Et non Ain
436 APPENDICKS
Voyez sur cette victoire les lettres de Houchard au ministre, à la Convention ; celles des représentants Hentzet Duquesnoy; de TruUard et Berlier, de Tarméc du Nord, et crautres encore : des mêmes Trullard et Berlier, il septembre; de Delbrel et Levasseur, même date. (Arch. nat., AF II, 233, aux dates.)
Beru, qui venait d*ètre nommé général de division pour sa belle conduite, était ainsi attaqué dans un odieux pamphlet : Question» posées par Mehée :
1. Pourquoi, étant maître de Menin, le vendredi 13 septembre dans la matinée, à la tête d'une armée pleine d'ardeur, ne vous étes-vous pas sur-le-champ emparé de Gourtray où les fuyards hollandois avoient porté le désordre et qui étoit sans garnison?
(En reytird sur la 2« colonnv) : Parce que je suis noble et qu'il est dans notre plan d'empêcher le bien en attendant que nous soyons en force pour faire le mal.
2. Pourquoi les faux bruits de pillage à Menin? — Parce que je suis noble, etc.
3. Pourquoi n'avoir pas attaqué Gourtray le lendemain? — Parce que je suis noble, etc.
4. Pourquoi le renvoi de 10 000 hommes à Lille, à l'approche de l'ennemi? — Parce que je suis noble, etc.
5. Pourquoi aucun canon à Menin? — Parce que je suis noble, etc.
6. Pourquoi n'avoir pas rassemblé Tarmée derrière la Lys? — Parce que je suis noble, etc.
Mehée, l'auteur du pamphlet, en l'envoyant au Gomité de salut public, lui demandait que le général eût à répondre sur ces questions. (30 septembre.)
Beru ne chercha point à lutter contre ces attaques. Le 8 octobre, il écrivit de son camp de la Madeleine au Gomité de salut public :
c( 11 est d'autant plus indispensable que j'offre ma démission dans ces circonstances, que non seulement je préviens le vœu général, mais que je me soustrais par là à la proscription des généraux sortis d'une caste dont j'ai le malheur d'être et que je m'évite une destitution inévitable qui me rendroit suspect sur tout le sol de la Hépubliquc, quoique je n'aie jamais rien fait pour mériter de l'être. » (Armée du Nord, 8 octobre 1703.)
Hoohe et Piohegru en janvier 1794.
(Poge 200.)
Dans le cours de janvier 1794, Hoche, tout en demandant do repos pour ses soldats, poursuit le cours de ses succès. Le 1*' janvier (12 nivôse), il écrit au ministre que ses troupes sont entrées à Turkheim et qu'il compte s'emparer le lendemain de Kaiserslautern, cette forte position, où il avait, le mois précédent, débuté par un
échec ; et le 2 janvier, en effet, Kaiserslautern était pris. Le 9, il annonce qu'il se porte sur Grunstadt et Worms; il attache une 4^rande importance à la reprise du fort Vauban et se met en mesure 4ie passer le Hhin à Neuf-Brisach, s'il y a lieu. L'ennemi parait vouloir se cantonner : les Autrichiens sur la rive droite du Rhin, couverts par ]a rivière de Murgenthal; les Prussiens derrière la Nahe. Gonservera-t-il les troupes des Ardennes? il voudrait du reste se cantonner lui-même. Les 5 et 6, Tennemi continue son mouvement rétrograde, et lui s'avance, en gardant Neustadt et Kaiserslautern. Il exprime sur les populations qu'il traverse une opinion qui ne les flatte pas, mais qui n'est pas pour les déshonorer. C'était bien leur droit d'accepter de mauvaise grâce la liberté qu'on leur apportait à ce prix.
Dans plusieurs de ses lettres soit au ministre, soit au Comité de salut public, il se plaint de Pichegru.
Le 7 janvier, il dit que Pichegru n'a commandé ni à Werdt (Wœr(h), nia Uaguenau, ni à Wissembourg; — il n'y était pas.
