PALAIS-ROYAL, 17-19, GALERIE R'ORLRARS
Tous droit* rrçprvi's.
PREFACE
La Loire est le fleuve nationaLpar excellence. La France a trouvé là de bonne heurîfson centre naturel ; Paris, trop rapproché du nord, est un centre factice. Louis XI avait rêvé d'asseoir à Tours la capitale du royâume^pensant avec raison que cette ville était mieux que Paris a l'abri d'une invasion. Louis XIV eut la même idée après le désastre de Ramillies, idée que combattit Vauban. La Loire historique et royale commence à Gien et finit à Angers : plus haut ou plus bas, c'est la grande feoclaîîté; c'est le Bourbonnais ou la Bretagne; ce n'est plus l'ancienne France. Pendant Jeux siècles, de Charles VII à Henri III, la destinée de
m PREFACE.
cette portion de la Loire est la destinée même de la nation. Le long règne des Valois s'écoule presque entier sur ces belles rives qui portent en tant d'endroits des marques de leur sollicitude. Ce qui retenait là ces princes, ce n'était pas seulement la douce sensualité de cette contrée, le pays du rire et du rien faire, comme parle Rabelais, c'était un motif plus impérieux et tout politique, la nécessité de défendre les passages de ce grand fleuve, dernier abri derrière lequel la nationalité française à tenté de se réfugier aux trois époques les plus critiques de notre histoire : sous Charles VII, sous Louis XIV et sous Napoléon.
Cette prédilection et ce motif politique expliquent la quantité de châteaux royaux élevés ou reconstruits par les Valois sur les* bords de la Loire, dans un parcours de près de soixante lieues, depuis Gien jusqu'aux Ponts-de»Cc ; les uns, simples maisons de plaisance comme Chambord ou Chenonceaux; les autres, véritables forteresses destinées à défendre des points stratégiques d'une haute importance, comme Gien, Blois, Amboise, Langeais, Saumur. Les favoris et les favorites, les ministres et tous ceux qui vivaient de la cour, groupèrent naturellement leurs demeures autour de celles de la royauté. De là tant de châteaux épars dans le Blaisois, la Touraine et l'Anjou, qui tous rappellent un nom célèbre, une illustration de race, de mérite ou de beauté.
PRÉFACE. vu
Dans une série d'études, commencées il y a déjà bien des années, l'auteur de ce livre a embrassé toutes les résidences royales baignées par la Loire dans le long parcours qu'il vient d'indiquer ou peu distantes de ses bords, depuis Gien jusqu'à Angers : il se borne aujourd'hui à donner au public l'histoire des plus célèbres, celles qui font l'honneur du Blaisois et de la Touraine, ces deux contrées privilégiées entre toutes sous le rsqfport des dons de la nature comme de l'intérêt des événements dont elles ont été le théâtre l .
La monographie de ces grandes demeures a été déjà plus d'une fois abordée ; mais, si l'on excepte les châteaux de Blois et de Chambord, qui ont trouvé dans un membre distingué de l'Institut un annaliste exact et soucieux de la vérité, nous n'hésitons pas à dire qu'elle reste enéore à faire. Ce qui constitue d'ailleurs l'originalité d'un livre, c'est moins le sujet même que la façon de le comprendre, que la manière dont l'auteur Ta empreint de son individualité. Les travaux qui existent sur ce sujet sont ou des résumés superficiels
1 L'œuvre entière embrasse, outre les château* dont nous publions aujourd'hui les monographies, ceux de Gien et de Sully, celui de Blois avec tous les développements que réclame son importance historique, ceux de Langeais, Azay-le-Rideau, Saumur, Briesac, Angers, les Ponts- «Je-Cé. Le goût de plus en plus prononcé du public pour les œuvres de courte haleine, qui coûtent peu et se lisent vite, a conduit l'auteur à morceler, comme il le fait aujourd'hui, la publication de son travail, dont il espère pouvoir un jour rétablir l'unité et livrer le complément au public.
vin PRÉFACE.
