UO LES RESSUSCITÉS
(1res, rangés par ordre de lumières. Commençons
par la première hiérarchie.
Les séraphins. Ces esprits, ayant la souveraine béatitude d’être les plus rapprochés de Dieu, brûlent sans cesse pour lui des feux inextinguibles de l’amour le plus violent, ce qui leur a fait donner le nom d’enflammés. Vase d’amour dont ils conservent le feu sacré, ils ont pour mission de faire participer les hommes aux saintes ardeurs de l’amour fervent (jui les consume.
Les chérubins. Ces esprits, très-versés dans les connaissances des hauts secrets des cltoses divines, sont nommés très-sages; ils éclairent l’intelligence des hommes, et leur dévoilent les vérités les plus mystérieuses de la religion.
Les trônes. Dieu réside paisiblement en ces esprits comme en son sanctuaire; leur mission est d’éveiller dans la conscience humaine le sentiment de la justice divine, et de préparer les âmes à être, comme eux, les temples de l’Espril- Saint.
La seconde hiérarchie comprend :
Les dominations. Dieu se sert de ces esprits
pour régir le inonde; ils aident les hommes à triompher de leurs passions mauvaises.
tes vertus. Dieu se sert de ces esprits pour communiquer aux hommes la force, elles guider dans le sentier du Ciel.
Les puissances sont des esprits doués d’une grande force pour résister aux démons; ils aident les hommes à triompher de l’esprit de ténèbres.
Les anges de la troisième hiérarchie sont les principautés, les archanges, les anges, trois sortes d’esprits qui, plus rapprochés de notre nature spirituelle, sont chargés de garder les hommes, et de leur inspirer de religieuses pensées, afin que la volonté de Dieu s’accomplisse sur la terre comme au Ciel.
L'Église, dans sa haute compréhension de la vertu, proclame que les hommes, selon la diversité de leur mérite, occuperont les places vacantes parmi les différents ordres des anges.
Nous avons vu l’âme emportant au monde de l’éternité l’esprit, la vie, l’essence, l’individualité du mort, et reconstituant sa personnalité dans toute son intégrité; il nous reste maintenant à examiner l’idée que les écrivains chrétiens qui se
sont occupés du sort réservé par la justice de Dieu aux élus ont émise sur les béatitudes des bienheureux dans le royaume de Dieu. On lit Rvec intérêt la description des pays étrangers, et, par un phénomène d’identification, on y voyage en esprit : c’est un voyage en esprit dans Je monde de Féternitéque vont faire nos lecteurs, guidés par les saints qui, après avoir tourné la vue de leur cœur pendant toute leur vie vers les deux, en ont pris possession, et y sont entrés triomphalement juir la porte de la mort.
L’éternelle béatitude se compose d’une quantité infinie d’ineffables félicités élevées à une puissance surhumaine; en sorte que le pinceau du peintre et la plume du poêle se trouvent également sans puissance en présence d’une lâche qui dépasse les forces de l’art de toute la hauteur qui existe entre le fini et l’infini. Comme les poitrinaires respirent les brises lièdes et embaumées de l’Italie, ainsi les âmes des blessés de la vie aspirent après l’éternelle patrie; mais ces vagues aspirations, comme les chants lointains des pâtres, tout en charmant l’âme et en la parfumant d’espérance, ne laissent dans le souvenir que l’é-
cho d’une indéfinissable émotion. Pour nous, qui avons à lutter contre le scepticisme qui raille et l’incroyance qui nie, il faut jeter la lyre pour prendre le glaive, et marcher droit à l’ennemi alin de le vaincre et de le terrasser avant de tracer le tableau de la félicité des élus; il faut que nos lecteurs oublient les descriptions absurdes que, pendant leur enfance, on leur faisait du paradis, afin de séduire leur jeune imagination et de les rendre bien sages.
La première béatitude de l’âme est la vision de Dieu. « C’est un grand bonheur, s’écrie saint Augustin, d’ôlre admis dans la compagnie des anges; mais cette félicité est minime en comparaison de la béatitude de contempler son Dieu face à face; car cette beauté, cette puissance, cette gloire, cette magnificence, cette majesté, excèdent tout discours et surpassent tout ce que l’imagination de l’homme peut désirer ; la plus haute gloire des saints est d’être admis en la présence de Dieu et éclairés des illustres splendeurs de sa divine majesté.- »
La seconde béatitude de l’âme est son parfait amour de Dieu. Si, sur la terre, l’amour humain,
LUS HESSUSUTÊS
faible cl pâle reflet de l’amour divin, est la source cependant d'un charme si grand, si ineffable, si pénétrant, que l’on verserait tout le sang de ses veines et tout l’or de sa bourse pour en ressentir un seid moment les ravissements délicieux ; combien, à plus forte raison, l’àme tressaillera-t-elle d’allégresse en sentant en elle les tendres ardeurs de cet amour infini, la consumer, et la plonger dans ce torrent d’ineffable béatitude où elle abreuve [sa soif dans l’extase d’une perpétuelle félicité !
