Arch. nat., AFII, 129, dossier i6, pièce
2. Lille, li brumaire (4 novembre). Armée du Nord, à la date.
pour rompre ces malheureuses chaînes, et ces circonstances se sont heureusement réunies.
Vous avez bien raison, citoïens, il ne nous faut que nos bras et un bonnet rouge, c'est-à-dire le travail et la liberté. Celui qui veut davantage n'est pas régénéré.
Les fonctions publiques ne sont et ne doivent être qu'accidentelles pour l'avantage de la société; la seule fonction constante de l'homme, c'est le travail.
Je m'unis d'intention à vos vœux et je seconderai, dans ce qui dépendra de moi, vos travaux.
Salut et fraternité .
L'armée révolutionnaire se mit donc on campaprnc contre les aristocrates. Un arrêté d'Isoré,en date du 18 novembre, portait :
L'armée révolutionnaire aux ordres du général Dufraisse se transportera h Douai centre de la partie menacée, pour déjouer les projets contre-révolutionnaires qui s'y trament. La Commission militaire établie à Lille suivra l'armée révolutionnaire, et l'ctat-major de la dite armée s'occupera de la recherche des comf)lols de trahison et livrera les coupables à la Commission militaire pour cire jugés militairement.
Et le lond(*main, le général Dufrosse écrit à Bouchotte :
Un tribunal révolutionnaire nous suit; que les scélérats tremblent, la guillotine est là et les amis du peuple seront debout tant (ju^il respirera un ennemi des droits de l'homme.
Le 2*), il adresse au ministre son premier bulletin de victoire : cinquante prisonniers! Il est venu h Douai, il a fait arn^ter cinciucinte personnes, de concert avec Isoré *.
1. Le 28 novembre, la Société populaire et révolutionnaire de Douai délivrait un cerlificat de bonne conduite à l'arniée révolutionnaire dan* Douai, avec éloge de son chef; — et, le 30, la Société populaire de Lille écrit h la sociclc-ni('»rc de Paris :
- L'armée révolutionnaire du département du Nord, formée dans notre sein et par nos soins, a volé à Douai ù la voix du brave Isoré. Cette ancienne cite parlementaire, le rtVeptable de toutes les aristocraties chicanii*re, nobiliaire, sacerdotale et mercantile, gémissoit sous le joug de la plus alTreuse servitude. La Soiiélé populaire étoit dominée par les accapareurs; les prùtres éloienl à la tête de tout -, etc. — Jl y avait une conspiration pour livrer les places frontières. Plus de cinquante scélérats
en. XXIX. — FIN DE LA CAMPAGNE DE 1793 169
De Douai, rarmée révolutionnaire poursuivit le cours doses exploits jusqu'à Dunkerque, où Dufresse se prometlait bien de détruire par ses harangues le mal produit par l'or de Pitt *. Châles, retenu h Lille par une blessure reçue à Faffaire de Werwick, n'avait d'autre arme à sa disposition que la presse, et il réclamait du ministre ce qui était, sur ce terrain aussi, le nerf de la gruerre : il lui demande s'il a des fonds pour des impressions civiques.
Ne pouvant plus servir la République dans mon lit de douleur, où je suis cloué pour plusieurs mois encore, autrement que par le résultat de mes réflexions et par des écrits patriotiques....
En marge de la main de Bouchotte :
J'en ferai passer à ton frère.
Et il tint parole. Le 21 novembre, Châles le remercie pour 4000 francs qu'il a reçus, et il le paye de retour :
Je t'adresse deux numéros d'un journal qui fait, outre la sensation, quelque bien... *.
iMais les vraies armées que faisaient-elles? Elles se trouvaient, par le dénuement de toutes choses et par les
expieront le crime qu'ils ont voulu commettre... • Malheur aux traîtres î Malheur aux modérés qui sont cause quMl y a des traîtres. La guillotine wllà,et Tarmée révolutionnaire ne s*endormira Jamais. - (Armée du Nord, i la date.)
