CH. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1" AVRIL
Dumouriez pouvait désormais poursuivre Texécution de son plan qui était d'entrer en Belgique. Le 6 octobre, un décret de la Convention lui subordonnait, à cette fin, tous les généraux, quels que fussent leurs titres, qui seraient appelés à concourir à son action. Mais le premier point était de chasser les Prussiens du territoire. Beurnon ville s'y employait toujours avec le même succès. Il écrit à Dumouriez (7 octobre) une lettre pleine d'entrain, où il montre comment il savait entraîner lui-même ses braves soldats malgré leur dénuement :
Au quartier général à Marcq, le 5 octobre 1192.
Pour calmer vos inquiétudes sur le sort de vos enfants, mon cher général, je vous dirai où je suis, ce que je possède, et, en jetant après un coup d'œil sur votre carte, vous verrez que je serai votre avant-garde, par quel trou il vous plaira passer la chaîne du précipice, et que je suis parfaitement en mesure pour vous la faire passer avec sécurité.
Je veux faire suivre Tennemi pour lui prendre jusqu'aux semelles de ses souliers qu'il laissera dans la boue par le temps affreux qu'il fait; du reste j'ai une position défensive...
Il est en communication avec Dillon, et donne des détails sur sa marche :
Le fruit de mon expédition se bornera à observer leurs mouvements jusques à Berlin, si vous voulez, et je parie qu'ils sont si contents de nous qu'ils y vont tout droit...
Il y a des bataillons qui n'ont pas eu le pain depuis deux jours. Il était dû à tous aujourd'hui. Il pleut, il fait un temps abominable. Leurs tentes sont restées au milieu des bois, ils vont passer la nuit sous les hayes. Je leur ai dit que l'ennemi fuyoit et qu'il étoit plus mal qu'eux. Si je les écoutois, nous irions les ensevelir dans la boue...
Le temps est affreux; c'est le mauvais temps qui retarde leur marche et, s'il continue, ils ne ramèneront ni chevaux, ni hommes, ni canons.
Le roi de Prusse a passé hier ici et Monsieur, mais avec une peur épouvantable...
El il rond hommage à la forte discipline des vaincus :
Malgré les circonstances fâcheuses des terres, la retraite de Tennemi s'est faite dans le plus grand ordre. Au demeurant, ces MM. s'en vont '.
Kellermann y avait une part plus large encore^. La subordination de ce général à Dumouricz étant établie, acceptée ', Dumouriez ne lui ménageait pas les moyens d'opérer lui-même, sur cette frontière, la libération du territoire, se réservant le soin de dégager le département du Nord et de s'ouvrir ainsi les portes de la Belgique. Il écrit le 6 octobre h Biron : « que les Prussiens sont en pleine retraite sur Longwy, depuis le 1"; qu'il a mis Kellermann à leurs trousses avec plus de 50 000 hommes, qu'il va marcher à la tête de 30 000 hommes pour aller délivrer le département du Nord et qu'il espère bien passer son carnaval à Bruxelles. Il le prie de féliciter le général Custine sur son succès (nous en reparlerons); mais il pense qu'il serait plus avantageux de concerter un grand plan d'invasion, au lieu de se livrer à des opérations partielles *.
Nous avons donné le pas à la correspondance des généraux sur celle des représentants en mission parce que les généraux sont, en réalité, au premier rang et qu'ils tracent le cercle où les représentants doivent se mouvoir. Mais ces lettres des représentants n'en ont pas moins beaucoup d'intérêt. Elles offrent de nouveaux détails sur les opérations qu'ils suivent; et elles nous font connaître dans quelle mesure ils prennent part à l'action.
1. Quartier général à Marcq. Arch. nal., C H, 50, et Dépôt de la Guerre, armée du Nord, à la date.
2. On avait peu de commisération pour Verdun depuis sa capitulation. Kellermann écrit au Ministre (5 octobre 1792) :
« Je réglerai mes dispositions ultérieurement pour tomber sur Verdun et brûler cette ville à boulets rouges. » (Armée du Centre ou de la Moselle, à la date.)
3. Le général Du val, le 6 octobre, parlait encore à Merlin (de Douai) de tiraillements entre Dumouriez et Kellermann; mais, le 10, Kellermann écrit à Lebrun, ministre des AfTaires étrangères, que, depuis sa jonction avec Dumouriez, toutes les difficultés étaient aplanies. (Ibid., aux dates.)