‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 55 sur 225 · L. Gabnot · texte numérisé non relu

L. Gabnot

1. Dans une autre lettre datée deBergues, 27 juin (lettre nonautogi «omme la précédente, mais signée), il dit que CusUne a visité les a

Et le général en chef?

Que devait penser un chef d'armée qui, arrivant à son quartier général, n'y trouvait, si je puis dire, pas un soldat à mettre en avant pour Texécution de son plan de défense, tandis qu'à côté de lui un représentant disposait d'un de ses généraux pour aller en pays étranger faire une conquête? et c'était le représentant qui se plaignait que les généraux ne missent pas d'ensemble dans leurs opérations!

Voilà un exemple des difficultés que le général en chef d'une armée pouvait trouver de la part du représentant en mission, chargé de le seconder. Mais pour Gustine, c'était peu, à côté des entraves qu'allait mettre à son action celui qui avait le devoir spécial d'y concourir. Je veux parler du ministre de la Guerre, Bouchotte.

Il est vrai que Bouchotte était alors dans une situation assez critique. Sur les plaintes qui arrivaient de tous les côtés contre lui, il avait donné sa démission le 30 mai, et la révolution, qui s'accomplit le lendemain au profit des Jacobins, ne suffit pas à le relever. Le 13 juin, la Gonvention, sur le rapport de Barère, appelait au ministère de la Guerre Beauharnais ' ; mais Beauharnais refusa. Et la révolution

de Cassel et de Ghyvelde et qu'il y a laissé une opinion avantageuse de SCS talents militaires et de son amour de l'ordre. Le représentant ne partage pas ridée du général sur l'importance d'Arras. C'est une mauvaise place et on ne peut y arriver qu'en négligeant Douai et Lille; c'est par Béthune que l'ennemi passerait. 11 vaudrait mieux porter ses grands moyens sur Maubeuge, Le Quesnoy et Landrecies. Il pense que Cusline exagère la force de l'armée qu'il a devant lui : 140 000 hommes, dit-il. Quand il était à l'armée du Rhin, il voyait toutes les forces de Tennemi contre l'armée du Rhin. — Carnot, qui vient de signaler avec tant de raison l'importance de la région de Maubeuge, exprime encore le regret qu'on paraisse renoncer à la diversion sur la West-Flandre où l'ennemi se fortifie, grâce aux secours qui arrivent par mer à Oslende. — Dans une lettre à Bouchotte, datée le lendemain, du même lieu, C.-M. Carnot, commissaire du Conseil exécutif, frère du représentant, reproduit les mêmes idées : Custine fait des travaux considérables & Arras. Il ajoute •|u'il faudrait aussi mettre Péronne en défense (c'est la route de l'invasion), appuyer sa droite à l'Oise et à l'Aisne, en évitant la Somme. (Armée du Nord, aux dates.)

i. Cela rassurait fort peu les agents de Bouchotte. Voy. la lettre de Grou, Mourgoin et Valmont (19 juin), et, pour savoir qui ils étaient, leurs lettres des 20 et 22 juin. (Armée de la Moselle, aux dates.)

(lu 31 mai s'affermissant, Bouchotte fut conservé; il resta désormais tant que durèrent les Ministères *.

Pendant cette sorte de provisoire comme après, Bouchotte refusait à Custine les auxiliaires dont il disait avoir le plus besoin : Leveneur, Stcngel; c'étaient des suspects, et d'autant plus peut-être que Custine réclamait leur concours *.

Custine, peu touché de voir un tel ministre à demi renversé, ne lui ménageait pas les reproches les plus vifs el les marques d'un mépris dont Bouchotte pouvait se ressouvenir, s'il était par hasard remis sur pied. Le 6 juin, répondant au ministre qui lui demandait pourquoi il avait subordonné dans Lille Favart à Lamarlière, il lui lançai! cette boutade :

Je suis obligé de vous rappeler souvent (juc vous vous placez toujours au temps des ministres de l'ancien régime. Ils se croyaient infaillibles, mais persuadez-vous enfm que dans une république, avec un ministre aussi peu instruit que vous de tout ce que vous devez savoir, puisque vous êtes chargé de ce ministère, non seulement un général, mais tout citoyen a droit