dépourvus de toute critique historique, sortes de guides destinés aux touristes, ou des monographies difie-^ minées dans des recueils de sociétés savantes, quelquesunes consciencieuses et non saijs mérite, mais presque toutes dépourvuep d'art, bornées à de sèches nomenclatures d'événements sans lien entre eux, sans soudure avec l'histoire générale. v
Entre ces deux genres également défectueux, les uns péchant parîelbnd, les autres par la forme, peutêtre y aurait-il place pour un livre où la conscience des recherches ne fît point obstacle à l'intérêt de l'exposition, fjui répondît aux désirs de celjy, qui veut savoir sans effaroucher celui qui ne veut qu'effleurer, qui s'adressât non pas spécialement aux touristes ou aux crudits, mais à tout le monde. Ce livre, ce n'est pas, hélas! celui que Fauteur a fait, c'est celui qu'il avait rêvé de faire si la puissance en lui n'eût pas trahi la volonté. C'est la fatalité attachée aux œuvres de l'homme que leur exécution reste toujours bien au-dessous de la conception, et là est l'explication de l'humble préface que, malgré l'arrêt de Despréaux, les auteurs s'obstinent à attacher à leur livre, moins comme une enseigne que comme une excuse.
Les recueils d'arrêts et d'ordonnances, les traités de paix, les cartulaires, les lettres patentes imprimées ou inédites, les comptes de ville, les généalogies, tous les documents, en un mot, conservés dans les archives de
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l'État, des départements ou des familles, ce sont là les sources où doit pôiM^ l'écrivain qui essaye de reconstituer l'histoire des grandes demeures féodales. Mais il ne doit pas oublier que ces documents sont aussi arides qu'ils sont utiles : il faut qu'il sache s'en servir sans trop les faire voir, les rejeter au besoin on note ou aux pièces justificatives : leur étude est à l'histoire ce qu'est ce^le de l ecôfciié^la peinture. Ces muscles qui font mouvoir la charpente humaine, il faut qu'on les devine sans les voir. Qu'importe d'en connaître à fond le jeu ^.jlejnécanisme, si vous ne savez ni les recouvrir de chair, ni y faire circuler la vie!
Selon nous, l'histoire d'un château célèbre ne consiste ni dans la généalogie de ses propriétaires, ni même dans l'exposé des faits et gestes de ses détenteurs successifs. Sa véritable histoire est celle des événéments qu'il a vus s'accomplir dans ses murailles, des luttes que sa possession a motivées, des grandes actions dont elle a été le piobile ou la récompense. C'est à l'écrivain de ra\tacher, s'il est possible, ces événements, ces luttes, ces grandes actions à l'histoire générale, et de leur donner par là la vie et le relief sans lesquels toute histoire locale reste sèche et sans in-
térêt.
Combinerais une juste proportion l'archéologie à l'histoire, puiser aux sources les plus pures et les plus directes, tout en s'étudiant à déguiser pour les narines
PRÉFACE
délicates ce parfum de papier moisi et de pédantisme qui s'échappe toujours un peu des vieux parchemins, donner un large développement aux faits dignes d'un véritable intérêt et laisser dans l'ombre, en les reléguant sur le second plan, les événements et les hommes qui n'ont eu qu'une importance transitoire et locale, qui sont restés sans influence sur les destinées générales du pays, tel est le système qui a présidé à la composition des monographies qu'on va lire. Procéder de la sorte, ce n'est pas se montrer incomplet ou superficiel, c'est simplement choisir et se tldriier.
Contraint de faire un choix entre de nombreux maténaux, de renfermer dans un cadre limité une suite de scènes souvent hétérogènes, l'auteur a dû s'appliquer à disposer les faits et les personnages selon leur importance relative, à mettre surtout en lumière ceux dont la célébrité se reflète sur les lieux dont il retraçait l'histoire. Il a agi à la manière des peintres de batailles, qui, impuissants à reproduire tous les détails d'un engagement njultiple, se contentent de les indiquer dans le lointain et jettent sur le devant de leur toile un ou deux principaux épisodes qui résument l'action, centres d'attraction pour le regard auxquels toutes les lignes viennent converger.