CHAPITRE XXVII
MISSIONS AUX ARMÉES DEPUIS LA BATAILLE DE VÂLMY jusqu'à LA TRAHISON DE DUMOURIEZ
Libération du territoire. Reprise de Longwy et de Verdun*
Levée du siège de Lille.
La réunion de la Convention et ravènement de la Repu-' blique ouvraient une période nouvelle où les missions des représentants allaient avoir un plus grand essor. La bataille de Valmy était un point d'arrêt dans la série des événements militaires. Les généraux reprenaient Toffensive, et l'Assemblée nouvelle se mit en mesure de les seconder par ses commissaires.
Après quelques missions motivées par la question toujours urgente des subsistances, elle songea, dès les premiers jours, aux armées * : aux deux ailes, fort peu garnies, de l'armée du Midi *, aux armées de la frontière du Nord ; et elle envoya au camp de Chàlons, point central, Prieur (de la Marne), Sillery et Carra (24 septembre); dans le déparle-
1. Mission de Manuel, Le Page et Thuriol à Orléans ; mission de Vitet, Boissy d'Anglas et Alquier à Lyon, 22 septembre 1792. (Aulard, t. I, p. 60 et 61.)
2. Mission à Tarmée du Midi, aile droite, 23 septembre 1792 (voy. cidessus, t. 11, p. 342 : le Moniteur envoie à Bayonne ceux qui allaient À Perpignan et réciproquement ; mission à l'armée du Midi (aile gauche, commandée par Montesquiou), 24 septembre, voir t. III, p. 2.
en. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1" AVRIL 93 19
ment du Nord, Delraas, BcUcgarde Duhcm, Duquesnoy, Doulcet et D'Aoust *. Veiller au recrutement et à Tapprovisionnement des troupes, au bon état des places fortes, à la discipline des soldats, à Tobéissance des citoyens, tel était Tobjet de ces missions pour lesquelles on donnait aux représentants les pouvoirs les plus étendus.
Délivrer le territoire! voilà le but qu'il s'agissait, avant tout, d'atteindre.
Il fallait chasser les Prussiens qui occupaient encore Verdun et Longwy; il fallait repousser les Autrichiens, qui commençaient le bombardement de Lille; à cet égard, la mission principale était celle des généraux qui avaient arrêté l'invasion , et leur correspondance complète et même domine celle des représentants délégués près leurs armées. Il m'a paru indispensable de l'y joindre : le rôle des uns et des autres ne peut être bien compris qu'à cette condition \
Entre les généraux de cette région à qui donner le commandement en chef? Il ne s'agissait plus de fiction. Luckner, cette ombre de généralissime, avait disparu déjà avant la bataille de Valmy : le 13 septembre, il avait été rappelé de Chàlons, comme insuffisant, et mandé à Paris; il eut à regretter bientôt de n'avoir pas suivi en tout, jusqu'à la fin, l'exemple de Lafayettc '. Mais il y avait deux généraux en présence : Dumouriez qui avait jusque-là mené toute cette campagne de l'Argonne, et Kellermann, mis plus particulièrement en évidence par la victoire de Valmy.
1. 30 seplembre, Delmas et Bellegarde se Irouvaient déjà dans le département du Nord avec Dubois-Dubais, en vertu d^une mission de l'Assemblée législative, fis nrent, à ce titre, une circulaire aux habitants des campagnes qui se trouve dans le Moniteur du 27 septembre, t. XIV, p. 37.
2. II est fort regrettable que cette correspondance n'ait pas été comprise dans le Recueil des actes du Comité de salut public, publié par le gouvernement, puisqu'on y donne, en même temps que le registre du Conseil exécutif provisoire, la correspondance officielle des représentants avec le Comité et avec le Conseil.
3. Voy. sa condamnation à mort, 15 nivôse (4 janvier 1794), sur la dénonciation du général jacobin Charles Uesse (de la maison régnante de Uesse), Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, L U, p. 324-327.
Or leurs avis ne concordaient pas. Kellermann voulait marcher sur Vitry et Chûlons; Dumouricz, réunir toutes les forces disponibles, 100 000 hommes, pour accabler les Prussiens, et se reporter, sur les défilés de TArgonne qu'ils avaient franchis, qui fussent devenus un obstacle à leur retour. Le 25 septembre, il écrivait à la Convention pour exposer son plan, il écrivait au ministre, il écrivait à Kellermann lui-même, lui demandant une entrevue ; et Kellermann ayant accepté la réunion des armées, il pressait le minisire de décider qui en aurait le commandement (26 septembre) *. La réponse ne pouvait pas être douteuse : c'était celui qui avait conçu le plan. Servan lui donna l'assurance que les deux armées ne cesseraient pas d'être sous ses ordres.
Les Prussiens avaient fait des propositions d'accommodement, et Dumouriez, tout en disant à la (Convention qu'elles étaient inacceptables, ne laissait pas que de suivre les négociations engagées. Il écrivait au « vertueux » Manstein, premier aide de camp du roi de Prusse. Il faisait même au roi des politesses ', n'oubliant pas son ancien métier de diplomate ; mais ce qu'il ne refusait pas d'accepter par un accord, il était résolu de se le faire céder par la force et ne cessait point de serrer de près les Prussiens par Beurnonville, son lieutenant. Il aurait bien voulu que Biron y concourut. Il l'avait demandé au Ministre; mais Servan ne lui avait point laissé d'espoir de ce côté : les