La troisième béatitude de l’àme, qui est comme le complément des deux autres, est la possession de l’essence divine et l’assurance de demeurer à jamais dans ce bienheureux état. Un de nos maîtres bien-aimés, Albert le Grand, dit : « Quelle infinie béatitude de sentir en soi le Seigneur son Dieu, qui est infini en beauté, douceur, excellence, bonté, sainteté, sagesse! »
Ce qui rend très-heureux le sort des ressuscités, au ciel, c’est une immuable persévérance dans le bonheur, car le désir sera toujours égal à la jouissance. C’est ce que nous apprend saint Grégoire lorsqu’il dit : « Les désirs des ressus-
AU Cl KL ET DANS L'ENFER.
- cités, sans cesse assouvis, sont sans cesse renaissants; en sorte qu’après cent millions d’années de bonheur ils seront aussi désireux de continuer à jouir de celte infinie béatitude qu’à l’heure première de leur glorification-. »
Il est difficile d’exprimer en termes plus éloquents la béatitude des élus, qui consiste à voir, à aimer, à posséder Jésus, le bien aimé fiancé qui, suivant les auteurs chrétiens, s’unit par les noces éternelles de la mort aux «unes de ces pures et blanches créatures qui se sont faites les soeurs du pauvre et du souffrant sur la terre, et se sont conservées vierges afin de n’appartenir jamais qu’à leur doux et bien-aimé maître et époux, Jésus-Christ.
Dans la descente de Jésus-Christ aux enfers, nous avons vu le bon larron porter les traces de son crucifiement, preuve de l’opinion généralement répandue dans l’antiquité et dans les premiers siècles du christianisme, que l’Ame affranchie du corps en conservait toutefois la forme et les traits distinctifs, à cause de l’esprit qu’elle emportait dans l’autre monde, où il reconstituait son individualité; de plus, 1 g Credo ayant pro-
clamé la résurrection du corps charnel, "le^pô- . très et les Pères de l’Eglise ont parlé des béatitudes qui étaient réservées dans la vie future à ce compagnon de notre âme sur cette terre.
Les corps des justes reluiront comme le soleil, et ils seront à jamais affranchis de tonte douleur. Semblables au rayon de lumière qui pénètre le cristal sans le briser, les corps des justes traverseront tous les obstacles matériels sans les percer. De plus, ils possèdent une si grande agilité, que saint Augustin, dans une phrase admirable, dit : « Le corps sera immédiatement transporté au lieu où l’esprit le voudra. De même que l’eau claire et limpide d’un lac reflète les rayons d’or du soleil, de même aussi les corps des bienheureux seront environnés d’une auréole de lumière, reflet divin de la splendeur même de Dieu. Lorsque dans l’extase l’âme s’approche de Dieu, le corps, ravi et transporté de béatitude, semble environné d’une atmosphère de lumineuse clarté, qui angélisc la chair et présente une image sensible de ces délicieux épuisements des élus que consument les feux ardents de l’amour divin.»
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La vue des bienheureux sera béatifiée par la vision de leur Sauveur; leur ouïe par l’audition du concert de louanges dont relentille paradis; leur odorat, par l’encens d’agréable odeur et la myrrhe exquise qui brûlent sans cesse devant le trône du Très-lTaul; enfin, dit saint Anselme : « Connue le fer rouge est plein de feu, comme le rayon de miel est pénétré de douceur, ainsi leur béatitude infinie remplira toutes les parties de l’âme et du corps, pénétrant toutes les veines, les nerfs des membres et la moelle des os. »
Les natures les plus élevées par les sentiments de Pâme et du cœur ont pour mobiles de l’héroïsme de leur vie, l’amour du ciel et le désir de se foudre dans une éternelle union avec leur Sauveur et Dieu, Jésus-Christ. D’autres natures, égoïstes et craintives, qui sont plutôt les enfants de la crainte que ceux de l’amour, ne sont arrêtées que par la crainte du diable.
