‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 199 sur 225 · Livre bleu, t. II, p · texte numérisé non relu

Livre bleu, t. II, p

5. /6/rf., t. 1 (Pièces ù l'appui de VAppet), n« 62, p. 69-74.

Il y avait alors trois mille suspects enfermés dans les prisons de Strasbourg; et cela ne paraissait pas suffisant; le 25 prairial (13 juin 1794), l'administrateur du bien public disait au corps municipal :

Dans vos dernières séances, de nombreuses arrestations ont été prononcées, et vous avez purgé le sol de la liberté du peuple.

Vous avez fait votre devoir, mais ne croyez pas que vous ayez rempli votre tâche; car tous les individus notés d'incivisme ne sont pas enfermés, au vœu de la loi; et lorsque vous les aurez tous mis en lieu de sûreté, j'aurai à vous demander encore : « Quelles sont les mesures de salut public que vous avez prises à l'effet de relever dans cette commune l'esprit national? »

Ce n'est pas chose aisée que de sauver une commune gangrenée...

Parmi ces maux qui la rongeaient, il signale Tagiotage et pour le détruire il avait trouvé un moyen : c'était de supprimer le commerce et de faire faire les achats à Tétranger par l'Étal qui revendrait au prix du maximum *. Le corps municipal approuva; mais l'Etat jugea sans doute qu'il n'y trouverait pas son profit.

Sous le poids de cette oppression, une voix s'éleva pour protester contre un si odieux despotisme, celle de Burger, ancien administrateur du Bas-Rhin. Détenu en prison, et au risque de se faire envoyer ailleurs, il écrivit au Comité de sûreté générale pour lui signaler les actes funestes de la municipalité de Strasbourg (25 prairial, 13 juin 1794):

Les arrestations arbitraires» disait-il, continuent avec un acharnement incompréhensible; elles frappent les meilleurs

\. Sur la proposilion de radministralcur du bien public... 2" que pour larir la source de l'agiolagc qui désole les deux départements du Rhin, il sera demandé au Comité de salut public de la Convention rétablissement d'une agence nationale de commerce, chargée de faire exclusivement des achats à l'étranger, aux dépôts de laquelle les citoyens auront la faculté de se pourvoir au prix du maximum;

Le corps municipal, ouï l'agent national, adopte ces propositions. Signé: MoNET, maire, etc., 25 prairial (14 juin 1794). (Litre bleu, t. I, n* 63, p. 19.)

citoyens; environ dix-huit cents individus de Tun et de Tautre sexe, c'est-à-dire la cinquième partie des pères et mères de famille, gémissent dans les prisons et les maisons d'arrôt. Une horreur générale couvre la cité. Personne n'ose lever la tête, de crainte d'attirer les regards d'un délateur et d'encourir le malheureux sort de ses frères... Un mélange révoltant de despotisme, d'anarchie et d'insolence caractérise les mesures que prennent les fonctionnaires actuels... Les meneurs ne sont parvenus aux dignités qu'en jetant un faux jour sur les intentions de ceux qui en avoient été revêtus par la confiance du peuple et qu'en les traitant de traîtres et de conspirateurs; il est donc naturel qu'ils suivent le même système pour conserver leur crédit. AiuM, en qualifiant de conspirations une infinité d'actions innocentes, ils trouvent partout des conspirateurs, et des abîmes sont ouverts sur le chemin de tous les citoyens.

11 proteste contre celte accusation de conspiration dont on prétendait frapper une ville qui avait donné 900 000 livres de contribution patriotique, payé les 9 millions d'emprunt de Saint-Just et Le Bas, échangé 5 millions de numéraire contre pareille somme en assignats, par arrêté de Lacoste et Baudot, fourni tant de dons volontaires, chemises, bas, souliers, habits, etc.

Et où sont les conspirations? ajoutait-il *.

On allait bientôt dire : Dans ces prisons mêmes, où Ton ose tenir un pareil langage; car on est au lendemain de la loi du 22 prairial et à la veille de la fameuse conspiration des prisons!

Mais ce n'est point en Alsace qu'on appliqua cette loi ni qu'on recourut à ces procédés.

Indépendamment des conventionnels délégués, le Comité du salut public, je l'ai dit *, avait ses agents particuliers dans les départements. Il eut à ce titre en Alsace Garncrin. Les rapports de Garnerin soit dans l'original, soit même dans les résumés enregistrés au bureau de police du

1. Livre bleu, t. I, premier morceau, paginé en chiffres romains.

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