‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 46 sur 225 · IV. — G · texte numérisé non relu

IV. — G

Ils ajoutaient :

Nous ne savons pas pourquoi Tennemi fait la sottise de ne pas nous attaquer en ce moment oCi nous sommes sans troupes pour tenir campagne.

Gela nous fait présumer que lui-même n'est pas si fort qu*il voudroit le paroîlre.

Ils en reviennent à leur armée des Ârdennes où ils doivent verser 32 000 recrues :

Il n y a pas de milieu : ou il faut que les recrues partent d*îci pour aller chercher Tarmée des Ardennes, ou que l'armée revienne dans son territoire pour y trouver des recrues.

Les représentants remplissaient donc bien leur rôle ici. Malheureusement il y avait avec eux des commissaires dont Faction pouvait être bien moins avantageuse : les commissaires du Conseil exécutif; non seulement ceux du ministre des Affaires étrangères que nous avons déjà rencontrés et dont il n'y a pas trop de mal à dire, si ce n'est qu'ils ne montrent pas toujours beaucoup d'intelligence S

1. • GadoUe^ commissaire du Conseil exécutif, à Lebrun, ministre des AfTaires étrangères.

- Le citoyen Gadolle, votre commissaire aux frontières du Nord, y a observé :

• i** Que les députés de la Convention à Valenciennes avoient sauvé la patrie par des opérations dont la prestesse et le plus heureux à-propos méritent le souvenir éternel de la République;

« 2* Qu'après avoir placé l'Ame du général Dampierre dans ces espèces de situations pressantes où il n'y a pas d'alternative entre la dissimulation et la vérité, un abandon continuel m*a prouvé que les racines de la langue de ce général tenoient à son cœur et que leurs mouvements étoient communs;

- 3** Que son patriotisme avoit la teinte romaine;

« i" Que son étal-major, ses oflicicrs et nombre de ses soldats étoient de fermes républicains, mais qu'ils se plaignoient des hommes, quoiqu'ils adorassent leur patrie.

- Observation.

• Puis(|ue la bonté d'une masse dépend de la bonté de ses parties intégrantes, on ne contestera donc pas (fue l'excellence d'une armée dépend de rexccUence de l'esprit de corps particulier de chacun des régiments qui la composent. Or, si un régiment attache une gloire h. conserver son ancien mode vestimental et d'autres signes distinctifs entre lui et d'autres corps qui se sont moins distingués, soit jadis, soit récemment, pourquoi ne pas lui laisser cette chimère ou cette vérité, dès qu'elles deviennent

mais encore ceux du ministre de la Guerre, qui est Bouchotte depuis le 4 avril. Ces agents-là (nous en avons déjà vu aussi ailleurs), choisis parmi les pires des jacobins, ne voyaient que suspects et, par leurs attaques contre les généraux, menaçaient de nous faire plus de mal que Tennemi même. Nous en trouvons à Tarmée du Nord un premier échantillon dans Defrenne. A la suite d'une inspection qu'il vient de faire, il écrit à son Ministre :

Quoique je n*aye séjourné que quelques heures à Gambray, j'ai taché de les employer pour le bien de la chose publique. Le citoyen Lavalette, commandant actuellement la place *, et une bonne partie de ses adjoints m'ont paru de chauds patriotes, et si leurs efforts étoient secondés, je suis persuadé que Ton parviendroit à améliorer Tesprit public qui y est des plus mauvais. Tous les corps administratifs y sont gangrenés; le district est composé de prêtres et d'aristocrates.

Arrivé à Valenciennes, je me suis rendu chez le général Dampierre. La manière dont il s'est expliqué me fait augurer qu'il est dans les bons principes; cependant je crois qu'il sera bon de le surveiller, car il est entouré de plusieurs personnes qui m'ont paru ressembler à tout autre chose qu'à des républicains...

Dumouriez s'étoit bien gardé d'exécuter le décret qui assimile en tout les troupes de ligne aux volontaires; il voyoit bien que la majorité de ces derniers étoit saine.

des moteurs utiles à la République? Croira-t-on, par exemple, que des régiments anciens voudront quitter leur habit pour prendre celui des volontaires dont les trois quarts ont fui devant l'ennemi, ont partout laissé des preuves de leur indiscipline, de leur malpropreté, etc. ; non, ils n'en feront rien, et l'on risquera tout, en les y forçant.

• D*où il suit :

« f* Qu'il faut conserver dans chaque élément de l'armée les formes et l'esprit recteur auxquels cet élément est le plus attaché;

<« 2"* Qu'il faut particulièrement s'attacher À compléter les anciens corps, tant de ligne que des bataillons de la 1>^° création qui ont déjà combattu. »

30 11 renvoie au mémoire du citoyen Grysperre pour les détails dont il vient de faire lecture et que le temps ne lui permet pas de mettre en ordre; quand on saura qu'il parle six langues, son mémoire acquerra du mérite. — Suit le mémoire du citoyen Grysperre, commissaire aux frontières du Nord, daté du 10 avril.

