Véron-Reville, p. 147, et la note XXIV, aux Appendices
La loi du 14 frimaire en Alsace. Les commissions révolutionnaires et les tribunaux criminels.
A la fin de 1793, on pouvait croire que FAlsace allait un peu respirer. Les succès de Hoche avaient dégagé la frontière. Les lignes de Wissembourg étaient reprises. Saint- Just et Le Bas quittaient le Bas-Rhin, Hérault de Séchelles le Haut-Rhin pour retourner à Paris. Mais d'autres représentants demeuraient, Baudot par exemple, et Ton a vu si son langage pouvait faire présager la fin de la Terreur.
De plus, dans le Haut-Rhin, après le départ de Hérault, trois délégués des assemblées primaires demandaient qu'on envoyât au plus vite un AnJré Dumont (sa réputation était déjà faite), escorté d'une armée révolutionnaire et de la guillotine pour régénérer le pays; et le représentant adressait au ministre l'extrait du registre des séances publiques où ce vœu était consigné. Il semblait que l'on voulût renchérir s!ir le passé ; et Ton n'était en effet que dans les premiers mois de l'an H : on abordait 94, plus sanglant que 93.
La loi du 14 frimaire, qui établissait le gouvernement révolutionnaire jusqu'à la paix, ne faisait que d'être mise en application dans l'Alsace *. Les administrations étaient reconstituées dans cet esprit', et les comités de surveillance
1. Le 9 nivôse (29 décembre 1793), le Comité de salut public désigna les î*e présentant s chargés d'exécuter les mesures de salut public pour rétablissement du gouvernement révolutionnaire. 11 y en eut un (rarement deux) pour deux départements. En voici la liste pour les départements de la frontière du Nord.
Pas-de-Calais et Nord : Le Bon.
Aisne et Ârdennes : Le Roux.
Meuse et Moselle : Mallarmé.
Meurthe et Bas-Rhin : Bar.
Vosges et Haut-Rhin : Foussedoire.
(Arch. nat., registre du Comité de salut public, AF+ II, 4", p. 214.)
2. Réorganisation du district de Strasbourg. (Arch. nat., AFII, 135, dossier 4, pièce 1, 21 nivôse, 10 janvier 1794.) Étal des questions auxquelles le directoire du Bas-Rhin doit répondre : il n'y en a pas moins de vingt. {Ibid,, dossier 7, pièce 1.)
acquéraient une influence qui effaçait les municipalités elles-mêmes.
A Colmar, il y en avait eu quatre, un par canton ; ils avaient été réduits à deux par Hérault, à cause de leur rivalité : ils n'avaient d'émulation que dans le mal.
A Strasbourg, il n'y en eut plus qu'un, et il se trouvait sous une main redoutable. Le jeune maire Monet, depuis la ruine de Selmeider, restait maître de la situation. Sous son influence, les mesures prises par Lacoste et Baudot, Saint-Just et Le Bas pour épurer les autorités constituées, furent maintenues par le représentant Bar; les comités de surveillance, composés des amis de Schneider, supprimés et remplacés par des hommes à lui (16 nivôse, 5 janvier 1794) * : si bien qu'il s'en fit, lui maire, nommer président *, et ainsi le comité comme le conseil de la commune furent dans sa dépendance. Désormais, dans le Bas- Rhin, il y eut deux sortes de proscrits : les contre-révolutionnaires de toute sorte, aristocrates, égoïstes ou riches, fanatiques ou fidèles à la religion, commune pâture de la Terreur depuis qu'elle avait été mise à l'ordre du jour, et les ultra-révolutionnaires, les amis de Schneider, les ennemis particuliers de Monet.
Pour les premiers, ils remplissaient, ils encombraient les prisons de Strasbourg. On avait, après un débat public, voté aux Jacobins la mort pour tous, et, en attendant, il n'y avait sorte de vexation dont on n'usât pour accroître leur supplice. On a noté que la mortalité fut à Strasbourg, cette année, double de ce qu'elle était en temps ordinaire'. Pour les autres, on avait cru prudent de les détenir au dehors.
Euloge Schneider avait été envoyé à Paris. De l'Abbaye, où il fut d'abord enfermé, il écrivait à une citoyenne K..., rue de Beauvais, pour qu'elle intéressât les patriotes du Bas-Rhin en sa faveur. Il insistait pour qu'on hâtât son juge-