‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 155 sur 225 · Livre bleu, t. II, n · texte numérisé non relu

Livre bleu, t. II, n

Souvenir biblique, reflet visible de son ancien étal dans son nouveau métier. — L'idée fut approuvée par le maire et par le procureur de la commune.

Cependant le public ne put supporter Taspect hideux de la guillotine. Dans la nuit du 19 au 20 août, des hommes l'enlevèrent, la placèrent sur une voiture qu'ils renversèrent devant la maison de l'accusateur public. L'instrument de mort y restii brisé, mis en pièces. L'administration municipale ne montra même aucun empressement pour en relever les débris, de peur de choquer le sentiment populaire, et l'enquête que l'on ouvrit ne produisit aucun résultat. Schneider, irrité, donna sa démission, qui ne fut pas acceptée; il resta, jurant qu'il saurait mourir à son poste, et aussi sans doute qu'il saurait y faire périr ses ennemis. Il publia, en témoignage, un écrit intitulé la Guillotine^ pierre d'achoppement pour les habitants du Marais et pour les Feuillants, et c'est là qu'il a consigné, avec le récit qu'on vient de lire, ses griefs contre l'administration qui l'avait si mal soutenu.

On ne s'étonnera point, après cet incident, si, à l'époque où nos représentants arrivèrent à Strasbourg, toute l'administration était tenue pour suspecte dans la Société populaire. On y attaquait les administrateurs du district, et un membre ajoutait que, s'ils n'avaient pas fait leur devoir, c'est que la municipalité n'avait pas fait le sien. On attaquait le tribunal : « Les juges et jurés du tribunal criminel paraissent être dans le môme cas, mais déjà la foudre de la loi est prête à les frapper, comme leurs forfaits le méritent. » A plus forte raison, se déliait-on des sections. Une dépulation du Comité des sections était venue porter à la Société populaire des vœux de réunion et de fraternité en présence du péril de l'ennemi; un membre fit remarquer l'inconvénient « d'une réunion trop inconsidérée et faite trop à la îiàte ».

Le représentant Milhaud fit observer que l'offre de lever un bataillon pour la frontière, faite par le comité des sec-

lions, témoignait de la sincérité de leurs sentiments; mais un autre en demanda un gage supplémentaire : « Que les sections de Strasbourg donnent la confession de leur foi républicaine, en dévouant Tinfâme Dietrich à une haine éternelle, en ne délivrant pas de certificats de civisme à des gens évidemment suspects, en déclarant une guerre terrible à tous les ennemis de la République une et indivisible * » : c'était la formule par laquelle on proscrivait tous les amis des Girondins.

Milhaud et Guvardin donnèrent bientôt du reste satisfaction aux demandes de la Société populaire, en destituant et remplaçant les corps administratifs de Strasbourg (3 octobre 1793), mesure dont ils firent part à leurs collègues Niou, Ruamps et Borie, réunis alors à Wissembourg, el qui reçut leur approbation (6 octobre) *. Le 8 octobre, ils établirent un Comité de surveillance et de sûreté générale, composé de douze membres. On comptait parmi eux les principaux de l'administration nouvelle et de la Société populaire '. C'était, on le peut dire, le Comité de salut public de Strasbourg *. En même temps il était question

1. Extrait des minutes de quelques séances de la Société des Jacobins de Strasbourg : séance du 5 septembre 1793. Liwm bleu^ t. H, p. 300.

2. Pièces à Tappui de l'appel de la commune (de Strasbourg} à la République et à la Convention nationale, n** 1. {Livre bleu, t. I, p. 135.)

Par une lettre du 25 du premier mois (16 octobre), ils font connaitre au Comité de salut public, les destitutions qu'ils ont opérées à Strasbourg (Arcli. nal., AF II, 150, vendémiaire, pièce 45). Par une autre du 9 du 2* mois (30 octobre), ils lui disent: « Nous vous avons déjà fait connaître le mauvais esprit qui règne à Strasbourg et nous vous avons fait part des mesures que nous avons prises pour en arrêter la maudite influence.» {Ibid., 151, brumaire, pièce 104.)

3. André, procureur général syndic; Teterel, membre du département; Monct, maire; Schneider, accusateur public; Martin, procureur de la commune; Jung, officier municipal; Fibich, peintre; Kdclmann l'aîné el Neslling, membres du directoire du déi)artement; Clavel et W'olff, membres du tribunal du district; Sarez, administrateur du district.

4. Livre bleu, t. I, n** 2, p. 5. — Voir pour leurs actes le procès-verbal des séances {Livre bleu, t. I, p. 3-94). Ce ne sont qu'arrestations, déportations, etc.; il y a une longue liste de suspects, par ordre alphabétique. (Ibid., p. 12-19.) Un arrêté du 1 brumaire (28 octobre) portait :

« Les anciens baillis, leurs greffiers, les chasseurs et forestiers domaniaux, maîtres d'école insermentés, servantes et domestiques de prêtre

irépurer les juges de paix, et, rennemî menaçant, les deux représentants faisaient procéder à des mesures de rigueur qu'ils donnaient comme réclamées par la sûreté de la ville *.

Le complément ne se fit pas attendre. La France venait d'éprouver un grave échec aux frontières. Les lignes, de Wissembourg nous étaient enlevées. Mallarmé, qui était allé à Paris avec Lacoste pour prévenir ce malheur, en revenait quand il était accompli (13 octobre 1793) ". On n'y voulait voir qu'un effet de la trahison et Ton n'y savait de remède que dans un redoublement de rigueurs révolutionnaires. Si les soldats avaient été battus, c'est qu'ils manquaient du nécessaire: s'ils manquaient du nécessaire, c'était à cause des accapareurs. Le 20 octobre, montant à la tribune de la Société populaire, Mallarmé annonça que, pour étouffer l'accaparement, ses collègues et lui avaient créé une armée révolutionnaire de 1000 hommes, suivie d'un tribunal et d'une guillotine. Malheur aux égoïstes qui auront l'audace do cacher ou de gâter les subsistances dues à l'armée '.

Tels sont en effet les motifs qu'ils exposèrent dans le préambule de leur arrêté :

Une triste expérience, y disaient-ils, ne nous apprend que trop que le moment est arrivé d*agir, de frapper, d'exterminer, dans quelque endroit qu'ils se trouvent, tous citoyens sourds aux besoins de la patrie, tout citoyen rebelle à la loi.

réfraclairc et le plus riche aristocrate de chaque endroit seront conduits à Strasbourg, pour y rester en arrestation et y servir d'otages aux communes respectives. »

• Arrêté du Comité de sûreté générale du département du Bas-Rhin.

• Signé : Mo.net, président; Firich, secrétaire. •

{Livre bleu, t. I, n"* ex, p. 224.)

1. Ils requéraient les autorités de Strasbourg « de faire transporter sous bonne et sûre escorte dans l'intérieur de la République, et ce dans tels lieux qu'ils aviseront », les prêtres insermentés et les suspects actuellement détenus, même les suspects non détenus et qu'ils pressaient l'administration de faire arrêter sans retard. (3* jour de la 3' décade du 2<? mois, 13 novembre; Livre bleu, t. 1, n" 4 et 5, p. 8 et 9, et les pièces citées dans le Supplément nu rapport des représentants Borie, etc. Bibl. nat., Le^^ 44.)

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