CHAPITRE I
Le Rat réservoir de- virus pour la Peste
-La petite épidémie qui a été'observée à Paris en 1920-1921 a été pour M. Tanon l’occasion d’etudier à nouveau le rôle des rats dans la propagation de la peste. Il ne fut pas peu surpris de constater que, pendant que le nombre des cas humains diminuait, le uombre des rats pesteux augmentait, pour ne diminuer que lentement dans les mois suivants.
Ce fait contraire à toutes les données classiques de l'épidémiologie de la peste, ce décalage des courbes de la morbidité mürine et de la morbidité humaine, devait naturellement attirer l’attention, car il devait nécessairement tenir à une cause autre que les précautions prises par les services d'hygiène ; et cette ‘ause, qui pouvait constituer les prémisses d’une longue suite de déductions, capables d’éciairer l’épidémiologie de la peste, pouvait être facilement recherchée au laboratoire des épidémies de la Préfec-
ture de police, où l’on pratiquait, tous jes jours, l’exa men des rats capturés la veille.
Nous nous sommes ainsi rendu compte que le rat est beaucoup plus souvent infecté par le bacille de Yersin qu'on ne le croit et que, si on en examine un grand nombre, en dehors de toute atteinte humaine, dans une localité où il y a eu de la peste à un moment donné, on en trouve toujours quelques-uns qui portent chroniquement des bacilles. Cependant, et à l'inverse des porteurs sains ordinaires dont le microbe et toujeurs dangereux pour les voisins, ces rats présentent un bacille atténué, peu virulent, et cette virulence est encore atténuée par des passages successifs chez des animaux réceptifs adultes.
Il n’y avait chez ces rats aucune “des lésions qui avaient justifié l’appellation de preste chronique des auteurs anglais : pas de cicatrice de la rate, pas de ganglions, pas de dégénérescence graisseuse du foie. Les rats étaient bien portants, on pouvait les garder en captivité, ils avaient l’œil vif et le poil luisant, ils mangeaient bien. Rien d’étonnant, dès lors, que les auteurs anglais, qui s’attachaient suriout à l'examen inmacroscopique, soient passés à côté de cette forme de conservation du virus pesteux, car seul l'examen microscopique el systématique des organes de tous les rats capturés permettait de reconnaitre les porteurs de bacilles.
L'absence de lésions chez ces rats, la présence dans leur organisme du bacille pesteux avec tous les attri-
DT er
buts de la santé parfaite, autorisaient bien à les consiacrer comme un réservoir de virus.