‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 70 sur 225 · A F II, 233, pièces 107-ii · texte numérisé non relu

A F II, 233, pièces 107-ii

3. 9 août, Bentabole et Levasseur au Comité de salut puljlic : L'ennemi veut empêcher les approvisionnements de Lille et de Douai. Remplacer la garnison de Lille par la garde nationale et faire une armée de 20000 hommes au camp de la Madeleine. — Les mêmes au Comité de salut public : Mouvement rétrograde de l'armée; le quartier général est à Arras. (Armée du Nord, à la date.)

Le général V. Beaurgard (dit Woirgard) ', qui, depuis la capitulation de Valenciennes, avait un commandement h Laon, opérait bien avec quelque succès contre des détachements de l'ennemi qui osaient venir, comme en éclaireurs, jusque devant Saint-Quentin. Il n'aurait rien pu faire contre une attaque à fond et il y avait lieu de la craindre. Heureusement une diversion la fit ajourner.

Les Autrichiens avaient eu Valenciennes où ils s'installaient en souverains; les Anglais voulaient Dunkerque.

Bouchard, à qui le Ministre recommandait de proléger Saint-Quentin, lui écrivait le 17 août :

L'ennemi concentrasses forces vers Tournai : ce qui fait redouter que les Anglois ne combinent les attaques par mer et par terre et ne veuillent s'emparer de Dunkerque.

Le même jour, le représentant Châles mandait au Ministre et au Comité :

Il est presque certain que l'ennemi se porte vers la Flandre maritime.

Et le 22, Bouchard :

L'ennemi porte ses forces vers Dunkerque.

Le 23, en effet, le duc dTork adressait au commandant de la place, O'méara, une sommation qui fut dignement rejetée. O'méara, dénoncé par quelques misérables, fut suspendu et remplacé par le général Souham (27 août) *.

Carnot était entré, nous l'avons dit, le 13 août au Comité de salut public. Dunkerque, la Flandre maritime, c'est ce

). Ne pas le confondre avec le général Paillot de Beauregard, qui avait commandé une division de l*armée des Ardennes.

2. Armée du Nord, aux dates. Hoche était alors & Dunkerque en qualité d'adjudant général. Le 2" aoiU, Berthclmy, chef de l'état-major, lui écrit qu'O'méara est suspendu. Il faut que Souham rentre sur-le-champ en activité. Le 30, Souham, devenu commandant h Dunkerque, adresse une proclamation aux habitants. Le même jour, le Ministre écrit à Houchard de secourir Dunkerque : il faut empêcher Tennemi d'hiverner sur notre territoire; et, d'autre part, Hoche fait savoir au Comité de salut public que la garnison de Dunkerque n'est que de 8000 hommes, c'est insuffisant; il réclame des secours : la perte de Dunkerque entraînerait celle de Bergues et de Gravelines. (Armée du Nord, aux dates.)

qui avait fait le principal objet de sa sollicitude dans sa mission de représentant *. Il devait donc, du sein du Comité, veiller tout particulièrement à la défense de cette région. Il avait écrit h Houchard le 28 août :

U faut sauver avant tout Bergues et Dunkerque. parce qu'il faut sauver avant tout l'honneur de la nation qui est là. Portez-y des forces immenses; que l'ennemi soit chassé de la Flandre maritime; qu'il en soit chassé, à quelque prix que ce puisse être «.

Houchard avait fait savoir au Ministre qu'il avait abandonné le projet d'une diversion sur Menin, pour agir directement en vue de délivrer Dunkerque, sans se dissimuler les dangers de l'entreprise « dans ce pays coupé de hayes et de canaux, dont tous les postes sont occupés par l'ennemi ». Carnot lui répond, le 5 septembre, au nom du Comité (la lettre est autographe) :

... Nous ne voyons pas sans peine que vous ayez abandonné le projet d'envelopper les ennemis qui sont devant Bergues et Dunkerque. En frappant ce grand coup, la guerre eût peut-être été terminée. Si vous avez pense que le succès fût douteux, nous ne pouvons qu'approuver la résolution que vous avez prise.

Il lui trace un plan pour le cas où Tennemi eut levé le siège :

Nous pensons qu'après vous être emparé du cours de la Lys, vous pourriez, au lieu de tourner à gauche pour vous porter sur la Flandre maritime, comme les ennemis s'y attendent, vous pourriez au contraire après avoir attiré leurs forces de ce côté tourner brusquement sur votre gauche [lire droite) pour atta-

i. C'est peut-être déjà pour s'entendre avec Houchard sur ce sujet, que Carnot lui fut envoyé, dès l'arrivée du général à rarmcc du Nord. On trouve sur le registre des délibérations du Comité, à la date du 11 août : ■ Sur la communication donnée par Carnot de vues importantes sur la «situation de Tarmée du Nord, le Comité arrête qu'il se rendra sur-lechamp & cette armée auprès du général Houchard pour conférer avec lui. Carnot partira avec un courrier qui rapportera, dans le plus bref délai, au Comité le résultat de cette conférence. • (AF+II, 46, p. 240.)

2. Le Gros, Corresp. inédite du Comité du salut public, t. II, p. 190 et flist, du tribunal révolutionnaire de Paris. t/H, p. 83.

quer Touraay et dégager le Quesnoy duquel il est temps que vous vous occupiez très sérieusement. Au reste, citoyen général, c'est à vous déjuger. Plein de confiance dans vos talents militaires, votre civisme et votre expérience, nous ne voulons gêner aucun de vos mouvements et nous vous laissons la libre et entière disposition de vos troupes. Évitez le morcellement qui vous paralyse et tâchez de porter à l'ennemi un coup terrible, sans cependant risquer aucune action décisive, pour peu qu'elle soit douteuse *.

Cette réserve du Comité était sage; mais la situation des généraux, — suspects de plein droit — n'en était pas moins très tendue. S'ils triomphaient, rien de mieux; s'ils étaient battus, ils avaient donc été bien téméraires, et s'ils ne combattaient pas, bien timides, traîtres sans doute. Bouchard écrit au Ministre à la même date (5 septembre) :

Je voudrois, citoyen Ministre, vous voir ici pour que vous puissiez vous-même juger des généraux et vous convaincre do l'espèce d'inanition [d'impuissance] dans laquelle ils se trouvent par la crainte de leur responsabilité. Vous sentiriez véritablement notre misère et notre embarras sur ce point. Rarement il se donne un ordre qui ne soit suivi de refus d'accepter un commandement trop étendu, ou d'observations minutieuses sur le détail des opérations. Je voudrois bien pouvoir vous indiquer dans l'armée trois ou quatre bons généraux de division et le double de généraux de brigade ; ceux annoncés n'arrivent pas ou n'arrivent que pour dire qu'ils ne sont bons à rien *.

Ce sentiment qui paralysait les généraux soumis à ses ordres, il l'exprimait d'autant plus vivement qu'il l'éprouvait lui-même. Depuis l'exécution de Custine, il voyait se dresser devant lui la mort, non la mort d'un brave, la mort du champ de bataille, mais la mort infamante, la mort de l'échafaud. « C'est donc un parti pris de guillotiner les généraux! s'était-il écrié. — Et toi aussi, dit

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