IV
L'accusé seroit interrogé, jugé et puni par le peuple : ainsi agissoient les Romains aux beaux jours de la République.
Ainsi avaient fait aussi les massacreurs aux jours sanglants de septembre; et l'exemple, d'après le compte rendu, fut proposé :
Quelques-uns s'arrêtent sur l'acte de justice nationale au mois de septembre 1792.
Le 24, on va conclure. Un membre fait la remarque que, dans une république, il ne peut y avoir que des républicains ou dos traîtres. Conséquence : mort à tous ceux qu'on n'estime pas républicains.
Un autre dislingruc trois catégories dans les détenus : les modérés, les suspects et les fanatiques. Il demande la réclusion pour ces derniers et pour les autres une commission qui les juge, ne leur appliquant qu'une seule peine: la mort. Un autre s'écrie : « Que tous ceux qui n'ont rien fait pour la chose publique soient retranchés de la société. » Il se trouva pourtant un homme pour faire observer que tous les coupables ne méritent pas une même peine el qu'il serait dangereux de laisser à une conmiission le soin de décider de leur sort :
11 ne faut pas, dit-il, accoutumer le peuple à verser le sang du peuple; il conviendroit de ne s'occuper du mode d'exécution que dans des moments plus calmes et plus tranquilles.
Mais cet avis eut peu de prosélytes :
A celte séance, dit le procès-verbal, tous les membres présents, excepté trois, sont montés à la tribune et ont voté individuellement la mort de tous les prévenus, avec ou sans jugements. Les tribunes, composées en grande partie des parents et amis des détenus, ont été forcées par la terreur d'applaudir et d'adhérer à cette mesure sanguinaire *.
i. Livre blm, t. I, ihid., p. 212-217. Suit le fragment de ces délibérations meurtrières, trouvé parmi les minutes des procès-verbaux non enregistrés.
En attendant qu'on en vînt à pratiquer cette justice sommaire, la justice révolutionnaire ne chômait pas. Nous avons parlé de la commission établie par Saint-Just et Le Bas à la suite de Tarmée. Il est temps de retracer les actes du tribunal créé, peu de jours avant leur arrivée, par leurs collègues, Mallarmé, Milhaud et Guyardin et qui parcourait le pays avec une armée révolutionnaire pour escorte.