Le 8, il annonce au ministre qu'il a devancé les intentions du Comité en portant trois divisions devant le fort Vauban. Pichegru a été chargé par lui de suivre vigoureusement les travaux du siège et invité à faire une attaque de vive force. Il incrimine, à ce sujet, la négligence uu la mauvaise volonté de ce général. Pourquoi est-il allé à Strasbourg, au lieu d'activer les travaux par sa présence? Pourquoi ce long silence? — Enfin on lui demande 20 pièces de 24. Voudraiton lui tendre un piège? On ne peut ignorer que s'il dégarnit Strasbourg, on dira qu'il veut livrer la place. — 11 part pour le fort Vauban.
Le 10 (21 nivôse), il fait savoir au ministre qu'il a pris des arrangements avec Pichegru :
L'armée du Hhin passera le fleuve sous la conduite de ce général; quant à lui, il fera face aux Prussiens avec l'armée de la Moselle.
<c La République, la chère République triomphera. Ses défenseurs le veulent.
« L'armée vit toujours aux dépens des sujets des tirans. J'espère bien la faire habiller aux frais de la même caisse.
« L. Hoche. »
(Voy. Rousselin, t. H, p. 46-48.)
XVUI Agents du Conseil exécutif en ventôse an II.
(Page 219.)
Le 23 ventôse (13 mars 1794), le Conseil exécutif renouvela les pouvoirs de ses agents près les armées. Elle en arrêta la liste, en donnant pour chacun les motifs de son choix. On peut être curieux de connaître les titres de ces personnages.
Armt^e du Nord,
Celliés, membre de la Commune du iO août, connu depuis 178t> pour un bon républicain. II a été mis en prison par Custine pour avoir distribue des journaux patriotiques. II a découvert les trames de ce traître et d*une partie de son état-major.
Bbrton, membre de la Société des jacobins, connu dans sa section pour un bon patriote.
Challes a été présenté et cautionné par son frère, député.
Armt^e d^s Ardennes.
Vari.n, membre do la Société des jacobins : a dénoncé Custine conjointement avec Celliés.
Crkspin, menuisier, électeur et administrateur du département de Paris : bomme actif, intelligent et patriote.
Armf^e de la Moselle.
MouRGOhNG, sans-culotte depuis 1789; il a eu plusieurs missions des représentants du peuple.
Delteil : il a été demandé par Lacoste, député.
Armée du Rhin.
Berger et Reukin, tous les deux de la section de Marat et connus depuis 1789 pour des patriotes purs. Ils ont été chargés de plusieurs missions par les députés Le Bas et Saint-Just.
La liste se continue pour les autres armées avec des noms que nous avons déjà rencontrés :
Cheyrillon, homme intelligent et patriote de la section de l'Arsenal; Prière, marchand de vin, jacobin depuis 1789 (pour Tarmée des Alpes), etc.
Vient ensuite l'instruction, en forme de pouvoirs donnes à chacun d'eux :
« En vertu du décret de la Convention nationale du H septembre Tan 2« de la République et des articles 12 et 43 de la section 3 du décret du 14 frimaire an II,
« Le Conseil exécutif a choisi le citoyen... pour Tun de ses agents près l'armée de...
« Il recueillera toutes les instructions nécessaires pour faire connaître au Conseil les besoins de Tarniée.
V 11 vérifiera les approvisionnements dans les magasins des armées de la République.
(c II vérifiera l'état des fortilications des places fortes et leur approvisionnement particulier.
« Il recueillera les plaintes et les réclamations particulières de nos frères d'armes, pour les faire connaître au Conseil : s'ils ne sont pas
exposés à des abus d'autorité et à des vexations contraires aux principes de la justice et de Tégalité. Il lui indiquera ceux d'entre eux qui se distingueront par leur patriotisme, leur courage et leurs talents.
« Il donnera un soin particulier à la visite des hôpitaux et verra si nos frères d'armes, dont le dévouement mérite tant d'égards, reçoivent les soins qui leur sont dus.
« Il emploiera son zèle et son patriotisme pour prémunir nos frères il'armcs contre les manœuvres de Taristocratie et des émissaires des despotes, et pour entretenir parmi eux Tunion de la liberté et les principes de Tunité et de Tindivisibilité de la République.
