CH. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-4" AVRIL
Prieur (de la Marne), Carra et Sillery, envoyés au camp de Chàlons *, y ont trouvé le camp vide, mais c'est que les troupes sont en campagne, et ils n'ont que des éloges pour les volontaires, Tarmement, les magasins, tout en pressant de ne se point ralentir dans la fourniture des souliers (27 septembre)*. Dans une lettre suivante (Sainte-Menehould, 30 septembre) •, ils disent qu'ils ont pris des mesures pour la levée des gardes nationaux entre Chàlons et Reims, afin de protéger le pays contre les troupes légères de Tenncmi; ils ont recueilli les justes réclamations des soldats, parcouru les lignes de Tarmée, harangué les troupes (c'est une monnaie dont ils ne manquaient pas); mais ils s'étaient aussi enquis de leurs besoins en habillements, en approvisionnements, en munitions. Ils insistaient pour qu'on se pressât d'y pourvoir.
Leurs lettres se suivent de jour en jour. Dans Tune d'elles (les 2 et 3 octobre, ils constatent que « les ennemis se retirent à grands pas » ; que « bientôt il n'y aura plus que Jes hommes libres sur notre territoire », et ils font encore un éloge mérité de l'activité de Beurnonville, des savantes manœuvres de Dumouriez; ils n'oublient pas nos '< deux jeunes héroïnes » du Nord, les demoiselles Fernig, et, dans leur enthousiasme, ils s'écrient : « Charles VII a eu une Jeanne d'Arc; la République en a deux *. »
1. Armée du Centre, 30 septembre. — Sur cette mission, voyez les rapports imprimés de SiUery, de Carra et des trois commissaires réunis (Bibl. nat., Le"! et 2) et Aulard, Recueil, etc., t. 1, p. 66 et suiv.
^> Luc à la Convention le 29, Moniteur du 30, t. XIV, p. 75.
3. Dépôt de la Guerre, armée du Centre, à la date. M. Aulard ne donne I^ cette lettre. 11 en publie une autre du 30 qui, dans un post-scriptum, rectifie la date de la 1" : 29 septembre, 1 heures du matin. Dans cette ^utre lettre, qui a été lue à la Convention le !<" octobre et qui est au Moniteur du 3 (t. XIV, p. 103), les trois commissaires parlent de la •iélresse de Tennemi, de l'excellence des dispositions de Dumouriez, de )^ confiance qu'il mérite et de Tardeur des soldats qu'il commande.
^> « Il n'échappera pas h la Convention nationale que, sous le règne de Charles Vil, une fille célèbre contribua à replacer ce roi sur le trône; nous ^^n avons maintenant deux qui combattent pour nous délivrer des tyrans Mui nous ont opprimés tant de siècles. » (Aulard, Recueil, t. I, p. 86.) — Le Moniteur, qui donne la lettre, y fait quelques coupures; le passage repro- <Iuii ci-dessus est tombé dans les coupures. (Séance du 4 octobre, Moniteur
Ils allaient alors rejoindre Kellermann. Des lettres des 7, 9, 10, 13, 15 et 25 octobre nous les montrent suivant le général dans son expédition jusqu'à la reprise de Verdun et de Longwy (22 octobre) :
L'armée française, disent-ils dans leur dernière lettre, a surpassé son antique caractère, discipline et bravoure. Elle défend la liberté, elle sera invincible *.
Elle l'eût été plus constamment, si ceux qui la menaient à la victoire n'avaient été si souvent proscrits.
Dumouriez laissant à Kellermann, à Beurnonville et à Valence, le soin de poursuivre les Prussiens, voulait, de sa personne, rejeter les Autrichiens hors du département du Nord; et c'est ainsi qu'il nous ramène à la nombreuse mission que la Convention y avait envoyée le 30 septembre.
Les représentants à leur arrivée s'étaient trouvés for^ empêchés. Les Autrichiens avaient commencé le siège d^ Lille le 27, et ils occupaient une partie du département au^ environs. Or le département au-dessus de Lille n'avaî*guère plus de trois quarts de lieue de large. Les commis^ saires demandèrent à la Convention d'étendre leurs pou^ voirs au déparlement du Pas-de-Calais. C'est même d'une? ville du Pas-de-Calais, c'est de Béthune, qu'ils faisaient cette requête :
du 6, t. XÏV, p. 131-132.) Une double reclificaUon doit être faite dans le texte de M. Aulard. La lettre, commencée le 2, se continue le 3. La copie des Archives en porte l'indication que M. Aulard a omise et qu'il faut rétablir comme elle est au Moniteur. 11 en faut dire autant d'une seconde lettre datée de Sainte-Menehould, 2 octobre, signée également par les trois commissaires et rédigée peut-être par un autre que la 1". A la coupure datée du 3 octobre, ils disent : « Nous sommes partis de Sainte- Menehould h 2 heures du matin pour nous rendre à Suippes où était campée l'armée de Kellermann »>, et ils décrivent l'état des lieux et de quelques villages voisins. Us ajoutent qu'ils ont vu Kellermann, et vantent la discipline qui règne dans son armée. Les soldats ont conOance dans le général et le général dans ses soldats.
1. Arch. nat., Cil, 50 et 51 (correspondance des représentants, aux dates). Le 25, les trois commissaires annoncent leur prochain retour h la Convention. (Dépôt de la Guerre, armée de la Moselle, à la date.)
en. XXVII. — 22 SEPTEMBRE 92-1" AVRIL 93 27
Cest par le Pas-de-Calais, disaient-ils, que Ton communique des quartiers généraux de Tarmée de la République avec la place assiégée.
Le Pas-de-Calais est, comme le Nord, farci d'aristocrates de toutes espèces dont les intelligences avec les Autrichiens sont aussi dangereuses pour la patrie que pour le maintien de l'ordre, etc.
Ainsi Tarrestation des suspects faisait déjà une partie essentielle de leur mission. La Convention n'eut garde de repousser leur demande; et elle étendit leurs pouvoirs non seulement au Pas-de-Calais, mais aux déparlements limitrophes *.
Le siège de Lille, commencé par les Autrichiens quand ils croyaient les Prussiens en route pour Paris, ne pouvait guère se continuer après leur retraite. Dumouriez se contenta d'y envoyer de son armée 4 000 hommes, et, pendant qu'ils étaient en marche, il se rendit de sa personne à Paris, afin de s'entendre sur les suites qu'il voulait donner à ses opérations *. Le duc de Saxe-Teschen ne l'attendit pas devant Lille; l'entreprise était au-dessus de ses forces. Il n'avait su bloquer qu'un tiers de la place; des renforts y arrivaient d'Arras sans qu'il pût y faire obstacle, et il y avait une moitié de la ville que ses bombes n'atteignaient pas. On sait avec quel héroïsme les habitants surent tenir dans les parties mêmes où ces projectiles éclataient. Plusieurs des représentants en mission, entrés à Lille à la suite du général Lamarlière ', en rendirent témoignage. Dix jours ne s'étaient pas écoulés depuis la sommation (27 septem-