1. Lettre au Ministre de la guerre (1" décembre). — 11 aurait eu une autre occasion de se montrer, car Berlier écrivait le 19 novembre à Prieur (de la Marne), président alors du Comité de salut public, que Tennemi rôdait toujours autour de Dunkerque. (Arch. nal., AF II, 234.) Mais l'armée révolutionnaire se réservait pour autre chose! Cela n'empêchait pas Régulus Leclerc, agent du ministre des Aiïaires étrangères, d'écrire à son Ministre (Bergues, 25 frimaire, 5 décembre) : « Le représentant du peuple bore est venu faire un voyage républicain, et, semblable à un torrent, il •entraîné tout l'impur de trois villes modérantistes (Cassel, Bergues et Dunkerque). «Lui-même y a aidé. (Ministère des Affaires étrangères, France, registre 328, f 285.)
1 Dans une lettre du 2 décembre il désabuse le ministre sur l'accueil l^je Ton attend de la Belgique et lui donne ce conseil : Se défaire des , pAtres et des avocats, si l'on veut conserver les Pays-Bas. (Armée du Nordr i la date.)
maladies, suite de ces misères, dans la nécessité de rétrograder. Le 43 novembre, Souham écrit à Jourdan que lui aussi il avait dû opérer un mouvement rétrograde, Tennemi occupant une très forte position derrière TEscaut. Jourdan lui-même était disposé à étendre ce mouvement. Il écrit, le 8 novembre, au Comité pour lui exposer Tavanlage d'établir des camps retranchés à Réunion-sur-Oise (Guise), à Saint-Quentin et itPéronne. Grâce à ce recueillement, disait-il, on pouvait espérer des succès au commencement de la campagne suivante *. — On n'aurait guère fait que d'abandonner à Tennemi des plaines qu'il parcourait en maître. Le 9 novembre, le représentant Laurent faisait savoir au Comité de Siilut public que les comnmnications entre Cambrai et Saint-Quentin étaient encore interceptées. Les représentants Lejeune et Roux, en mission dans l'Aisne et les départements voisins, constataient cette situation périlleuse et ils proposaient un bien étrange moyen d'v remédier :
H paroit que le projet de l'ennemi est de couper la route de Guise à la Capelle et de là à Avesne, et de là intercepter toute espèce de communication avec Tarmée commandée par Jourdan...
Jugez, si ces projets ctoient suivis de succès, quels malheurs et quels inconvénients pourroicnt en résulter! Les succès de Jourdan ne peuvent être favorables à la République qu'autant que les communications avec son armée seront libres et assurées; dans rhypothèse contraire, la chance est en faveur de rennemi, et la fin de cette campagne peut devenir désastreuse et compromettre sur ce point le salut de TÉtat.
L'ennemi enlève journellement les subsistances dans les villages de cette frontière. Nous désirerions avoir les moyens de le priver de cette ressource; il n'en est qu'un : c'est de faire refluer dans l'intérieur les blés que la force ou la cupidité des fermiers leur procure. Lequinio et Lejeune avoient pris un
• 1. Armée du Nord, aux dates. — Le général Belair dit au Ministre, le 14, que l'ennemi élail toujours menaçant du ciMé de Guise. — Cf. sa lettre du 1 novembre et celle d'un commissaire des subsistances à la même date : « L'ennemi n'est plus (|u'à trois lieues de Saint-Quentin. •
arrêté sur cet objet intéressant, il y a plus de deux mois et demi; mais la malveillance des administrateurs Ta laissé sans exécution ; il faudroit donc que nous pussions disposer de quelques compagnies de cavalerie, afin de parcourir les villages qui servent à alimenter Tennemi, nous emparer des subsistances et les transporter dans nos magasins. .
Et les habitants?
