Ibid
Qu'ils soient donc chassés de tontes les fonctions publiques; que la gloire d'être comptés parmi les membres des sociétés patriotiques leur soit enlevée , que leur existence même devienne étrangère à la Republique; qu'enfin ils soient tellement surveillés, tellement circonscrits, que jamais leurs souffles ne puissent atteindre Talmosphère de la République!
Et ils pressaient Hentz d'étendre ces dispositions aux départements du Haut-Rhin, des Vosges, de la Haute- Saône et du Doubs :
C'est là, disaient-ils, que le sacerdoce, encore aujourd'hui, présente avec impudence sa figure hideuse; c'est là que, sans respect pour les lois, la superstition jouit de toute son autorité, que les décadis, les fêtes nationales, sont méprisés et honteusement remplacés par des dimanches et des fêtes anciennement absurdes, etc. *.
Dans le Bas-Rhin, il y avait redoublement de recherches contre les suspects et surtout contre les prêtres. L'agent national du district de Strasbourg, Mainoni, écrivait au chef d'escadron de gendarmerie nationale Gueffemme :
Je suis parfaitement instruit par la voie de Paris qu'il existe dans le département du Bas-Rhin des contre-révolutionnaires; je sais de plus que Pétion et sa clique sont supposés en ce moment dans cet arrondissement...
Pétion avait été retrouvé quelques jours auparavant (8 messidor) avec Buzot, dans un champ de blé où Tun et l'autre s'étaient tués.
En conséquence je te requiers de mettre sur pied toute la gendarmerie, de la faire croiser sur toutes les grandes routes et fouiller toutes les municipalités.
Et il entrait dans les détails des procédés à suivre :
Tu feras arrêter aussi tous prêtres, de quelque secte qu'ils soient, surtout celui d'Ulkirch qui s'est permis d'ouvrir les temples, de baptiser et d'exercer les fonctions supprimées.
1. 14 messidor (2 juillet HOi). Livre ùleu, t. I, n» 92, p. 171.
Et ces mesures étaient étendues aux cinq autres districts par le directoire du département *. Il y eut même pour Strasbourg en particulier un plan de visites domiciliaires bien plus largement conçu; mais, pour Texécuter, Tagent national s'adressait au général Dièche lui-même (20 mesdor, 8 juillet 1794):
La visite aura Heu à deux heures du matin, au même instant dans tous les arrondissements de la commune, à un jour qui sera déterminé.
Les commissaires de police et leurs adjoints devaient se trouver ce jour-là, à onze heures du soir, à la maison commune, pour ne sortir qu'au signal donné (art. 2). La commune était divisée eu vingt-quatre sections, réparties entre les commissaires de police. Des officiers municipaux, des notables leur étaient associés pour cette besogne (art. 3-6); des piquets extraordinaires devaient être réunis en huit principaux points, avec une invitation aux commandants de faire occuper les principales rues et arrêter tous ceux qu'on y trouverait (art. 7-9).
Et cette opération devait se faire une fois par décade (art. 10) M
C'est dans le même esprit que les représentants près les armées du Rhin et de la Moselle prenaient à Landau (21 messidor, 9 juillet 1794) Tarrêté suivant qui établissait une commission mixte de recherches, une sorte de petite inquisition où ils ne craignirent point de faire entrer un adjudant général comme grand inquisiteur :
1. Livre bleu, l. II, n"84, p. 192. — Ajoutez ce qu*écrivail l'agent national de Benfeld (Stamm) à Monet : « L'agent de la commune a invité la municipalté de Barr à faire arrêter le nommé Fritz, feuillant, né adhérant de Dietrich, meneur de section, gâte-esprit de Strasbourg,
« Ton agent a manqué, car il a dî^ s'adresser à moi...
• La Société populaire de Barr s'oppose formellement h cette arrestation, prend Fritz en protection... Je viens de prendre les mesures nécessaires pour parer à ces abus qui ne prennent leurs sources que dans l'égoîsme le plus vil.
• Juge de là à l'esprit du peuple » (21 messidor, 9 juillet 1794). (/6<W., n* 76, p. 185.)