‹ Les ressuscites au ciel et dans l'enferChapitre 1 sur 23 · E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR

PALAIS— ROTAI. , GALERIE VITRÉE, 13 L'Auteur et l’Éditeur se reserrent tou» droit* de traduction.

Al' CIEL ET DANS L’ENFER

CltOYANCE DE TOUS LES PEUPLES A UNE VIE FUtUllE

Plus un être est souffrant, plus il est notre frère

Une légende orientale rapporte qu’un vaisseau s étant imprudemment approché d’une montagne d’aimant, on vit les ferrures qui liaient ensemble les planches de ce navire arrachées violemment par la puissance mystérieuse d’une attraction irrésistible, et bientôt la mer fut cou-

LES RESSUSCITÉS verte de mâts, de voiles et de débris flottants: ce vaisseau, c’est la philosophie moderne; celle montagne, c’est le magnétisme. Le jour est proche où la science philosophique va sombrer en lace de cet écueil vers lequel la providence de Dieu elles vents invincibles de l'opinion publique la poussent inexorablement. Il faut donc nous efforcer à donner à ce siècle une nouvelle science philosophique, basée sur l’observation des phénomènes magnétiques et destinée à dissiper lés nuages qui obscurcissent les brillantes clartés des dogmes catholiques, et voilent aux yeux des hommes ces astres allumés au ciel de la pensée par Dieu lui-même, et dont la mission est d’orienter la marche des générations vers l eternilé qui s’ouvre, pour chacun, terrible ou glorieuse, à l’horizon de sa vie.

Le mépris téméraire et l’avilissement systématique des traditions respectées, depuis la plus haute antiquité, chez tous les peuples, passent pour un caractère de décadence aux yeux des esprits supérieurs; car, lorsqu’une nation en est arrivée à ne plus respecter les vérités primordiales de la religion., au règne de Dieu

AU CfEI. ET DAPfS L’ENFER. 5

succède celui de la pièce de cinq francs, et, comme après le règne de l'argent vient celui du fer, les hommes qui ont 1’inluition de l’avenir aperçoivent, dans les profondeurs les plus secrètes de l’ordre social, une armée sombre, sinistre, barbare, qui, un jour, sortira effrayante, la figure terrible, le regard féroce, la lèvre écumanle de rage, la main armée d’un fusil rouillé de sang, pour venir remplacer la souveraineté de l’argent par celle du fer et balayer, dans l'ouragan de sa colère, les riches comme des feuilles jaunies que le vent d’automne emporte. C'est pour cela qu’homme du passé par le sang, les croyances et les traditions, nous nous faisons homme de l’avenir et nous tenions de ramener notre génération au respect des traditions vénérées du genre humain tout entier, persuadé que si la noblesse échange l’épée pour la plume, c’est pour défendre, sur le terrain de l'idée, les croyances pour lesquelles ses ancêtres versaient leur sang avec bonheur et amour.

Nous avons jeté le gant du défi à l'opinion publique, nous avons appelé les préjugés au combat; seulement, aujourd’hui, nous ne descendrons

l,KS RKSSUSCITKS

pas seul dans l’arène ; les instituteurs du genre humain, les législateurs sacrés, les fonda leurs de religion, les apôtres, les Pères de l'Kglise et les docteurs du christianisme y seront avec nous, ainsi que les plus hauts génies philosophiques de tous les siècles et de toutes les nations.

Il est sans dont*’ ridicule d’appeler ainsi les gloires de l’esprit humain à combattre l’ignorante incroyance de ces philosophes d’estaminet qui nient le surnaturel et vivent sans souci de leurs destinées éternelles; mais il est plus affligeant et plus ridicule encore de retrouver, sur les lèvres des jeunes gens, l’écho impie des railleries de Voltaire. Le moment est venu où la science, s’uuissaul avec la religion, doit donner une explication, compréhensible pour toutes les intelligences, de la vie et de la mort, et initier les esprits aux mystères les plus secrets du monde des causes. Pour nous, comme Énée, nous allons descendre dans les enfers afin de raconter le sort réservé aux hommes après leur mort; mais, avant d’entreprendre un semblable voyage, il faut mettre, comme Télémaque, l’épée à la main, alin d’écarter les ombres qui obsèdent

la pensée et hallucincnlle cerveau parles folies terrifiantes fie l’erreur, ('elle épée sera la foi en la tradition catholique, que l’apôtre appelle un glaive forgé au ciel !

