Ibid
2. « Plus le patriotisme fait des progrès dans la Belgique, plus l'aristocratie y devient entreprenante. « — A Bruges, on a tiré en plein jour sur une patrouille et sur une sentinelle. — « Si le ministre de la Guerre ne nous envoyé pas à l'instant de grands renforts, il faut nous attendre à de grands mouvements contre-révolutionnaires. Et que seroil-ce si nos troupes qui sont en avant, essuyoient des échecs qui les forçassent à un seul pas rétrograde? Très certainement alors les Vêpres siciliennes sonneroient dans toute la Belgique sur les Français. » — Ils signalent les projets de l'Angleterre : - Entre Dunkerque et Ostende, elle est sûre d'y trouver beaucoup d'amis. » — Il faut garnir la côte d'une force imposante, c'est l'avis de Dumouriez: « Le salut de la République françoise, vous le savez, est dans la Belgique. Ce n'est que par l'union de ce riche pays à notre territoire que nous pouvons rétablir nos finances et continuer la guerre » ; pour cela, il faut raffermir les patriotes qui travaillent à l'union avec la France; et, dans tous les cas, il faut des troupes : « Supposons cependant la réunion rejetéc, l'aristocratie triomphante, dans celte hypothèse, nous devons traiter la Belgique en pays ennemi; mais pour la traiter ainsi, il faut être les plus forts. » 11 faut envoyer 20 à 25 bataillons et 2 escadrons de troupes légères :
• Nous ne vous dissimulerons même point que nous n'oserions pas, avant leur arrivée, faire convoquer les assemblées primaires. Tout ce que nous voyons nous assure que le sang couleroit dans ces assemblées si une grande force ne venoit contenir les mal intentionnés. » — Ils ont pris un arrêté pour la convocation des gardes nationaux du Nord (•« les gardes nationaux des départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Aisne et des Ardennes, sont en état de réquisition permanente ») : k Mais ce seroit *i'abuser étrangement que d'attendre un grand succès de cette mesure. Elle est bonne et nous ne l'avons prise que pour en imposer aux contreréTolutionnaires, en attendant l'arrivée des secours que nous demandons. » (Arch. nat., AF II, 232, & la date.)
Gossuin, Delacroix, Merlin (de Douai).
Envoyer des renforts ou craindre des Vêpres siciliennes | dans un pays où, deux ou trois mois plus tôt, la population nous avait si bien accueillis!
On convoquait les assemblées primaires pour faire voler la réunion du pays à la France *, et Ton trouvait qu'il ne I fallait pas se presser de démolir les fortifications! Mais j quoi? même alors, quand il était si clair que le mépris, les outrages prodigués aux choses sacrées, avaient soulevé les Belges contre la France, on persévérait dans cctle œuvre jacobine avec cet aveuglement qui est le propre de la haine pour la religion. Les commissaires du pou- | voir exécutif, Gouget-Deslandres et Robert, écrivaient de Bruxelles (18 février) aux ministres de la République :
Le commandant temporaire de la place a donné ici ordre de faire les exercices militaires dans les églises : d'une part, l'exercice n est point empêché par Tintempérie de l'air et s'y fait plus régulièrement; d'autre part, c'est encore un moyen pour détruire peu à peu le fanatisme qui est le plus redoutable des ennemis que nous ayons à combattre.
Toujours le cléricalisme, cest Venyiemi!
A cette époque, Dumouriez n'avait pas franchi encore la frontière des Provinces-Unies. Il n'était point parti, et déjà certains commissaires du pouvoir exécutif se mettaient à le sermonner dans leurs épîtres, se donnant les airs de passer des revues, de s'apitoyer sur l'état des troupes, de juger l'entreprise entamée, de signaler les desiderata^ menaçant, à défaut de satisfaction, d'aller à la barre, dénoncer qui de droit*.
1. Lacroix, Gossuin et Merlin (de Douai), annonçant que les assemblées primaires sont convoquées pour le 25 février, ajoutent : « H importe au salut de la République françoise et à la liberté de la Belgique que Bruxelles ait dans son sein une force imposante lors de la réunion de la nation en assemblées primaires. » (Armée du Nord, 18 février.)
2. Ru remonde, 24 février. Le citoyen Liébaud, commissaire national du Conseil exécutif y à Dumouriez :
« C'est avec douleur, général, que je mets sous vos yeux le résultat des visites que j'ai faites dans tous les avant-postes de l'avant-garde de Tarméc du Nord...; partout, accompagné du général [Lamarliëre], j^ai harangué les
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Voilà donc l'état des esprits en Belgique. Et il semblait qu'à la suite du 21 janvier ces mauvaises dispositions gagnassent notre frontière môme à Tintérieur. Le 26 février, Jean Debry, revenant du déparlement du Nord, disait que Tesprit public y était fort attiédi : « Le fanatisme, ajoulait-il, reprend une nouvelle force. On ne blâme ni ne loue la mort de Capet. On se tait * ». — C'était en dire beaucoup.