«t Tous les préposés du département de la Guerre fourniront à l'agent du Conseil les moyens de remplir sa mission; en conséquence, les jzénéraux lui laisseront visiter les postes, avant-postes et places fortes de l'armée. Il pourra se faire présenter par le chef de Tétat-major irénéral et les chefs des corps particuliers l'état nominatif des officiers employés sous leurs ordres, avec le titre et époque de leur service.
« Il se fera également donner communication par les chefs et agents des difTérentes administrations employées près les armées, savoir les commissaires des guerres, les directeurs des hôpitaux,... des marchés qui auront pu être passés pour les approvisionnements de toute espèce, destinés à l'usage de l'armée.
<t II donnera communication de ses pouvoirs aux représentants du peuple près l'armée et se conformera aux articles du code révolutionnaire, qui concernent les agents du Conseil exécutif. » (Registre du Conseil exécutif, AF H, 3, à la date.)
Le représentant Dentzel.
(Page 311.)
. Dentzel est un des plus curieux exemples des rivalités et des haines qui éclataient parfois entre les représentants en mission. Nous avons dit comment Rtihl rompit avec lui et avec Couturier, son collègue, et les fit rappeler l'un et l'autre. Les deux représentants se défendirent par des rapports où ils énumérèrent leurs actes, avec des pièces à l'appui : Rapjtoi't des o})érations civilea et militaires iks citoyens Couiuricr et Dentzel, députas commissaires de lu Convention nationale aux d^^partements (le la Meurthe, de la Moselle et du Bas-Rhin (Bibl. nat., Le ^^ 16), rapport rédigé vers le commencement de juin 1793, suivi bientôt après d'un autre {ibid,, n'^ 23). où ils disent :
« Nous avons pris plus de deux cents arrêtés de mesures de salut public, dans le nombre desquels se trouvent des suspensions et remplacements de la presque totalité des corps administratifs, tribunaux et communes du département du Bas-Rhin, des translations
même de celle (sic) du district de Benfeld à Barr et de différentt chefs-lieux de cantons aristocrates ou fanatiques dans d^autres. » Suivent seize articles où leurs actes sont rappelés; ils se résument en quatorze projets de décret.
Leur justification parait avoir été admise : car, le 3 juillet, Dentzel reçut une nouvelle mission dans la même contrée : il fut chargé de Torganisation du district de Landau. 11 se joignit àRuamps, qui était seul alors prt'S Tarmée du Rhin, assista aux affaires des 19 et 20 juillet, et laissant Huamps à Tarmée il se rendit à Landau qui allait être bloqué. 11 nous raconte lui-même dans un rapport de janvier 1794, ce qu*il y fit : visite des magasins, approvisionnements, établissement d'un tribunal militaire pour contenir les marchands mal disposés; suspension du général Delmas qui avait conféré avec un trompette ennemi : il en rendit compte dans le temps même au Comité de salut public où il fait Téloge de Laubadère. (Armée du Rhin, 30 août.) Une dénonciation anonyme avait précédé cette lettre. On le signalait comme un homme qui veut réunir tous les pouvoirs, qui \*eut se faire un parti. « Cet homme dangereux, y disait-on, ce prêtre, ce mot renferme tout, ne peut rester dans cette place. » (/6ûi., 23 août.) Ce qu'il y avait de plus sérieux, c'est que les l'eprésentants Borie, Milhaud et Ruamps appuyaient ces accusations; ils lui reprochaient des vexations, des destitutions de patriotes, et demandaient sou rappel. (Strasbourg, 4 septembre. Arch. nat., AF II, 149, à la date.) — Le rappel demandé fut décrété, et, le 21 septembre, Ruamps écrivait de Wissembourg au général Laubadère, commandant en chef à Landau :
« Nous avons cnOn reçu officiellement le décret qui rappelle Dentzel. Je vous le fais passer, afin que vous puissiez vous assurer et vous convaincre que G. Fréd. Dentzel n*a pas plus d'autorité dans la ville de Landau que Louis XVH à Paris. J'espère, mon ami, qu'aussitôt que vous aurez reçu ma lettre, vous vous empresserez de rappeler Delmas à ses fonctions et de suspendre tous les partisans de ce prêtre (Dentzel). {Compte rendu de Milhaud, pièces justif., n*^ 276, Bibl. nat., Le •• 44.)
