‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 144 sur 225 · Moniteur du 20 août 1792. lOid., p · texte numérisé non relu

Moniteur du 20 août 1792. lOid., p

4. Extrait des vnnutes de quelques séances de lu Socit^té des Jacobins de Strasbourg, du 3 septembre an IV de la liberté et de l'éfs'alile (1792). {Livre bleu, t. II, p. 291.)

5. Ibid., p. 291, et Heilz, les Sociétés politiques de Strasbourg, p. 258, 259.

de procéder aussi à des visites domiciliaires dans Strasbourg, de désarmer et de chasser les suspects. Les chasser, ce n'était pas s'en assurer. Deux jours après (10 septembre), un autre membre donnait une liste de plusieurs citoyens riches dont il croyait le patriotisme mal prononcé : on se mettait en mesure d'imiter, au besoin, la Commune de Paris dans sa sanglante justice.

Mais il y avait un homme sur la tète duquel s'accumulaient toutes les haines du parti : c'était Dietrich. Or il venait de se livrer lui-même. Craignant d'être tenu pour émigré s'il prolongeait son séjour au dehors, il était rentré. Il avait des amis dans la Convention (elle venait de s'ouvrir), Condorcet par exemple, qui s'employait à lui trouver un défenseur * ; mais il avait des ennemis bien plus ardents, surtout parmi les députés du Bas-Rhin, Rûhl, Dentzel, Simond, Laurent : Laurent qui, ayant signé autrefois avec lui la protestation contre le projet de déchéance, se montrait d'autant plus violent, dans l'espoir d'en effacer le souvenir. Ce fut Riihl qui rédigea et qui fit adopter le rapport tendant à le mettre en accusation, le 20 novembre *. Dietrich s'était constitué prisonnier à l'Abbaye '. Décrété d'accusation, il fut renvoyé à Strasbourg, car on voit, par un témoignage du 18 décembre, qu'il y était en prison depuis un mois (environ). Le représentant Coustard (que le tribunal révolutionnaire prendra aussi à son jour) disait à la municipalité « que l'arrivée de Dietrich y avoit fait rétrograder l'esprit public, qu'il savoit que depuis un mois que Dietrich étoit dans les prisons de

1. Lettre de Hérault-Sechellcs à Rûhl, député du Bas-Rhin (13 novembre 1192). Livre bleu, t. II, n* 68, p. 177.

2. Séance du 20 novembre. Moniteur du 21 (t. XIV, p. 526). Un acte du 25 novembre signé par Giraud, secrétaire commis en chef du Comité des décrets, donne reçu h Riihl des pièces quMI a déposées sur Dietrich. (Livre bleu, t. II, n" 6i, p. 173.)

3. Le fait est constaté par une note du Moniteur du 22 novembre 1792, et se trouve rappelé dans une lettre de Simond aux • frères et amis » de Strasbourg, datée du 21, mais cpii doit être du 20 : car il y annonce que Rûlil doit faire son rapport dans la journée. (Livre bleu, t. II, n"* 14, p. 78-79.)

la ville, il s'étoit fait autour de sa prison des rassemblements armés toutes les nuits; qu'il savoit que depuis un mois les feuillants avoicnt prodigieusement relevé la tète; que publiquement ils se faisoient gloire d'être feuillants, que publiquement on insultoit aux Jacobins *. »

Avec de pareilles dispositions dans la ville, on pouvait craindre qu'un jury n'acquittât l'accusé. Aussi les Jacobins n'avaient-ils pas lardé à prendre la résolution de le faire juger ailleurs; et, à cette fin, ils envoyèrent c^ Paris le concierge même de la prison, un « frère », Leorier. On l'y trouve dès le 7 décembre, se mettant en rapport avec les députés du département, avec Laurent, Riihl et Dentzel, qui lui promirent de faire comparaître Dietrioh devant un tribunal dont on se croyait sûr * et qui tinrent parol<^ Dietrich, enlevé à ses juges naturels, fut envoyé devant le tribunal criminel du Doubs (12 décembre 1792) '.

Missions depuis la Convention : Rûhl, Dentzel et Couturier.

Quoique la ville de Strasbourg n'eût point paru assez sure pour qu'on y pût juger Dietricb, les Jacobins y avaient des attaches : la conduite de toute cette affaire en avait donné la preuve, et la Convention en reçut le témoignage en ce temps même. Pendant que ce procès s'instruisait encore à Besançon (et ce n'est pas là qu'il devait se terminer), des délégués de Strasbourg, des Jacobins sans aucun doute, vinrent h Paris faire adhésion à Tabolilion de la royauté, protester qu'ils n'avaient rien de commun avec Dietrich (on le savait de reste) et de-

î. Entrait des minutes de quelques s(fances de la Société des Jacobins df Strasbourg (18 décembre). {Livre bleu, l. II, p. 293.)

2. I-eltre du 9 décembre 1792 ; • Je vous dois compte de mes opéralions sur l'importante mission dont vous m'avez charge, etc. (Livre bleu. t. U, n" lo, p. 80, et lettre du 10 décembre, HAd.. n" 16, p. 81.)

3. Séance du 12 décembre 1192, Moniteur du li, t. XIV, p. 728.

mander Tenvoi de commissaires qui répandissent Tesprit de la Convention dans leur ville. Ils furent servis à souhait. On leur envoya (23 décembre 1792) Couturier, député de la Moselle, et deux des députés du Bas-Rhin, Riihl, Taccusateur de Dietrich, et Dentzel, un Allemand, venu en France vers 1774 comme aumônier du réfpment des Deux-Ponts, et qui s'était fait nommer député à la Convention nationale, on ne savait pas trop de quel droit *. Ils avaient mission de visiter les départements du Bas- Rhin, de la Moselle et de la Meurthe, et par un autre décret la Convention leur adjoifi^nit, pour les soins multiples dont ils étaient chargés, Sébastien de La Porte, député du Ilaut-Rhin, et Blaux, député de la Moselle *. Partis le 23 décembre, les trois premiers commissaires visitèrent en passant Toul, Nancy, Saverne et arrivèrent à Strasbourg- le 9 janvier.

