LES
CHAMBOHD
COMMENT ON frÔUhBAIT SAUVE* CHAMbÔAO
La France compté un certain nombre de palais qui ne sauraient plus avoir d autre maître ni d'autre habitant que la France même : Chambord est de ce nombre.
Il y a aujourd'hui quarante-deux ans que le duc de Bordeaux est propriétaire de ce domaine. A ne" se placer quau point de vue de Fart, le don qui lui en fut fait, en 1 821 , était certes une idée heureuse et dont tous les hommes de goût
devaient se réjouir. On croyait par là sauver de la ruine un monument unique en France, l'un des plus précieux spécimens de l'architecture dite de transition. Chambord, entre les mains de l'héritier du trône, allait se transfigurer et recouvrer sa splendeur des anciens jours. On sait ce çjue les révolutions ont fait de ces espérances. A grand' peuië, depuis quarante ans, le maître de cette royale demeure la dispute, dé loin, au temps qui poursuit son œuvre; à grand'peine il pourvoit aux réparations les plus urgentes. 11 a jeté bas les mansardes construites par Louis XIV sur l'enceinte de bâtiments qui ferme la cour; il veut, dit-on, débarrasser le palais des terres qui enfouissent sa base et du double planche r qui cache à la vue le magnifique plafond de la salle des Cardes. Ce sont là sans doute d'utiles et intelligentes améliorations. Dieu nous garde de contester des efforts méritoires, ni de porter une atteinte, même indirecte, à des droits de propriété que la justice du pays a consacrés! Mais qui ne sent que ces efforts sont insuffisants, que ces droits sont un obstacle à la restauration d'ensemble que mérite un pareil monument? . \ ,J-
Cette restauration fût-elle accomplie, comment repeupler ce désert de pierre, ces salles immenses faites pour des be* soins et des habitudes inconnus aujourd'hui? Aces grandes demeures his'.oriques, il n'est, dans l'avenir, qu'un maître possible, le seul qui ne change pas et que les révolutions ne puissent déposséder, qu'un seul moyen de les repeupler clignement : c'est d'en faire l'apanage de la nation, de ses arts et de son histoire.
Chambord est le Versailles de la monarchie féodale ; il était au château de Blois, celte résidence centrale des Valois, ce que Versailles fut aux Tuileries. C'était la maison des champs de la royauté. Les tapisseries d'Arras, les miroirs de
CHAMBORD
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de laux
Venise, les bahuts curieusement sculptés, les lustres cristal, les meubles d'argent massif, les ivoires, les émaù les faïences, les miracles de tous les arls amoncelés dans ce palais pendant huit règnes, ej dispersés en un jour au souffle delà révolution^n'.y peuvent revenir cm a une condition : c'est quTHse îjffi^n^ untSuverath assel^ns^affr^t assez^ artiste, assefc soucieux de la gloire et des souvenirs de l'ancienne monarchie pour faire de Chambord ce qu'on il fait du £ Louvre et de Versailles : un ^nnusée, mais un musée consacré à toutes les toutes les curiosités de, l'art de la Renaissance, à toutes celles du moins dont s'en- * c tairaient les souvenus, quelque chose comme l'hôtel de Chmy étendu aux proportions de la vie royale.
L'empereur Napoléon 1H. mai jx>ssède un assez bel héritage de gloire pour ne î^aoufêr le rapprochement d'aucun grand souvenir, cpniçujf au début de son règne, un projet dont on r\è*lMvmï^^ wylut collec-
tionner et réunir tous les objets qui ont A^mdnu à des souverains français. Qu'on suppose les difficultés matérielles écartées 5 *, et ce nolde musée installé à Chambord au lieu d'être perdu dans ce detHîfc du Louvre, qui en renferme déjà tant d'autres; une telle idée, si jamais elle devenait réalisable, sauverait de la destruction qui le menace un monument sans analogue en France. Placés dans un milieu si
1 Au moyen d'une acquisition, par exemple. Si la proposition lui en «Hait faite dans une forme convenable et de façon à ne froisser aucune des délicates susceptibilités de l'exil, on se demande pourquoi M. le duc de Bordeaux se refuserait à vendre à l'État un monument historique qui lui est plus onéreux que profitable, et qu'avec la meilleure volonté, il ne saurait ni restaurer ni remeubler. Agir ainsi, ce ne serait pas se dépouiller au profit d'une dynastie nouvelle; ce serait, dans un but honorable et national, rendre à la France ce que la France lui a donné.
convenable, ces regs de tant de siècles, ces curieux témoins de la vie intérieure des rois, rendraient aujjeux palais sa physionomie et son caractère primitifs; rétàikHièmenrae Paris, loin d'être un inconvénient, prêterait à la visite quelque chose du charme de la découverte, et la France entière voudrait faire ce pieux pèlerinage.