Douai, 4 août (armée du Nord, h la date
Vous avez réduit au nombre de quatre les représentants auprès de chaque armée. Ce nombre peut être suffisant auprès de quelques- unes, mais il est bien au-dessous de ce qu'il faudroitdans Tarmée du Nord.
Cette armée est divisée en quatre : une à Cambrai, une à Maubeuge, une à Lille, l'autre à Dunkerque.
Faudroit-il qu'il n'y ait qu'un de nous dans chaque division? mais seul pourra-t-il y suffire; mais aux termes de vos décrets, un seul ne peut rien délibérer, rien arrêter, rien ordonner.
Le travail est immense pour prévenir, connoître et arrêter tous les abus (pii se présentent et surtout pour assurer la subsistance, riiabillement et l'équipement des armées.
11 est des hommes que notre présence importune, ils doivent rugir, les tygres, qui voyent enlever leur proie...
Oui, nnus osons le dire, oui, l'armée du Nord auroit péri sans les représentants du peuple. N'ont-ils pas suppléé par des moyens prompts et efficaces à la lenteur, à la nullité même des moyens ordinaires?
Rendez-nous au moins pour un mois un de nos collègues de la division de Lille, un de la division de Cambrai et celui de la division de Maubeuge.
Le succès de notre mission, peut-être même le salut de l'armée, en dépendent *.
Mais eux-mêmes ils avaient des détracteurs. Pour un peu, certains patriotes les eussent fait mettre en accusation. Le citoyen L(»felz écrivait d'Arras,Ic 31 juillet, aux citoyens Guffroy et Le Bon :
Mes amis, nos places de guerre ne sont pas approvisionnées et nous avons près les armées des représentants du peuple. Qu'y font-ils? rien pour le bien public, mais tout pour la perte de la liberté. Nous les avons vus de près et nous pouvons vous assurer que le salut public ne les occupe point. Promener, discourir, discuter, faire les proconsuls et les Verres, voilà ce qu'ils ont fait et ce qu'ils font; aussi sçait-on les apprécier et Ton ne compte pas sur eux pour sauver la patrie, leur bureau n'est point monté, ils ne savent rien, ils ignorent la situation de nos magasins, de nos armées, ils ignorent nos ressources et
1. Aro.h. nat., AFII, 233, à la date — Carnot (Cassel, 30 juillet) insistait aussi sur la nécessité d'augmenter le nombre des représentants du peuple dans le Nord.
ne marchent qu'à tâtons et menés par le premier qui s'empare d'eux. Ils sont douze ou quatorze ; trois, bien intègres et aimant le travail et Tordre, sufliroient et les choses iroient bien mieux et ne seroient point entravées. Pour moi, je déteste Duhem, je crains Carnatib depuis qu'il est toujours avec son frère Feulints * et je gémis de voir le sort de la République, des armées par conséquent, confié à des mains aussi inhabiles que celles de Duquesnoy et BoUet, tous deux braves citoyens et excellents pour voter dans la Conventioii, et d'autres delà même trempe *.
C'est que, depuis la chute de Valenciennes, on avait de sérieuses inquiétudes pour les places les plus fortes : Lille, Douai, Cambrai, Arras'. On craigrnait même pour les places de troisième ligne, comme Saint-Quentin, Péronne. Teissier avait écrit sur Péronne, le 28 mai, au Comité de salut public :
Cobourg n'ignore sûrement pas que cette place est sans défense; sa garnison est composée d'un bataillon délabré, premier de la Manche, douze hussards, sans armes, mal montés et point vêtus; pas une pièce de canon à mettre en batterie, les fortifications dans un état de délabrement qui ne se conçoit pas.
Le général Recourt avait, dès cette époque, vivement réclamé, et le 8 août il écrivait encore :
Les ponts, les barrières manquent ici, et la force armée... manque d'armes, les chasseurs n'ont que des sabres.
Et le H août :
On a commencé à s'apercevoir que des barrières, des ponts, des parapets, des chemins couverts, des palissades, de l'artillerie et des canoniers surtout (et il n'en existe pas un) étoient nécessaires. Onze cents livres de poudres et point de gargousses, point de boulets de calibre, étoit tout notre avoir.