinions, mais point le trésor des églises. Le représentant Laurent, qui est un plaisant, en fait volontiers gorges chaudes. Il écrit de Maubcuge, ;> messidor (23 juin), au président de la Convention :
Je dois vous faire part et à la Convention d'une découverte que j'ai faite à une lieue d'Ypres que les armes de la République viennent de réduire : c'est celle d'une abbave très commode où était le quartier général de Pichcgru. Zonnebeke est son nom;
i. IMiisieurs avaient fui. 11 ajoute : J'ai appris avec peine que lors de la capiUilatiun quel<iues ofliciers français avaient bu et joué avec des officiers hanovriens ou hessois. (Arm'!'C du Nord, à la date.)
les moines qui riiabitent sont hospitaliers et prêchent misère avec 25 000 florins de revenus.
G)mme ils avaient avancé à Sa Majesté l'empereur et roi une somme de 10000 florins pour nous faire la guerre, j'ai cru de toute justice de leur demander une somme de 1000 louis pour faire aussi la guerre à Sa Majesté et à toutes les Majestés de l'Europe coalisées contre la République...
Comme la somme partait, j*ai invité ces pauvres de J[ésus]- Ch[rist] à rentrer dans leur état et à remercier la Providence de m'avoir envoyé chez eux pour les soustraire aux dangers des richesses et les remettre dans les voies du salut.
Lorsque Charleroi sera pris, je prendrai les mêmes mesures vis-à-vis de toutes les abbayes et de tous les châteaux qui se perdaient au milieu de l'abondance, et j'envoyerai ces dépouilles corruptrices dans le trésor de la République. Salut et fraternité,
Laurent *.
Le succès de Jourdan allait être plus éclatant et plus décisif.
Le Comité lui avait donné un programme qui fut rempli cette fois et dépassé même : prendre Dinant, garder les bords de la Meuse jusqu'à Namur, bloquer cette place et Tenlever de vive force.
Dans les derniers jours de mai, Gillet et Duquesnoy écrivaient de Marche-en-Famine au Comité de salut public : L'année est bien disposée, Dinant va être attaqué et pris, dès lors les communications avec Givet seront libres : ce qui n'était pas de petite importance. On avait des inquiétudes sur les subsistances, Tarmée avait été trois jours sans pain'. Dinant fut pris ^ et Jourdan, en Tannonçant au Comité, lui fit savoir qu'il se proposait, selon le programme, de balayer tout le pays entre la Sambre et la Meuse (1" juin). Le pillage fut sévèrement interdit aux soldats par le général, mais de fortes contributions infligées aux villes par les représentants *.