‹ Les Ressources de Quinola comèdie en cinq actes, en proseChapitre 35 sur 134 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MONIPODIO, MARIE, FONTANARÉS.

MARIE

Est-ce bien lui ?

FONTANARÉS.

Oui, Marie, et j’ai réussi, nous serons heureux.

MARIE

Ah! si vous saviez combien j’ai prié pour votre succès.

J’ai des millions de choses à vous dire; mais il en est une que je devrais vous dire un million de fois pour tout le temps de mon absence.

MARIE

Si vous me parlez ainsi, je croirai que vous ne savez pas quel est mon attachement : il se nourrit bien moins de flatteries que de tout ce qui vous intéresse.'

FONTANARÉS.

Ce qui m’intéresse, Marie, est d’apprendre, avant de m’engager dans une affaire capitale, si vous aurez le courage de résister à votre père, qui, dit-on, veut vous marier.

MARIE

Ai-je donc changé?

FONTANARÈS.

Aimer, pour nous autres hommes, c’est craindre : vous êtes si riche, je suis si pauvre! On ne nous tourmentait point en me croyant perdu, mais nous allons avoir le monde entre nous... Vous êtes mon étoile! brillante et loin de moi. Si je ne savais pas vous trouver à moi au bout de ma lutte, oh ! malgré le triomphe, je mourrais de douleur.

MARIE

Vous ne me connaissez donc pas? Seule, presque recluse en votre absence, le sentiment si pur qui m’unit à vous depuis l’enfance, a grandi comme la destinée! Quand ces yeux qui te revoient avec tant de bonheur

seront à jamais fermés; quand ce cœur qui ne bat que pour Dieu, pour mon père et pour toi, sera desséché, je crois qu’il restera toujours de moi sur terre, une ûmc qui l’aimera encore! Doutes-tu maintenant de ma constance ?

FONTANARÈS.

Après avoir entendu de telles paroles, quel martyre n’endurerai t-on pas?

Page 1