Ce qui nous rend heureux en abordant de nouveau à ce port de l’éternité,' c’est l’assurance où nous sommes que les compagnons aimés de noire pensée nous y suivront. Ces études ne donnent ni honneur, ni richesse, ni considération, et, pour proclamer ces idées à la face d’un siècle qui transperce, des trails mordants de son ironie, loule pensée religieuse, il faut avoir, dès sa naissance, été trempé dans les eaux du christianisme, qui rendent invulnérable aux outrages de l'opinion publique, et comprendre qu’abandonner la sainte cause du catholicisme, c’est souffleter la foi de ses ancêtres cl dire à la liouche vénérée dont les lèvres, depuis notre enfance, nous enseignent la pieuse croyance du catéchisme : Tais-toi, tu mens!

Le poste du surnaturel, quoique le plus important du christianisme, est le plus mal défendu ; il devient chaque jour plus périlleux d’v eom battre : c’est pour cela que nous tous, boni-

yr-

nies de Inlle, nous sommes certains de nous y trouver rangés sous le même étendard, afanl même souille aux lèvres, même loi au cœur, car le danger et la persécution ont des séductions irrésistibles pour le courage du martyr chrétien.

Poitrine découverte, au premier rang, nous combattons pour arracher à la philosophie moderne les esprits dont elle s'est emparée; l’opinion du monde est contre nous, mais nous sentons en nos veines la force divine de celui qui a vaincu le monde. La religion de Jésus-Christ veut des hommes de passion pour leur confier l’honneur de sa défense, car il faut sentir son âme vivre et. son cœur battre sous le souille éternel de l’esprit saint pour se dévouer dignement à la grande cl noble cause du catholicisme, qui, persécutée aujourd’hui, triomphera demain , car ce que le monde, dans son incrédulité, appelle la mort, nous, fils du Christ, nous l'appelons l’immortalité!!!

Lorsque, après plusieurs années, l’on rentre dans la ville où l’on a passé son enfance, l’on éprouve un sentiment de triste mélancolie «à

poursuivre, dans sa pensée, le souvenir fugitif et à demi effacé des êtres que la mort a ravis, et à retrouver les enfants devenus hommes et les hommes devenus vieillards; alors l’on aime à rechercher ce qui reste de l’homme, cette créature qui passe si vile et laisse une si faible trace de son passage sur la terre. La mort, disent les incrédules, ne respecte aucun âge, aucune condition ; elle ôte, aux genoux du père, l’enfant frais et rose, plein de vie et de santé, qui, avec une câline gentillesse, lui entourait le cou de ses petits bras; elle met une barrière inexorable de terre froide et humide entre les lèvres de l’amant et celles de l'amante; elle enlève le vieillard à l’amour de ses enfants et aux caresses de ses petits-enfants. C’est vrai, mais les croyants répondent : Après la mort vient la résurrection, qui rend l'enfant au père et remet l'épouse dans les bras de l’époux.

Nous abaissons si souvent les regards sur le spectacle affligeant de la mort et des fragiles vanités de la terre, qu’il est parfois utile d’élever les yeux au ciel et de contempler les réalités surnaturelles de la vie future : c’est le but que nous

poursuivons dans cet ouvrage, inspire de l’espril des saints génies qui oui osé soulever le rideau qui sépare le temps de l’éternité.

Il y a quelque chose de grand dans ce mystère de la mort; il y a quelque chose de probable dans l’espérance de la résurrection, puisque ' c’est en méditant sur les destinées éternelles quC l’homme acquiert celte souveraineté de lui-même qui lui fait étreindre les passions rugissantes de sa chair révoltée et les étouffer contre sa poitrine de saint, comme jadis Hercule étouffait les njonstres en les étreignant contre sa poitrine de héros, et lui permet de donner son âme à Dieu, son cœur à l'humanité souffrante) son sang â la vérité éternelle!

11 y a quatre chemins qui conduisent l’esprit à la vérité et â la certitude de l'existence d’une vie future : il y arrive par la voie de l’initiation, de la tradition, de la révélation et de la grâce. Expliquons ces quatre mots, qui contiennent la philosophie religieuse de tous les temps et de tous les peuples : l’initiation aux divers grades établis dans les mystères fut la porte du sanctuaire de la vérité ouverte aux hommes que leur

capacité intellectuelle, leurs vertus morales et même leur force physique firent juger dignes d’être les dépositaires discrets des hautes sciences renfermées dans les temples de l'Orient. De là, suivant Félix Lajar, trois nécessités pour les castes sacerdotales : la première, celle d’assujettir à un certain nombre d’épreuves physiques, morales et intellectuelles, les personnes qui réclamaient le bienfait de l’initiation ; la seconde, celle de proportionner cet enseignement aux facultés respectives des initiés en instituant des grades dont l’ordre correspondit à une instruction progressive ; la troisième fut l’invention d’un langage religieux ayant un double sens : l’un, pour les initiés; l’autre, pour le vulgaire.