soldats CD républicain; partout je n'ai vu qu'amour de la patrie, je n'ai entendu que ces cris : Vive la République! mais ce (|ui m*a saigné le cœur, «•'est l'état de délabrement dans lequel j'ai vu ces généreux soldais; c'est leur foiblesse en nombre en présence de l'ennemi qui les harcelle... »
— Les renforcer, ou il va à la barre de la Convention dénoncer qui de droit :
- Je sais que vous avez de grands projets, que votre intention est de balayer l'ennemi jusqu'au-delà du Rhin et que vous avez besoin de grandes forces: mais je sais aussi qu'il n'est pas permis de hasarder de grands cnnibals, d'envier de grandes victoires, si l'on est convaincu qu'une partie de l'armée court risque d'être environnée, égorgée à cause de son petit nombre. Eh bien, telle est la situation de l'avant-garde; chaque jour qu'elle respire est un miracle; il faut toute l'énergie, tout l'art, toute la magie de ce général patriote pour se soutenir avec trois mille hommes à peine, contre douze mille hommes environ qui le guettent nuit et jour.
— Il faut dire la vérité :
- Eh bien, c'en est une que Miranda, peut-être bon militaire, mais Espa- ^'nol. a trop, je ne sais par quel motif, abandonné Lamarlière. Il a traité Ruremonde et ses environs de postes en l'air.
- Quoi, on se joueroil ainsi de la bonne foi d'un peuple!...
- Et nous les remettrions sous les fers de leurs implacables ennemis? Non, je l'ai juré devant le peuple de Ruremonde et en présence de toute la troupe, nous ne nous replierons pas... Si vous ne venez pas à notre secours,... si vous ne nous renforcez pas des bataillons qui sont dans l'intérieur de la Belgique et même en France,... nous pourrons succomber et périr glorieusement; mais s'il reste un citoyen attaché comme moi aux grands principes de la liberté et de la souveraineté des peuples, il exigera et obtiendra vengeance contre qui de droit.
• Vous me jugerez, citoyen général, peut-être austère; mais mes principes sont connus des citoyens Lacroix, Danton, Camus, Merlin et Treillard. Je n'aime point une révolution can[njibaliste, mais je la redoute eiTérainée. Que la situation de nos concitoyens, manquant de tout, et g'exposant à perdre la vie pour plus d'un égoïste ou plus d'un sibarite, vous touche autant qu'elle me pénètre,... alors je vous communiquerai un secret que j'ai apporté de Paris et qui tournera tout entier à votre gloire, comme il vous seroit fatal si vous ne remplissiez pas complètement vos grandes destinées. •
1. Le '21 février, Treilhard, qui avait été adjoint à la Commission envoyée en Belgique avec Danton, vient à son tour entretenir le Comité de défense générale des dispositions du pays. Il expose la conduite à tenir, selon que la Belgique se prononcera pour un gouvernement de liberté et d'égalité, pour un gouvernement aristocratique, ou pour la réunion à la France. (Arch. nat., AF+ II, 43, à la date.)
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Au mois de mars, les points noirs se marquent partout à riiorizon*. Les ennemis qu'on a négligé de poursuivre ont accru leurs forces; Mayence va être assiégée; Miranda a du lever le siège de Macstrichl. L'offensive n'est plus à nous, et en Belgique le gouvernement jacobin a surexcité Tindignalion des habitants. L'Autriche va y être reçue comme on avait reçu naguère les Français. Que faisaient donc les représentants en mission, et à quoi songeait Dumouriez quand derrière lui grandissait le péril? Les représentants en mission s'occupaient, non sans utilité, je le veux croire, des besoins des armées et moins heureusement de préparer la réunion de la Belgique. Dumouriez, qui eût voulu une Belgique libre et protégée, soutien de son armée à ce titre, s'emportait contre les commissaires du pouvoir exécutif qui gâtaient tout (il laisse les représentants à l'écart), et il poursuivait son entreprise. Il écrivait de Moërdik, le 4 mars, au ministre de la Guerre :
Je commence, mon cher Beurnonville, par vous porter, comme membre du Conseil exécutif, les plaintes les plus sévères contre la conduite [des commissaires] du Conseil exécutif. Il semble qu'on les ait choisis exprès pour tout désorganiser. Ce sont la plupart des têtes exaltées et des hommes féroces et sans éducation. L'un d'eux, nommé Liébaut, m'a écrit de Ruremonde une lettre folle dont il me mande avoir envoyé copie au Conseil. Un autre, nommé Chaussard, en quatre jours qu'il a passés à Anvers, y jette l'alarme et la haine par ses propos. Il a fait répandre dans la ville qu'il faut faire venir des sans-culottes de Bruxelles pour faire la révolution, qu'il faut des piques pour promener des têtes. Je n'ai que trop prédit ce qui résulte-
1. Voici, d'après un texte imprimé, la répartition des armées de la République à partir du l'*" mars :
!• Nord : Dumeunez et Miranda^ de Dunkcrque à Givct; — 2** Ardennes : Valence, de Mézières à Longwy ; — 3** Moselle : Beurnonville (depuis le commencement de février, Ligniville, indépendant de Custine). de Longwy à Bitche; — 4"* Rhin : Custine (Rhin et Vosges unis), de Mayence à Basle; — 5" Alpes : Kellermann, de Besançon à Embrun; — 6" Italie: Biron^ Basses- Alpes, Var, Alpes-Maritimes jusqu'à l'embouchure du Rhône, la Corse comprise; — V Pyrénées : Servan, depuis l'emboucfiurc du Rhône jusqu'à la Gironde.; — 8* A}*mée des Côtes : Laàourdonnaye, de la Gironde jusqu'à la Somme; — 9* Armée de réserve : Beiruyer,
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roit de nos moyens révolutionnaires, surtout avec la désorganisation de notre armée et de toutes les parties d'administration qui la concernent. Je prie le Conseil d'y remédier et j'en décharge ma responsabilité.