1. Ce n'esl pas Custine seuleiiieni, ni Biron avant lui, qui imputaient aux bureaux de la Guerre la détresse des armées. Le 29 mai, Courtois et Delbrel s'élevaient • contre une nuée d'intrigants • qui siégeaient dans SCS bureaux et qui venaient de faire destituer l'ordonnateur Pelit-Jcan. Le 11 juin, ce même Courtois et BelTroy, son collègue, écrivent de Cambrai que tout était perdu si on mancpiait de subsistances; ils s'indignent contre le ministre de la Guerre, qui ne répond à personne et ne satisfait à rien, n'envoie ni les chevaux, ni les sabres, ni les pistolets, qui lui sont demandés. (Arch. nat., AP 11. 232, aux dates.) — Et GadoUe. agent du ministre des Affaires étrangères, lui écrit «le Cambrai (2 juillet) : • Je vous répéterai toujours que l'administration de la Guerre perd notre armée. • (ArcH. du min. des Affaires étrangères. France, reg. 327. fo «3.)

2. La demande de Custine (pie Leveneur soit nommé (sous sa direction) général en chef de son armée, porte en marge cette note de Bouchotte : « Ecrire au Comité de salut public qu'il ne peut le proposer : Leveneur ayant tenu une conduite négative lors de la trahison deDumouriez. • Même refus, malgré son ac(iuittemcjit, pour Stengel que Custine demandait pour chef d'étal-major. Custine devait donc se contenter de Lamarche, dont il disait dans sa lettre : • Ce général a de la valeur, de l'intelligence, lorsqu'il est dirigé. Il est un excellent citoyen; mais commander en chef est au-dessus de ses forces; il Ta prouvé à Famars et l'avoue lui-môme. • (Armée du Nord, 9 juin.) Le 13, Custine exprime au Comité son regret de n'avoir ni Leveneur, ni Stengel.

de vous instruire ; et moi, à qui la sûreté de cette armée est confiée, je dois prendre tous les partis qui doivent rassurer...

Et encore :

Oui, citoyen Ministre, j*ai dû contrarier les dispositions de votre adjoint... Le temps n'est plus où les généraux regardaient un ministre, même imbécile, comme un dieu *, etc.

Bouchottc ayant voulu passer outre, il lui écrit le 11 :

Une responsabilité immense pèse sur moi.. Je suis seul comptable à la nation entière de mes opérations. Je dois tout seul connoitre le poste que chacun, dans l'armée que je commando, depuis les généraux jusqu'aux soldats, doit occuper.

... Pourquoi donc déférer sans mon avis au général Favart le commandement en chef des troupes de Lille dont étoit investi le général Lamarlière, homme très méritant et qui a la confiance générale des citoyens et de la troupe?

Citoyen Ministre, le Conseil du pouvoir exécutif, vous et moi, devons tout faire pour sauver la République. Toute autre considération que celle du bien public doit être sévèrement écartée. II est nécessaire que le général Lamarlière conserve le commandement en chef des troupes qui sont à Lille, le bien du service Texige et je le demande instamment, et je soutiendrai l'ordn^ que j'ai exécuté.

Le général en chef des armées du Nord,

Signé : Custine.

Dans cette correspondance, Custine mettait au moins les formes contre lui. Bouchotte ne manque pas d'en prolîtcM' auprès du Comité de salut public. Une lettre toute do sa main, non signée, brouillon sans doute delà lettre oflicielle, dénonce au Comité le refus de Custine d'obtempérer à la décision prise à propos de Lille : une ville comme Lille nv peut rester sans garnison. Lamarlière est autorisé à employer les forces qui s'y trouvent, mais à la condition d<» laisser au moins 4 000 hommes à Favart qui commande la place :

1. Dépôt delà Guerre, armée du Nord, à la date. — J*ai cité des fragments de ces lettre» dans le procès de Custine, Hist. du tribunal révolutionnaire de Paris, t. I, p. 228-229.

Custine s^élève contre cette décision, au point qu'il refuse d'y souscrire. Ceci vous donnera une idée du relâchement des ressorts du gouvernement et des embarras qui accompagnent tous ses mouvements. Si un général d'armée, qui doit obéissance aux ordres du Conseil de la République, s'y refuse, peut-on prétendre que les agents descendans lui rendent une obéissance plus complète? Je vais lui mander de se conformer aux ordres du Conseil exécutif provisoire, et je suis bien persuadé que vous prendrez une mesure pour assurer Texercice de l'autorité que le Conseil exerce au nom de la nation. J en attends les résultats avec confiance (15 juin).