1. Nous retrouverons ailleurs le citoyen [marquis de] Lavalette et nous verrons qu'il méritait bien tous les éloges de Defrenne.

Il faut liâter Texéculion du décret. Cependant lo mode d'élection des officiers est vicieux *.

Mais voici ce qui manifeste toute sa pensée :

Il faudroit établir auprès de chaque armée un tribunal révolutionnaire, composé de douze républicains bien prononcés, dont la conduite, les talents et les mœurs fussent parfaitement connus. Le trésor de l'armée seroità leur disposition; ils connoîtroient définitivement de tous les délits militaires, ce qui abrégeroit de beaucoup les procédures; ils veilleroient à rcxécution de la loi sur les cmigrés et les prêtres, qui n'ayant, malheureusement pour nous, été que trop éludée, est devenue la cause primitive des maux de Tintérieur. Ils surveilleroient les officiers, leurs opérations, les approvisionnements, les prisonniers de marque, tout ce qui regarde le salut public, sauf à rendre compte de leur conduite au tribunal révolutionnaire de Paris, lorsqu'ils en seront requis. Je crois, citoyen ministre, que c'est le seut moyen efficace pour purger nos armées de tous ces cafTards et tarlufl'es qu'elles renferment.

Et il demande qu'on joigne à chacun de ces tribunaux un bataillon de volontaires pour faire respecter leurs décisions '.

Defrcnne n'était pas seul; il y avait toute^une commission d'agents et l'un d'eux, Huguenin, ayant à faire aussi au Ministre son rapport sur l'esprit public, nous fait con-

1. Ce décret du 21 février 1793 sur l'élection des officiers par le soldat, dont Dubois-Crancé fut le rapporteur, avait été fortement attaqué par Isnard (Moniteur du 23 février, t. XV, p. 520). 11 provoqua lors de son application des réclamations dans Tarmée. Un chef de brigade, nommé Long, écrivait du camp d'Anzin (21 mai) :

« Observation sur la loi du 21 février. — \\ est nécessaire que la Convention nationale ajoute à cette loi des dispositions qui empêchent les électeurs de proposer des candidats (|ui ne soient pas capables de remplir la place pour laquelle ils scroient proposés. »> (Arch. nat., AFIl, 232, à la date.)

2. Voy. deux autres lettres. Tune du 30 avril, où il joint à un éloge toujours complet de Lavalette (c'est le meilleur républicain que je connoisse) des doutes sur la capacité de Dampierre et de plus sérieux griefs contre Tadministration : « On m'a assuré que la République avoit payé jusqu'à quarante fois des rations de fourrage qui n'étoient jamais sorties des magasins »; l'autre du 3 mai, où il accumule des soupçons sur les généraux O'moran, Pascal, Kenveyer et Du val, sur Lamarlière, sur Saint- (ieorges, sur Weslcrmann, et des plaintes sur l'ordonnateur Petit-Jean. (Armée du Nord, aux dates.)

eu. XXVllI. — 1" AVRlL-28 JUILLET 93 85

naître dans cette pièce la nature de leurs procédés : Ils ont fait visite à Dampierre, qui a pris connaissance de leurs pouvoirs et leur .a exposé les besoins de Tarmée en vêtements, etc. Le général les invite à diner et ils acceptent, y voyant une occasion de connaître Tesprit de son état-major :

Le citoyen Garnerin, continue-t-il, secrétaire de la Commission, proposa comme thermomètre infaillible d'amener la conversation sur Marat. Le citoyen Garnerin, qui s'étoit chargé de faire la chouette, dit que Paris jouissoit de la plus grande tranquillité, qu'elle seroit sûrement de longue durée, puisque, Marat venoit d'être décrété d'accusation et traduit devant le tribunal révolutionnaire.

dette première ouverture produisit Tefifet que désiraient les commissaires. L'aide de camp du général déclame contre Marat et d'autres font chorus :

ils dirent qu'il y en avoit bien encore une douzaine dans la Convention, tels que Robespierre et Danton, qu'ils taxèrent d'immoralité, et terminèrent leurs diatribes par Téloge de Petion, Brissot, Guadet et vantèrent beaucoup les vertus de Roland. Le général ne prit pas grande part h la conversation.

Surviennent les convives. On cause de nouveau sur Marat et même sur les jacobins. Le citoyen Huguenin ne peut pas rapporter textuellement ce que chaque convive dit à ce sujet... Son collègue et lui remarquèrent avec douleur que les amis du peuple ne trouvèrent qu'un seul défenseur. Il fut convenu que Huguenin resterait à Valenciennes pour connaître nominativement tous les individus suspects qui composaient Tétat-major de Dampierre et qu'il ferait part de ses découvertes au citoyen Ministre (30 avril)*.

Dampierre, qui devait connaître aussi bien que Carnot son armée, n'était pas rassuré sur les résultats de la lutte. Il ne rêvait pas les conquêtes et croyait que si la Belgique pouvait servir à quelque arrangement, il no fallait point s'y refuser. Il écrit au ministre de la Guerre, le iS avril :

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