Nous nous sommes en outre, dans nos ouvrages précédents, efforcé de démontrer d’une manière irréfutable que le but de l’initiation était de faire mourir, par un régime d’austères mortifications, l’homme selon la chair, et renaître selon lâme, pour vivre de la vie divine des âmes régénérées. L'initiation était donc, étymologiquement parlant, pour l'homme, le commencement •l’une vie nouvelle; les instituteurs du genre

tO LES RESSUSCITÉS

humain, les législateurs sacrés, les héros, les fondateurs de religion, étaient tous des initiés, et ils méritent qu'on leur applique ce mot de l’Esprit-Sainl parlantde Moïse ctdisanl : « Moïse, ayant été instruit dans la science des Égyptiens, était puissant en œuvres et en paroles. »* De même que le moule de sable, qui change l’airain en feu qu’on a versé en scs flancs en une magnifique statue, proclame le génie du sculpteur dont la main le modela, de même, ces temples, sanctuaires d’initiation d'où sortirent tant d’illustres génies, apparaissent, dans le lointain des âges, comme des tabernacles sacrés où résidait le Dieu trois fois saint.

L’explication des mystères de l'organisme secret de l’homme, la connaissance parfaite de Dieu et de la nature, ainsi que la solution du grand problème des destinées éternelles, étaient transmises, dans les sanctuaires de l'antique Orient, par les prêtres, dépositaires sacrés du précieux trésor de la vérité, à ceux qui, par le courage qu ils avaient déployé dans les épreuves physiques et l’intelligence qu’il avaient montrée dans les épreuves intellectuelles, étaient jugés

au crEL et Dans l’enfer. h capables de comprendre et^de défendre les dogmes qui allaient leur être confiés ; ils recevaient, en outre, la permission de les transmettre à leurs * parents gu à leurs enfants s’ils les trouvaient dignes d’en être les heureux possesseurs. Cette transmission de l’esprit même des vérités éternelles se nomme tradition. La noblesse ne peut exister sans tradition, car la noblesse au moyen âge n’était pas seulement l’héritage d’un nom et d’un domaine, mais la transmission d’un sang avide de couler pour la défense des vérités que le père mourant confiait à l’honneur de sa postérité; de là l’impuissance radicale où se trouvent tous les souverains modernes de créer une noblesse, n’ayant plus à leur communiquer ces sciences mystérieuses et traditionnelles dont le résultat est de détacher le cœur des choses de celle terre, jiour le |>orter vers les réalités surnaturelles de la vie future et cet esprit de saint héroïsme qui, en descendant du ciel, par l’onction, sur le front ries chevaliers, les enflammaient du feu sacré du dévouement chrétien qui transforme les fils du temps en fils de l’éternité.

l/homme, depuis sa dégradation originelle, a

son âme masquée par l’enveloppe matérielle des sens, en sorte qu’il lui est impossible de percevoir les vérités immatérielles du monde surnaturel; de là la nécessité, pour les initiés de * cœur et d’intelligence qui entreprennent de faire connaître à un peuple la vérité, de la mettre à la portée de son intelligence en la revoilant sous des symboles, des mythes, des allégories, des paroles, qui la rendent, pour ainsi dire, visible à ses yeux, tangible à ses mains; l’action de revoiler la vérité se nomme révélation. Tandis que la tradition est identique chez tous les peuples, la révélation varie d’après l’intelligence, la • nature, les mœurs et les connaissances du peuple auquel elle s’adresse. Dans notre dernier ouvrage, nous avons fait connaître la vie future des âmes après la mort, d’après la tradition et l’initiation. Aujourd’hui nous allons la faire connaître d’après toutes les révélations, afin de la rendre accessible à toutes les intelligences, imitant en cela notre Père céleste, qui fait lever le soleil de sa vérité sur les ]>etits eomme sur les grands, sur les savants comme sur les ignorants. Notre philosophie cependant ne revoile pas, elle dévoile. Nous

AU CIEL ET DANS L’ENFER, recherchons la vérité, et nous la trouvons sous le voile des symboles et sous l’écorce des mots dont elle est la vie, connue l’âme et l’esprit sont la vie ' du corps.

Comme un novateur anarchique, nous ne venons pas jeter aux quatre vents du ciel la semence dangereuse de dogmes nouveaux ; nous, venons tout simplement apprendre à l’intelligence des hommes à comprendre le sens des mots que leurs lèvres, comme un écho, répètent depuis leur enfance.

La grâce est celte clarté tendre, pénétrante, magnétique, qui anime les lèvres par la douce magie du sourire, celte lueur de l’autre vie qui angélise les traits, ce rayonnement attractif du regard qui charme les libres les plus délicates du cœur; en un mot, ce souflle de pâle lumière qui auréole d’une atmosphère de pure et invisible ivresse les êtres en qui habite Dieu et qui sont sur la terre les reflets vivants de sa beauté éternelle. C’est aussi une des routes qui conduisent l’ homme à la vérité, car la mission extérieure de la grâce est d’èlre le lien d’attraction qui attire les différents membres de la grande famille hu-

'* LES II ESSUSCITÉS

niaine et les unit en l’ainourde Dieu, afin que, semblables aux premiers chrétiens, ils n'aient plus qu’un cœur et qu’une âme.

