Arch. nat., AFII, 247, à la date
en. XXIX. — FIN DE LA CAMPAGNE DE 4793 189
Saint-Just et Le Bas n'eussent pas mieux dit; et vers le même temps on lisait dans un rapport de Strasbourg, du 30 brumaire au 3 frimaire (20-23 novembre) :
La perfidie des habitants de TAlsace, surtout du pays envahi, est atroce. Ils n'avaient rien pour les réquisitions faites au nom de la République, mais ils ont porté avec empressement tout ce qu'ils avaient aux ennemis... Nous ne devons avoir aucune confiance en ces monstres... il faut que toute cette Alsace soit régénérée par une colonie de patriotes, et que les plus coupables périssent. Sans cela nous ne ferons jamais rien de cette maudite race.
Il était assez peu raisonnable de compter sur rassistanco du pays envahi, et ces accusations portées contre T Alsace, qui avait pris si généreusement sa part dans la défense commune, étaient odieuses. Ce n'était pas ainsi que Ton pouvait seconder les efforts de l'armée. Les avantages que Ton avait obtenus d'abord n'aboutirent pas où l'on espérait. Le duc de Brunswick n'avait replié ses troupes que pour les établir dans la forte position de Kaiserslautern ; trois jours de suite, il y fut attaqué (28, 29 et 30 novembre, 8, 9 et 10 frimaire), et le dernier jour Hoche estima prudent de renoncer à de nouveaux efforts; mais la vigueur de son attaque avait fait une telle impression sur l'ennemi qu'il put rentrer sans être inquiété dans les positions de Pirmasens, Hornbach et Deux-Ponts *.
Cet échec aurait pu perdre un vieux général. Carnot eut la sagesse de soutenir le jeune chef eu qui on avait mis tant d'espérances. Il écrivit (de sa main, comme presque toujours), le 5 décembre (15 frimaire), aux représentants près l'armée de la Moselle :
Le Comité... aux représentants près l'armée de la Moselle. Nous partageons votre peine, chers collègues, en apprenant
1. 1" décembre, Hoche au Minisire, et Soubrauy à la Convention, 28 novembre (armée de la Moselle, h la date), et les lettres des jours qui suivirent. Le 1°' décembre, Soui)rany et Uichaud écrivent à la Convention '1»^' l'armée a battu en retraite, que ce n'est point un échec. Ils annoncent 'l"c Baudot et Lacoste, dc-itinés à les remplacer, sont arrivés la veille, '•^roii. nat., AFII, 2i7, à la date.)
la retraite de nos troupes, au moment où tout sembloil nous promettre une victoire certaine et décisive. Le courage que montre le général Hoche soutient cependant notre espoir. Peutêtre eût-il mieux valu marcher plus directement sur Landau, ainsi que l'avoit proposé le Comité de salut public, que de se porter si fort sur la gauche : il eût été plus à portée de donner la main à Pichegru et de tomber sur les derrières de l'armée qui bloque celui-ci; mais rien n'est perdu, pourvu que Landau se soutienne. Nous vous faisons passer 10 000 hommes de l'armée des Ardennes. Vous verrez avec Hoche s'il convient de les attendre ou s'il vaut mieux attaquer de nouveau sans eux. Que Hoche examine s'il faut absolument qu'il force l'ennemi dans son poste de Kaiserslautern * pour dégager Landau, ou si, en le tenant en respect et dans cette position par un détachement, il seroit possible d'arriver au même but par une marche plus serrée et plus directe. Qu'il examine encore si, par une marche rapide, il ne seroit pas possible qu'il attaquât en ilanc et par derrière l'armée ennemie du Rhin qui tient Pichegru en échec. C'est la nature des chemins et des localités qui doit résoudre ces diverses questions. Mais, quelle qu'en soit la solution, il faut un secret impénétrable, des mesures promptes et beaucoup d'ensemble. Nous comptons, chers collègues, sur votre fermeté et les talents du général que nous persistons, malgré l'échec qu'il a essuyé, [à regarder] comme digne de notre confiance. Hàtez-vous de purger l'armée des traîtres, des lâches et des intrigants qui peuvent s'y trouver. Que leur punition soit terrible et que de braves sans-culottes les remplacent promptement.
Carnot *.
Reprise des lignes de Wissembourg. -— Déblocus de Landau.
L'échec de Kaiserslautern que Carnot avait appris avec tant de sang-froid et de calme semblait avoir jeté le trouble dans Tcsprit des représentants qui étaient sur les lieux. Plus que jamais ils se défiaient des habitants qui pourtant