‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 151 sur 225 · Voy. ci-dessus, p. 200, note · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p. 200, note

i. Voy. la noie XIX, aux Appendices.

Or les Girondins avaient des amis en Alsace. Serait-on en mesure de les frapper? Euloge Schneider, qui avait compté mettre au pas son tribunal criminel, commençait à trouver que cet instrument ne lui suffisait point*. Dans le journal qu'il avait fondé et dirigeait toujours, VArgos (forme grecque iVArr/us, le journal aux cent yeux, titre significatif en ce temps d'espionnage), il traitait de la nécessité d'instituer un tribunal révolutionnaire (30 avril 1793) :

Nous vivons, disait-il, dans un temps où il faut des hommes inébranlables et inexorables comme Brutus; il faut qu'ils soient les piliers de notre Républiqne pour protéger l'édifice de notre liberté; il faut qu'ils soient comme des rochers auxquels éclatent les chars luxurieux des tyrans, afin que les audacieux soient précipités et soient déchirés par leurs propres coursiers.

Strasbourg possède un tribunal criminel, mais les juges sont indulgents comme des pères faibles, tandis qu'ils devraient, sans être sanguinaires, être sévères comme la justice divine. Point de grâce! elle est toujours du poison; justice! elle seule est digne de véritables républicains *.

Le 2 mai, il appuyait au club les motions tendant à faire prendre, comme otages, les paysans les plus notés et les plus riches de la campagne, à faire dresser la liste de

1. Il n'avait obtenu encore que trois condamnations à mort pour attroupements avec bâtons, massues et faux, h l'occasion du recrutement (30 mars 1793).: Jos. Holzman, de Molsheim, convaincu d'être un des chefs: Laurent Jost, de Bergbiethen, et Jos.Hummel, d'Avolshcim, d'avoir provoqué et maintenu les dites révoltes. (Bibl. nat., Lb^* 2232.)

La levée des 300 000 hommes avait provoqué, en Alsace comme ailleurs, des émeutes et aussi des pamphlets. Tel était ce Rapport aux douze sections :

• Frères,

« Au nom de tous les diables, courez aux armes. Hàtez-vous, notre opulente Républi(|ue est dans la misère. Si vous tardez plus longtemps, tout est perdu, la Convention et les diables de Jacobins sont f...

« Courez, ces coquins veulent vous placer au premier rang sous les baïonnettes des volontaires... Pourquoi devons-nous nous battre?... Pour la liberté. Mais avons-nous jamais été des esclaves comme aujourd'hui? • (Hoitz, la Contre-Révolution à Strasbourg, p. 301.)

2. Voy. Heitz, Notes sur Scfineider, et les Sociétés politiques de Strastfounf (Bibl. nat., Lb*" ii98i), p. 61. — Le mém'c jour, il insistait auprès de la Société populaire pour qu'on demandai à la Convention rél6i)lissement d'un tribunal révolutionnaire à Strasbourg. {Livre bleu, t. II, p. 205.)

tous les gens suspects, soit de la ville, soit du département. Mais à quoi bon arrêter les suspects, si on ne les jugeait pas? Et l'accusateur public, revenant sur la mollesse de son tribunal, signalait le mauvais vouloir des juges ' :

Cela prouve, ajoutait-il, la grande nécessité de rétablissement d'un tribunal révolutionnaire dans notre département. Je le répète, nos tribunaux ordinaires ne valent rien pour de pareils procès. Je garantis que, quinze jours après rétablissement d*un tribunal révolutionnaire, les aristocrates seront convertis ou feront au moins semblant de rêtrèJ23 mai 1793) *.

La révolution du 31 mai lui ouvrait une plus large carrière. J'ai dit ailleurs avec quelle énergie la ville de Strasbourg s'était élevée, par une adresse, contre les anarchistes qui la préparaient dans Paris, et comment cette manifestation fut étouffée par le refus de concours du député Riïhl, comme par la connivence des Jacobins des deux villes. La constitution du 24 juin fut acceptée. Le maire Monet fit voter dans son club une déclaration contre les représentants proscrits, qui parut être l'expression des sentiments de Strasbourg, et tout se trouva ainsi disposé pour seconder Faction des deux nouveaux commissaires de la Convention, Milhaud et Guyardin '.

Bfission des représentants Ruamps, Borie, Milhaud,

Guyardin, Mallarmé, Niou.

Les représentants près les armées savaient bien, on Ta vu, suppléer à l'absence des représentants envoyés dans les départements frontières. Milhaud était à Tarmée des

i. Deux cas s'étaient présentés où, malgré le réquisitoire de l'accusateur public qui demandait la peine de mort, les délinquants ne furent condamnés qu'à perdre leurs droits de citoyens français, à être attachés f>endant deux heures à la guillotine et emprisonnés jusqu'à la paix.

Page 1