Livre bleu, ibid., p
tention jusqu'à la paix, prononcées, on peut le croire, pour des délits jugés moins graves *. Vers ce temps-là (17 frimaire, 7 décembre 1793), Euloge Schneider, invité par Saint- Just et Le Bas à rendre compte au Comité de salut public de sa gestion comme commissaire civil, lui adressait copie de tous les jugements prononcés par son tribunal. Copie semblable avait déjà été envoyée au président de la Convention. Il aurait voulu joindre les pièces du jugement, mais presque toutes étaient en allemand : il se proposait de les faire traduire. Pour justifier les sévérités du tribunal, il retraçait, à sa manière, le tableau du département du Bas-Rhin, « un des plus entachés de fanatisme, de feuillantisme et principalement d'agiotage ». Il y montrait les lois non appliquées, les jurés du tribunal criminel trop indulgents et complices eux-mômes des crimes qu'ils devaient réprimer; à la campagne, les juges de paix et les officiers municipaux tolérant, sans la punir, la dépréciation de la monnaie nationale, et le fanatisme, relevant la tête à l'approche de l'ennemi. Ce fut alors qu'il avait été nommé commissaire près Tarmée révolutionnaire, armée, disait-il, qui, au fond, n'a jamais existé ; mais son nom seul a répandu une frayeur salutaire parmi les malveillants; des détachements faisaient des promenades révolutionnaires et figuraient une armée, sans mettre en trop grands frais la République.
Strasbourg, continuait-il, était la source de la corruption : il fallait rendre ses riches négociants obéissants à la loi. La Commission avait agi avec sévérité contre ces sangsues du peuple. Elle les avait soumis à des amendes énormes, à l'infamie du carcan, et par là elle avait sauvé l'armée; car la cause des revers de l'armée, c'était le défaut des approvisionnements, amené par la dépréciation des assignats; ajoutez le fanatisme qui y faisait obstacle et la faiblesse de certains administrateurs qui craignaient
i. Livre bleu, ibid., p. 21-12. Voy. la note XXI, aux Appendices.
de recourir au glaive de la justice. Eu loge Schneider rappelait plusieurs des condamnés, et il ajoutait :
Eu acceptant la place de commissaire civil, je vis devant moi deux écueils : Técueil de la calomnie, si j'agissais sévèrement ; recueil du crime, si je me laissais influencer par des considérations d'humanité. Je fus décidé bien vite et jusqu'à présent mes efl'orts ne furent pas inutiles : les sans-culottes ont du pain et le peuple bénit la guillotine qui Ta sauvé. Que ma tête tombe sur Téchafaud, après que les têtes de tous les traîtres seront tombées ^
Il se dispensait d'exposer en détail la façon d'agir des détachements de son armée révolutionnaire et les procédés du tribunal; mais on en est informé par d'autres pièces. Pour l'armée révolutionnaire, on le sait déjà par lui-même. Ses agents percevaient sur les suspects ou des amendes ou des rançons. Gerst et Wetzel lui ayant demandé s'ils devaient recevoir 10 000 livres offertes pour éviter une arrestation : « J'approuve toutes vos mesures, leur écrivit-il. Continuez toujours, mais surtout ne ménagez pas les femmes contre lesquelles il y a des dépositions. » — Plus de 100 000 livres furent, dit-on, levées en vertu de cette lettre '. Quant au tribunal, les juges s'embarrassaient assez peu des formes. Point de registres; des feuilles volantes dont il est resté des affiches ou un résumé sommaire, imprimé dans le Recueil de pièces authentiques servant à Vkistoire de la Révolution à Strasbourg ', — et