La grâce, déplus, opère miraculeusement en I homme : e est elle qui, communiquant à son âme une force surhumaine, le rend souverain de lui-même et répand en son intelligence une lu^ inière divine qui dissipe les ténèbres de l’erreur et lui permet de contempler les vérités les plus élevées de l’ordre surnaturel dans l'extase et le* ravissement.

Tout homme, suivant la théologie, recevant une grâce qui suffit à le rendre assez puissant poui suivre la loi naturelle et arriver à la connaissance de la vérité, les peuples, qui ne sont que I homme multiplié par l’homme, ont cru tous a 1 immortalité de l ame et à une vie future. Souvent la grâce, cet esprit de Dieu qui souffle ou il veut, saisit a 1 improviste le libertin qui vil plongé dans la plus crapuleuse débauche et dans l’oubli le plus complet de son salut; elle le renverse par un coup de loudre qui illumine subitement tout son être d’une lumière divine, arrache à ses yeux le bandeau de l’incroyance, anime

AL (il EL ET DANS L’ENFEU. 15

Taine et la doue d’une vue infinie, qui embrasse sans difficulté l’ensemble des vérités les plus hautes du catholicisme; elle transporte et ravit de béatitude l’homme qu’elle inspire, le remplit d’une force intérieure et l’enllamme des feux sacrés de V enthousiasme, état de gloire, de souveraineté et de bonheur qui signifie : Dieu en nous ! .

En conformité de croyance avec le christianisme, nous considérons l'opération intérieure de la grâce en l'homme qu elle inspire, ravit, transporte et enthousiasme, comme la source des plus hautes béatitudes qui soient données à un cire humain d’éprouver ici-bas, et voyons dans sa manifestation extérieure un vêtement de lu- . micrc qui attire les âmes par un suave ravissement et semble un divin écoulement du charme suprême et vainqueur qui est en Dieu!

La divinité les distribue inégalement; mais cependant aucun homme n’en n’est complètement déshérité; aussi la vérité luit pour tout homme venant en ce monde, et tous les peuples ont cru à la voix intérieure qui dit à chacun: Tu revivras !

LES ItESSUSCITÉS

Un sc préoccupe beaucoup des idées du grand Swedenborg; il nous paraît en conséquence utile, non-seulement de les faire connaître, mais aussi de mentionner ses erreurs et les causes qui y ont donné lieu. Quand on a pour cuirasse le dogme catholique, on peut entreprendre de lutter contre ce géant de génie qui a illuminé l’avenir du monde philosophique!

L’esprit de Dieu ne visite pas habituellement ceux qui sont livrés au calcul des intérêts matériels; mais souvent la grâce se fait sentir à l’âme du jeune débauché, qui, la tète alourdie par les vertiges de l'ivresse, le teint pâli, se sent épuisé, quoique inassouvi; alors il lève son regard au ciel cl demande à Dieu de combler le vide infini que les jouissances décevantes des sens ont creusé au dedans de lui. C’est ordinairement aux blessés de la vie et aux désenchantés du monde que Dieu fait entrevoir les splendides beautés du paradis.

Une connaissance approfondie des sciences dévoilées dans les initiations aux mystères de l’antique Orient nous renseigna, dès notre jeunesse, sur la réalité cl en même temps la fuyante

des phénomènes de la seconde vue somnambulique, nous apprit la pratique du magnétisme et la cause des merveilles extra-naturelles auxquelles il donnait naissance. Aussi nous n’avons jamais consulté les somnambules, connaissant trop la faillibilité de leurs réponses pour les transformer en oracles. Mais plusieurs années passées dans la pratique des opérations du mesmérisme, sur des sujets lucides, ont mis à nu devant l’œil de notre intelligence les mystérieux ressorts de l’organisme humain.

Après avoir étudié l'homme dans son origine, nous l’avons étudié dans sa (in, et nous sommes arrivé à des conclusions, scion nous certaines, sur les opérations mystérieuses de la résurrection et de la vie future. Désirant placer nos idées sous le patronage de la plus puissante des autorités, nous leur avons donné pour bouclier la croyance universelle de tous les peuples; en sorte que nous pouvons, sans orgueil, écrire que si les philosophes les plus renommés ont eu pour disciples quelques hommes, les religions ont eu pour disciples des peuples; pour nous, réalisant le rêve du catholicisme, nous avons tous les hommes

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