SCÈNE PREMIÈRE
AVALOROS , SARPI, PAQUITA.
AVALOROS.
Notre souveraine serait-elle donc vraiment malade ?
PAQUITA
Elle est en mélancolie.
AVALOROS.
La pensée est-elle donc une maladie?
PAQUITA
Oui, mais vous êtes sûr de toujours bien vous porter.
SARPI
Va dire à ma chère cousine que le seigneur Avaloros et moi nous attendons son bon plaisir.
AVALOROS.
Tiens , voici deux écus pour dire que je pense...
PAQUITA
Je dirai que vous dépensez. Je vais décider madame à s’habiller.
SCÈtyE IL
AVALOROS, SARPI.
SARri.
Pauvre vice -roi ! il est le jeune homme, et je suis le vieillard.
AVALOROS.
Pendant que votre petite cousine en fait un sot, vous déployez l’activité d’un politique , vous préparez au roi la conquête de la Navarre française. Si j’avais une fille, je vous la donnerais. Le bonhomme Lolhundiaz n’est pas un sot.
SARPI
Ah ! fonder une grande maison , inscrire un nom dans l’histoire de son pays : être le cardinal Granvelle ou le duc d’Albe.
AVALOROS.
Oui, c’est bien beau. Je pense à me donner un nom. L’Empereur a créé les Fugger princes de Babenhausen , ce litre leur coûte un million d’écus d’or. Moi , je veux être un grand homme... à bon marché.
SARPI
Vous ! comment?
AVALOROS.
Ce Fontanarès tient dans sa main l’avenir du commerce.
Vous, qui ne vous attachez qu’au positif, vous y croyez donc?
AVALOROS.
Depuis la poudre, l’imprimerie et la découverte du nouveau monde, je suis crédule. On me dirait qu’un homme a trouvé le moyen d’avoir en dix minutes ici des nouvelles de Paris, ou que l’eau contient du feu, ou qu’il y a encore des Indes à découvrir, ou qu’on peut se promener dans les airs, je ne dirais pas non , et je donnerais...