ACTE I, SCENE I
C'est prévoir.
MONIPODIO.
Oh ! tu reviens de la cour. Et que veux-tu prendre ici?
Écoute?... {A 'part.) Voilà mon homme , un œi! dans Barcelonne... (//«it£.)D'après ce que tu viens de me dire, nous sommes amis comme...
MONIPODIO.
Celui qui a mon secret doit être mon ami.
Qu'attends-tu là comme un jaloux? Viens mettre une outre à sec et notre langue au frais dans un cabaret , voici le jour...
MONIPODIO.
Ne vois-tu pas ce palais éclairé par une fête? Don Frégose , mon vice-roi , soupe et joue chez madame Faustina Brancadori.
En vénitien, Brancador. Le beau nom ! Elle doit être veuve d'un patricien.
MONIPODIO.
Vingt-deux ans , fine comme le musc , gouvernant le gouverneur, et (ceci entre nous) l'ayant déjà diminue de tout ce qu'il a ramassé sous Charles-Quint dans les guerres d'Italie. Ce qui vient de la flûte...
A pris l'air. L'âge de notre vice-roi?
MONIPODIO.
11 accepte soixante ans...
Et l'on parle du premier amour? Je ne connais rien de terrible comme le dernier, il est slrangulatoire. Suisje heureux de m'être élevé jusqu'à l'indifférence! Je pourrais être un homme d'État...
MONIPODIO.
Ce vieux général est encore assez jeune pour m'em-
ployer à surveiller la Brancador, elle me paye pour être libre; et... comprends-tu comment je mène joyeuse vie en ne faisant pas de mal?
Et tu tâches de tout savoir, curieux, pour mettre le poing sous la gorge à l'occasion... (Monipodio fait un signe affirmalif.) Lothundiaz existe-t-il toujours?
monipodio.
Voilà sa maison, et ce palais est à lui : toujours de plus en plus propriétaire.
J'espérais trouver l'héritière , maîtresse d'elle-même. Mon maître est perdu!
MONIPODIO.
Tu rapportes un maître?
Qui me rapportera plusieurs mines d'or.
MONIPODIO.
Ne pourrais-je entrer à son service?
Je compte bien sur ta collaboration ici... Écoute, Monipodio? nous revenons changer la face du monde. Mon maître a promis au roi de faire marcher un des plus beaux vaisseaux, sans voiles, ni rames, contre le vent, plus vite que le vent.
monipodio, après avoir tourné autour de Quinola.
On m'a changé, mon ami.
Monipodio, souviens-toi que des hommes comme nous ne doivent s'étonner de rien. C'est petites gens. Le roi nous a donné le vaisseau, mais sans un doublon pour l'aller chercher; nous arrivons donc ici avec les deux fidèles compagnons du talent : la faim et la soif. Un homme pauvre, qui trouve une bonne idée, m'a toujours fait l'effet d'un morceau de pain dans un vivier : chaque poisson vient lui donner un coup de dent. Nous pourrons arriver à la gloire, nus et mourants.