Bouchotte ne disait pas au Comité les moyens qu'il employait lui-même pour ruiner l'autorité du général. J'ai signalé ailleurs les agents qu'il entretenait partout auprès des armées et j'ai nommé plusieurs de ceux qu'il avait à l'armée du Nord. A Farmée du Rhin, Gâteau et Garnerin s'étaient déjà prononcés contre Custine au sein des Sociétés populaires, à propos d'un échec subi le 17 mai et rapporté comme toujours à la trahison : ils appuyaient une dénonciation qui l'en chargeait, l'accusant eux-mêmes et s'étonnant que sa tête fût encore sur ses épaules *; et on l'envoyait alors à l'armée du Nord! A l'armée du Nord, Custine avait trouvé Colliez et Varin qui ne tardèrent pas à reprendre l'attaque. Ils avaient entre les mains une arme que le Ministre leur fournissait à discrétion : la presse.

Le Ministre, persuadé que le moyen de vaincre était de sans-culot tiser l'armée, envoyait, par ballots, le PcTe Duchesne^ le Journal rfe la Montagne, etc., pour être répandus parmi les soldats; et ses agents en étaient les grands distributeurs. Or ces journaux ne cessaient point d'attaquer les généraux et les états-majors, notamment les généraux les plus en vue et au premier rang Custine. Le 12 juin, Cellicz et Varin écrivaient au Ministre qu'ils avaient ainsi distribué

1. Armée du Rhin, 21 et 31 mai 1793. Le 29 juin, Gâteau écrivait encore au ministre de la Guerre : « Turenne disait qu'il avait peine à concevoir ce qu'un général pourrait faire de 40 000 hommes, et cet imprudent Custine, dont il n'aurait pas voulu pour aide de camp, a la prétention de diriger seul les mouvements de 200 000! • (Armée du Rhin, à la date.)

le Journal de la Montagne et le Pèi^e Duchesne et que les soldats en avaient eu grande joie; le 20, que Bouchain manquait (le beaucoup de choses, — et ils réclamaient un plus grand nombre d'exemplaires du Père Duchesne^ ajoutant que ce journal faisait le meilleur effet sur les troupes *.

Custine, le 1" juillet, crut devoir faire un ordre du jour pour prévenir les bataillons contre les calomnies insérées dans les journaux, notamment par Laveau dans le Journal de la Montagne (1*' juillet).

Les journaux de cette espèce en effet ne manquaient pas Je flatter les soldats en attaquant surtout les sévérités du général. Cusline, voyant combien son armée avait besoin d'une forte discipline, avait pris un arrêté portant peine de mort contre les déserteurs et contre quiconque travaillerait à la désorganisation de Tarmée. Beau thème pour le Père Duchesnel et le Ministre, se mettant de la partie, rappela, tout en douceur, le général h l'observation d'un arrêté du Comité de salut public, conçu dans un esprit plus tolérant (!•' juillet) :

La connoissance que vous avez du caractère national qui accorde beaucoup aux bonnes façons, qui se roidit contre la grande sévérité, notre attachement au sistème populaire qui n'est pas autre chose qu'une pratique constante d'humanité, qui est un devoir rigoureux envers ceux qui font partie de l'association, vous fera reconnoître la vérité des vues de l'arrêté *.

Cusline n'y tint pas, et ménageant d'autant moins Bouchotte qu'il le voyjiit désormais raffermi au pouvoir, il écrivit au Comité :

La peine de mort contre les traîtres et les désorganisateurs doit, il est vrai, alarmer Bouchotte, car de tous les êtres malfaisants et ennemis du bonheur de leurs concitoyens, il n'en est pas un seul, je ne crains pas de l'assurer, qui mérite plus que

1. Dép<M de la Guerre, armée du Nord, aux dales. — Le 27, ils disent à Vincent : « Des fonds et des journaux! •

2. Dépôt de la Guerre, armée du Nord, minute autographe non signée, à la date.

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