...11 faut renoncer effectivement au siège de Maëstricht; mais il ne faut pas pour cela renoncer à mon plan. J'y tiens comme j'ai tenu au camp de Sainte-Menehould, parce que le salut de la France est en Hollande, parce que ce n'est que là que je trouverai de vrais républicains, du numéraire, des armes, des chevaux et des munitions de guerre et de bouche; parce qu'enfin la paix est à Amsterdam.
... J'ai établi à la pointe de Moërdik un front de sept batteries... pour en faciliter le passage... Dès que j'aurai mille hommes à terre de l'autre côté, la révolution sera faite dans la Hollande et j'en tirerai tout ce que je voudrai. Sinon, quelque grand général que fût celui qui se chargeroit de défendre la Belgique, je vous annonce qu'il seroit chassé jusqu'en France au printemps. Les généraux Valence, Leveneur, Miranda sont postés de manière à ne pas craindre une attaque de l'ennemi qui n'a pas plus de 30 (XK) hommes. Nous avons 50 000 hommes réunis, tant en avant de Liège qu'à Tongres et sur les bords de la Meuse. Je ne crains pas que l'ennemi ait l'audace de passer avec des forces si inégales.
Je n'exige des généraux qui défendent la Meuse que de bien s'entendre pendant 15 jours que vous allez employer à les renforcer... D'ici à cette époque, je serai à Amsterdam, ou je serai à la tête de l'armée de la Belgique *.
A cette lettre pleine de si téméraires espérances, opposons les lettres des représentants qui constatent la succession des faits :
2 mars, Liège. Lacroix, Gossuin, Merlin ont appris que notre avant-garde a évacué Aix-la-Chapelle.
3 mars. Les mêmes : position effrayante de notre armée; crainte que Tennemi, très fort en cavalerie, ne soit demain ou peut-être ce soir dans Liège.
1. Armée du Nord, 4 mars. A la môme date, sa proclamation à l'armée de Belgique : Il veille sur eux comme un père sur ses enfants; et sa lettre aux commissaires de la Convention nationale : Qu'ils rassemblent un conseil de guerre. La conquête de la Hollande est le seul moyen de sauver les Pays-Bas.
Même jour. Cochon, Bellegarde et Lequinio écrivent de Lille que cette ville se prépare h soutenir un siège.
3 mars. Gossuin et Merlin (de Douai) annoncent à la Convention la levée du siège de Maëstricht; la retraite s'est faite en bon ordre.
Môme jour. Les mêmes et Lacroix : Tarmée s'est retirée d'Aix-la-Cliapelle. Arrêté pour organiser les gardes nationales du Hainaut. Lacroix et Danton vont partir pour Liège; Treilhard et Camus resteront dans la Belgique *.
7 mars, Bruxelles. Camus et Treilhard annoncent l'arrestation de suspects qu'on envoie comme otages à Lille et h Valenciennes.
Même date, Douai. Gossuin et Merlin, réunis à Bellegarde, à Cochon et h Lequinio, sont venus à Douai pour presser Tenvoi des gardes nationales du Nord en Belgique; l'administration du département est bien disposée, on va marcher.
Du même jour, l'arrêté signé des cinq représentants, suivi de celui du Conseil permanent du département du Nord '.
Le 9 mars, un des représentants en mission, Lacroix, revenu avec Danton de Belgique, exposa à la Convention la suite de ces revers : défaite de nos avant-postes auprès d'Aix-la-Chapelle, levée du siège de Maëstricht, retraite surTongres, sur Saint-Tron, abandon de Liège. C'est sous l'impression de ces échecs, exagérés encore par la rumeur populaire, qu'éclata les 8 et 9 mars dans Paris cette émeute dont le contre-coup fut l'établissement du tribunal révolutionnaire et la nomination des commissaires chargés de hâter la levée des 300000 hommes, selon le décret du 24 février : première institution, sur grande échelle, de la mission des représentants dans les départements. Deux lettres, parties de Belgique le 8 mars, complétaient ces funèbres nouvelles. Gossuin et Merlin (de Douai) annonçaient que