CHAPITRE X
Les renseignements arrivent. — Ordre de passer la Moselle. — Interrogatoire de M. de Rivière. — Effectifs français et allemand. — Les ponts, — Une perfidie judiciaire. — Idée fixe de rempereur. — Dépêches de l'impératrice. — Inutilité des ponts.
L'Empereur mit son armée en retraite, lentement, faisant même faire séjour, sûr d'atteindre son objectif sans encombre et désireux d'attirer à lui les 1", 5^ et 7*^ corps. Mais le maréchal de Mac-Mahon, s'en tenant au premier ordre reçu^ fuyait comme Jean de Nivelle, se souciant peu de rayonner autour de Metz, satisfait de marcher dans la légende homérique, qui étouffait sous ses tintamarres le véritable et timide récit des fautes accumulées depuis Wissembourg.
L'empereur ne s'inquiétaitdes armées allemandes que pour prescrire de tâcher d'enlever quelques uhlans pour avoir de leurs nouvelles, tant le patriotisme de la population et des autorités civiles était peu de chose dans cette funeste guerre !
Le maréchal Bazaine avait, dès le 9, insisté pour
il2 LES RESPONSABILITÉS
que l'on se portât vers Nancy et Frouard. C'était encore le salut, mais avec l'abandon d'une partie de la France et l'écroulement du prestige impérial, déjà bien malade. On lui avait objecté que, de cette manière, on découvrait Paris.
A quoi servaient alors ses fortifications?
Tout à coup les renseignements qui faisaient défaut à Napoléon III lui arrivèrent. Les i""^ et ii^ armées, commandées par le général Steinmetz et le prince Frédéric-Charles étaient maîtresses du cours de la Moselle, de Pont-à-Mousson jusqu'aux portes de Metz. Notre gauche était tournée et l'ennemi pouvait se porter sur notre ligne de retraite.
Nous n'avions plus que le choix de traverser un fleuve avec l'ennemi sur les talons, ou de combattre, adossés à ce même fleuve. L'empereur n'hésita pas. Il se détermina pour la réalisation des deux hypothèses à la fois. En remettant de nouveau, définitivement, le commandement en chef au maréchal Bazaine, il lui donna V ordre impératif àe passer la Moselle sans retard pour se replier sur Verdun. Le plan Frossard-Coffinières de Nordeck avait vécu, et la marche vers Châlons reprenait faveur. Il aurait mieux valu s'y tenir tout d'abord, puisqu'on n'avait jamais voulu essayer aucune des combinaisons du maréchal.
M. de Rivière reprend ici la parole :
Nous croyons devoir relever le détail de la prise du
service du commandement de l'armée. Voilà la demande qui a été posée à ce sujet au maréchal :
« Dans quelles conditions avez-vous pris le commandement? Y a-t-il eu un conseil de guerre tenu? — Cette question était posée pour faire plaisir à M. d'Andlaii, qui affirme qu'il y eut un conseil de guerre chez l'empereur. — Aviez-vous connaissance de la situation générale et des positions occupées par l'aile droite de l'armée du Rhin? »
Le maréchal répond :
« J'ai reçu l'avis de ma nomination le 12 dans l'aprèsmidi; je suis allé immédiatement faire observer à l'empereur qu'il y avait des maréchaux plus anciens et plus aptes que moi, pour accepter le commandement dans la situation difficile où nous étions. Il ne fut question d'aucun détail de service, ni de projets ultérieurs, ni de la marche en retraite des 1", 5° et 7° corps, ni des renseignements qu'on pouvait avoir sur l'ennemi. Le major général, qui était présent, n'en a pas donné non plus. Il n'a pas été question, non plus, dans cette entrevue, de la concentration des troupes au camp de Châlons et les ordres relatifs à ce mouvement expédiés au maréchal de Mac-Mahon ont dû l'être par le major général; mais je n'en ai eu aucune connaissance. »
Toute réflexion paraît superflue en présence de l'aveu [ue fait le maréchal de la négligence avec laquelle il )rend possession de son commandement.
Est-ce assez naïf? Le général du génie se croit à
me remise de casernement.
Tout s'était borné de la part de l'empereur,
'outre Tordre impératif, à donner de vive voix au
laréchal le chiffre approximatif de l'armée au
3 août :