‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 150 sur 225 · Livre bleu, t. II, n" 26, p · texte numérisé non relu

Livre bleu, t. II, n" 26, p

2. Il faut lire, dans sa brutalité, le tableau dé ces péripéties tracé par le geôlier lui-même, d*un style qui ne dément pas son origine :

« Besançon, 20 avril 1793, Tan II de la République.

* Vis donc, f... Noirot, hier, j'ai mis scellé sur les effets du scélérat Dietrich et sur ceux de sa femme, ils êloient dans la maison de justice; je vais gravement dans cette maison, je demande Dietrich, je me fais connoltre; il pâlit : Ah! monsieur, s'écrie-t-il, si vous m'aviés connu, vous ne sériés pas si dure envers moi. Sa femme fait la toise; je la mets sur le lit, elle revient; que cela éloit joli! Mais prenant ma qualité d'homme public, je lui dis : Demain vous serez déporté, je dois vous donner le stricte nécessaire, et garder le reste pour la nation, donnez-moi votre argent. Ces derniers mots furent un coup de foudre; la dame se mit à

pleurer; Dietrich fit un peu de mines, puis me donna dix louis. Je f

tout cela sous le scellé, et je vais rendre compte de mon expédition. Ne voilà-t-il pas que la Société des amis de l'égalité ne veut pas que Dietrich soit déporté! elle fait une pétition au département pour demander que le scélérat ne soit pas déporté, et qu'il valoit mieux le garder en prison que de le déporter. Tout de suite, je suis obligé d'aller lever les scellés, je rends tout à Dietrich qui eut alors l'air de n'être pas content, parce qu'il croyoit qu'on alloit le déporter; dites à Laveaux, au grand nez, à Monet, qu'il restera en prison et que la Société envoyé une pétition à la Convention nationale pour qu'il reste en otage à Besançon... » (Livre bleu, t. 11, n" 27, p. 107.)

CH. XXXI. — LA EÉVOLUTION BN ALSACE 311

échapper des victimes ainsi désignées. Nous en avons parlé au 8 nivôse dans Y Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris ^.

Ajoutons deux mots sur les deux commissaires dont le départ affligeait tant les ennemis de Diclrich. Revenus à Paris, Denlzel et Couturier se défendirent par les comptes rendus que nous avons cités et cherchèrent à se décharger en partie sur Rûhl, qui parlait d'eux assez mal à la ConventiQU et qu'eux-mêmes ne ménageaient pas davantage : ils l'accusent de s'être séparé d'eux pour veiller à des intérêts particuliers. On leur donna d'autres missions. Nous avons trouvé à la fin d'octobre Couturier en Seine-et-Oise, mariant les prêtres*. Dentzel, dès le mois de juillet, fut envoyé à Landau où nous l'avons vu pendant le blocus'. Il fit si bien que même pendant ce blocus il se fit révoquer encore ; et lorsqu'il put, le blocus étant levé, revenir dans la Convention selon l'ordre qu'il en avait reçu, ce fut pour y être attaqué dans son titre même de représentant comme dans ses actes (27 nivôse an II, 16 janvier 1794). Il fut mis en arrestation et ne fut réintégré qu'après le 9 thermidor *.

Lies Jacobins à Strasbourg après le rappel de Dentsel

et de Couturier.

Le rappel de Dentzel et de Couturier ne changea rien à la situation de Strasbourg. Monet restait à la mairie, Schneider au tribunal criminel, et tous deux continuèrent de diriger le mouvement des esprits. Le club n'avait pas attendu le 31 mai pour demander les têtes des Girondins.

1. Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, t. H, p. 294 et suiv.

2. Voy. ri-dessus, t. 111, p. 372, et séance du 10 brumaire (31 octobre 1793), t. XVIU, p. 315.

Page 1