Mais Landau était bloqué. Il n'en pouvait sortir, et, d'après ce qu'il dit dans son rapport de janvier 1794, on le pria de reprendre ses fonctions. Il partagea donc, avec le général Laubadère, Thonneur de tenir dans la place jusqu'à ce que le générai Hoche la débloqua. Saint-Just et Le Bas se trouvaient alors aux armées de la Moselle et du Rhin avec I^coste et Baudot : il pouvait regarder sa mission comme terminée.
Tout ne fut pourtant pas fini pour lui. Dans la séance du 27 nivôse. Bourdon (de l'Oise) le reprit à partie et fit de lui un portrait qui n'était pas flatté, à coup sûr :
« Vous avez décrété qu'aucun étranger ne pourrait siéper dans le sens de la représentation nationale; cependant on y voit encore un homme couvert de crimes, un traître à la patrie, le persécuteur des patriotes les plus ardents. Je vous dénonce ce ministre protestant qui s'est enfermé dans Landau, exprès pour y exercer toutes sortes de
vexations. On ne peut se faire une idée des horreurs commises par cet étranger : il a destitué les administrateurs qui ne lui plaisaient pas; il a fait arrêter les officiers patriotes; il a mis le colonel du bataillon de la Gorrèze dans une cage de fer de trois pieds de large, inventée par les despotes pour punir les plus vils scélérats. Je demande que ce monstre soit chassé de la représentation nationale parce qu*il est étranger, arrêté comme suspect, et traduit au tribunal révolutionnaire, s*il y a lieu. »
Danton n*y contredit pas. II trouva aussi que ce n'était pas assez d'expulser de la Convention un pareil homme; qu'il méritait, si l'accusation était fondée, d'être traduit au tribunal révolutionnaire; mais il était sage de vérifier les faits et d'en renvoyer l'examen aux Comités de salut public et de sûreté générale; et Bourdon (de l'Oise) se rallia à cet avis. Il y a longtemps, disait-il, qu'il voulait faire sa dénonciation, mais il n'avait pas les pièces alors; il les avait maintenant. Rùhl, sans se prononcer sur les actes de Dentzel à Landau, attesta qu'il était bien étranger, et Cambon parla de ses intrigues pour se faire envoyer en mission dans les départements du Rhin : ce qu'il n'avait obtenu que par surprise. Dentzel fut décrété d'arrestation, et la dénonciation renvoyée aux deux Comités *. C'est de l'Abbaye, où il était détenu, qu'il adressa à la Convention son nouveau mémoire en réponse à tous ces griefs '. Il obtint même de Landau, en germinal, une attestation de son énergie républicaine et révolutionnaire, pétition qui Uii renvoyée au Comité de salut public '. L'affaire traîna en longueur. On gagna le 9 thermidor, et quand les esprits se furent un peu apaisés, le représentant accusé obtint d'être transféré à Paris et de faire reprendre l'examen de sa cause *. Thuriot, chargé de faire le rapport au nom du Comité de salut public, conclut, après un assez long exposé de sa vie, en faveur de son éligibilité comme représentant (6 frimaire an III, 26 novembre 1794) • et, un peu après (19 nivôse, 8 janvier 1795), il fut, malgré quelques observations de Ruamps, déchargé, sans plus attendre, des inculpations dont il était l'objet ^.
1. Séance du 27 nivôse an II (16 janvier 1794), Moniteur du 29, t. XIX, )). 232.
2. Bibl. nat., Le'', 60. La lettre d'envoi, imprimée en tête de ce rapport, est datée du i*' pluviôse an II (20 janvier 1794). Le rapport était donc vraisemblablement composé avant la séance du 27 nivôse (10 janvier).
3. Séance du 10 germinal an II (30 mars 1794), Moniteur du 12, t. XXII), p. 93.
4. Séance du 16 vendémiaire an lll (7 octobre 1794), Moniteur du 18, t. XXII, p. 172. — Dans une lettre du 16 brumaire an 111 (6 novembre 1794), il demande que l'on hâte le rapport sur sa nationalité, ordonné par la Convention. (Arch. nat., ÂFII, 82, à la date)
5. Moniteur du 9 frimaire (29 novembre 1794), t. XXII, p. 609.