La Société po[)ulaire de Strasbourg venait de faire un acte qui était bien dans leur esprit. Elle avait dénoncé à la (ionvention une démarche de la Société populaire du Puy qui lui transmettait un arrêté de la Haute-Loire, en vue de créer une force départementale pour la défense de la représentation nationale '. Si les Jacobins de Strasbourg

1. C'est ce que dit Riihl dans le drbal sur Dentzel, séance du 21 nivosc an II (16 janvier n94>. {Moniteur du 29 nivôse, t. XIX, p. 233.)

2. Séances des 22 et 23 décembre. Procès-verbal de la Convention, cl Moniteur, t. XIV, p. 812 et 81K. Le texte du Moniteur donne à lort Coustard au lieu de Couturier. Sur ces missions, voyez tout d'abord les deux raf)porls faits par Dentzel et Couturier à leur retour : Compte rendu par les députés commissaires charffés de la visite de la frontière du Rhin, présenté par le citoyen Dent/el, déinité du Bas-Rhin, 76 pages de texte (1-16) et 3«i de pièces justificatives (71-112), Bibl. nat., Le^» 15, et le Supplément au rapport des citoyens Couturier et Dentzel, députés comtnissaires de la Convention nationale aux déparlements de la Moselle et du Bas-R/nn, convenu entre eux et rédigé par le citoyen Couturier, député de la Moselle, du 3 juin 1793, l'an II de la République (p. 1-156, texte, et p. 157-215, pièces justificatives), ibid.^ n" 16: et le Hnpf)ort fait par N.-F. Blaux des opérations par lui faites en qualité de commissaire délégué par la Convention nationale dans les départements de la Meurthe, du Bas-Rhin et de la Moselle {ibid., n"24). — Nous reviendrons sur d'autres rapports de Couturier et de Dentzel. Vu>. aussi la note de M. Aulard, f). 352.

3. Voy. la Révoltttion du 3/ mai et la fédération en 1793, t. I, p. 383.

leur promettaient toute satisfaction, il n'en était pas de même de la masse dos habitants et de Tadministration ellemême. Une note sur les corps civils, émanée de la Société populaire et qui doit se rapporter à cette époque, en fait un tableau généralement peu flatteur. A côté de Monet, procureur général syndic.

Excellent sujet, brûlant du plus pur patriotisme et doué de grandes lumières — (on lui conteste Tàge),

on lit cette note sur Braun, président du département :

Peu de moyens et encore moins de bonne volonté; plutôt aristocrate que patriote.

Et dans le directoire, avec Edelmann,

Ardent patriote ayant d'excellentes vues, mais brouillon parfois;

et Teterel,

Chaud patriote qui a volé (couru) à Paris et a combattu le 10 août; toujours de mauvaise humeur de se voir en si mauvaise compagnie,

on trouve Burger, qui, dit-on,

ne manque pas de connaissances, parle avec assez de facilité, mais est modéré à un tel point, surtout envers les fanatiques et les aristocrates, qu'il paroît parfois Tun et l'autre.

Quant k la municipalité, après cette remarque générale que plusieurs ont été suspendus par décret de l'Assemblée législative, on y signale :

Turkheim, aristocrate déclaré, qui ne s'est point fait descru' pule de dire hautement, et toutes les fois que Toccasion s'et* présentoit, qu'il n'aimoit pas la révolution,... finalement c'est un de ces riches banquiers qui ont acheté de TEmpereur de:^ titres qui les dispensoient d'être des hommes;

Michel Mathieu, procureur de la commune, le compère d^ Dietrich qui le servoit à merveille dans la distribution de passeports pour les femmes d'émigrés;

Scholl, jeune homme extraordinaircment intrigant et dirigeant seul les élections ;

Noisette, vrai caméléon, sans mœurs et sans principes ;

Kratz, homme nul, mais feuillant et attaché par les oreilles au char de Dietrich et compagnie ;

Fischer, vieux avocat, aristocrate des plus incurables.

A plusieurs traits de ce tableau que j'abrège on croit reconnaître le burin mordant et incisif d'Euloge Schneider.

Denizel et Couturier ne jugèrent pas plus favorablement la population qu'ils venaient re/jt^W/cflfmse;'*. Dans le compte rendu qu'ils publièrent à leur retour (Rilhl s'était de bonne heure séparé d'eux), ils se plaignent de l'esprit du pays : « Les doux tiers des habitants, disent-ils, sont conlre-révo-. lulionnaires; la plupart sont partisans de Dietrich et de Roland '. Les lois contre les prêtres n'étaient pas appliquées : ils y pourvurent^; mais ils se plaignent aussi des tribunaux : « Nous sommes convaincus, disent-ils, que les tribunaux seront toujours le fléau de l'humanité. » Le remède à leurs yeux serait d'augmenter la représentation nationale; de supprimer les administrations des départements, leurs conseils, leur pouvoir exécutif : les délégués de la Convention, devenus plus nombreux, les proconsuls tiendraient lieu de tout. La Convention n'est pas assez en honneur dans le pays. On l'accuse d'être divisée en deux factions et livrée aux ambitieux *. On l'accuse de n'avoir pas réprimé la Vendée* (on n'est pourtant qu'au début de la guerre). Les deux représentants ont des vues sur l'instruction publique, sur la francilisation de l'Alsace*; ils ont

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