A quoi avait donc servi la bataille de Wattignies? Un capitaine du 2® bataillon, frère du général Cordolior (ce qui n'est pas une recommandation à Tappui de son témoipiage) osait adresser au Comité de salut public une critique des représentants et des généraux à cet égard (10 novembre). On avait trompé le peuple sur cette bataille :
Ce peuple franc et encore trop crédule, emporté à ses jouissances patriotiques par la nouvelle agréable de la prétendue défaite de l'ennemi, ne songe plus à examiner si on lui dit la vérité, si on lui en impose; il suffit qu'on lui annonce que Maubeuge est libre, pour qu'il prodigue des louanges et à ses représentants et au général en chef.
La victoire est due aux soldats. — Il continue :
La conduite tenue depuis les journées des 15, 16 et 17 est en quelque sorte le flambeau qui vous éclairera sur la justice de mes observations. Voyez : tandis que plusieurs divisions de l'armée sont enfouies du côté de Beaumont pour, disait-on, passer la Sambre,... l'ennemi s'étendoit sur notre gauche, égorgeoit nos républicains à Marchiennes et présentement est en présence de Cambray et peut-être encore plus avancé. Il faut avoir joué à colin-maillard pour ne pas avoir vu sa marche, ou que des intérêts particuliers ayent occupé chez l'étranger (sic).
Aujourd'hui on nous dit que la division qui étoit passée la Sambre et qui a été aux portes de Villeroi (Charleroi *) a été obligée de revenir, parce que les chemins sont impraticables; je le crois bien, mais il ne falloit pas [il n'était pas besoin d'] y ^ller pour le savoir.
!• II a le sentiment que le nom a été changé; mais au lieu de faire porter le changement sur le mot roi (Charle-sur-Sambre), il le fait porter î^ur le mot Charle (Villeroi) !
Pauvres soldats de la Patrie, comme vous êtes promenés! aussi arrivez-vous aux hôpitaux par légions.
La mauvaise manœuvre du général en chef, qui me paroît même concertée avec les représentants * du peuple, puisqu'ils lui ont prodigué des éloges ainsi qu'à Duquesnoy, général de division qui, sûrement, n'est pas plus républicain que son frère....
Selon lui, on aurait dû fermer les passages de la Sambre à rcnncmi pour l'écraser :
On a semblé lui dire : Pour m'attirer la confîance, il faut que je débloque Maubeuge. Fais le sacrifice de te retirer, tu as trois passages : celui de Hautmont, celui de Pont-sur-Sambre et celui de Berlaimont; je les laisse libres pour mes opérations, ne t'inquiète pas; au surplus, voilà le mauvais temps, tu ne peux guère compter sur le succès d'un siège qui est presque impossible actuellement... '.
Carnot prit si peu de souci de celte lettre, en ce qui le concernait, qu'il paraît Tavoir renvoyée à Bouchotlc, puisqu'elle se trouve aux archives de la Guerre; mais il devait être vivement touché de la situation. II avait, le 17 novembre, mandé à Jourdan qu'il était autorisé à suivre les opérations dont il avait envoyé le plan, le 6 du mois présent. Il s'étonnait que Tennemi [>ùt pénétrer jusqu'à Saint- Quentin et invitait lo général à y envoyer des forces suffisantes. D'autre part, on lui mandait que Tonnemi se portait de nouveau en force sur la Flandre maritime, que Dunkerque et le camp de Cassel étaient menacés. Il pressait Jourdan de rassurer le Comité; et la lettre écrite de sa main porte quatre signatures : L. Caknot, R. Lindet, B. IIarère et Billaud-Vakkxne (20 novembre). Un procureur de la commune de Monlreuil-sur-Mer adressait de son côté au général une sommation qui portait bien l'empreinte de la peur. Notre homme se plaint qu'avec une
!. Rénéchissanl que l'un des représentants était Garnot, membre du Comité «le salut public, auquel il s'adressait, il a corrigé les représentants en le représentant Duquesnoy. — 11 aurait eu plus raison d*écriro le représentant Carnot j car on a vu que la lettre est de la main de Carnot. Même correction un peu plus loin.