Nous estimons peu ces derniers. Nous allons cependant leur tracer la description de l’enfer chrétien, telle que nous l’ont transmise les Pères de l’Église et les plus profonds théologiens des âges écoulés. No* philosophes rationalistes ont
bille l’enfer d’un coup de plume dans leur vie future socialiste ; malheureusement ils ont contre eux le suffrage universel des capacités philosophiques de tous les siècles.
Nous considérerons les damnés en corps cl eu âme, car si le corps doit être le compagnon de la ' béatitude, il doit aussi être celui de la punition.
Le plus grand des tourments des damnés est d’être séparés de leur Dieu, dont ils comprennent la beauté infinie, d’être dévorés du désir de s’unir à lui. cl de sentir, cependant, qu’apres avoir souffert, pleuré et grincé des dents pendant autant de milliards d’années qu’il y a de gouttes d’eau au fond de l'Océan et des fleuves qui vont s’y perdre, qu’il y a de feuilles à tous les arbres de l’univers réunis et de grains de sable sur les rivages de la mer, ils n'auront pas subi la millionième partie du temps de leur peine.
Le feu de l’enfer cause aux damnés une torture impossible à décrire, car ce feu, suivant les théologiens, est si ardent, qu’il consumerait les rochers les plus durs.
Il y a aux enfers des ténèbres froides et humides qui comprimeront douloureusement le
cœur des damnés, déjà irrités et enfiévrés par le • feu qui pénètre jusqu’à la moelle de leurs os et les transforme en lisons ardents.
Us s’entre-dévorent les uns les autres, et les démons prennent un extrême plaisir à les tourmenter. Tous les Pères de l’Eglise ont proclamé que la douleur des damnés aux enfers, comme la béatitude des élus au ciel, était si vive, (pie le langage humain était impuissant à la traduire.
L’Eglise catholique pose, de plus, en principe la communion des saints, ou l’union spirituelle de l’esprit des bienheureux avec ceux qui luttent encore ici-bas, union qui nous rappelle celle de ces dieux d’Homère descendant de leur Olympe, ou de ces héros trépassés des traditions Scandinaves et de la religion d’ftdin, qui descendaient en esprit de leur cercle de lumière pour venir inspirer leur vertu cl leur valeur toute-puissante aux vivants qui les invoquaient. Si les bienheuj«£x sont utiles aux vivants, les vivants peuvent, ^fetîeur côté, être utiles aux âmes retenues dans le lieu d’expiation nommé, dans le catholicisme, purgatoire, et, en abrégeant, par leurs aumônes
et leurs prières, la durée de leur peine, sc créer
d’immortels protecteurs auprès de Dieu.
La révélation chrétienne croit, de plus, à la lin du monde, suivie du jugement des vivants et des morts par Jésus-Christ ; et les écrivains du moyen* âge tracent un tableau très-pompeux de ce jugement, qu'ils nomment le second avènement du Fils de l’homme.
L’homme lire son extérieur de ses habitudes, et le mot latin habitus, d’où vient habitude, signifie aspect extérieur. Cette vérité, que démontre l’expérience, que constate l’étymologie, était très-connue des mythologues grées, lorsqu'ils ont donné au dieu des rêves le nom de Morphée, qui veut dire la forme extérieure. En effet, si les habitudes déterminent la forme extérieure des organes, la forme, à son tour, détermine la nature des rêves qu’enfante l’imagination daus l’état de sommeil, et dans l’état de veille; le paradis des chrétiens, en conséquence, se ressent nécessairement des habitudes ascétiques de la vie mortifiée que menaient les premiers chrétiens.
Le christianisme, dans les temps de foi, était, sans contredit, une religion qui semblait vouloir
envelopper ses disciples dans le linceul saignant de Jésus crucifié, alin de les faire renaître dès . celte vie hommes spirituels. Le but certain de l'initiation chrétienne était d’amener les hommes à la vision béatifique de Dieu.
Le culte chrétien s’est emparé de l’homme, il a usé son corps, sevré sa chair de nourriture, l’a déchiré sous le fouet de la flagellation, en sorte que sa devise semble être : Mourir ici-bas dans les tortures de la mortification selon le corps, renaître selon l’âme, pour ressusciter dans la gloire.
Aussi le paradis chrétien, comme nous l’avons vu, ressemble à un cloître, où jour et nuit l’âme loue le Seigneur, et s’exhale en brûlants soupirs, se répand en effusions d’une tendresse infinie. Elle meurt au inonde, et par un recueillement intérieur, recueille en son cœur son amour et sa force d’affection, qu’elle a détachée des richesses, des créatures et même des liens de famille, pour la donner entièrement à son bien-aimé rédempteur Jésus; par des œuvres d’édification, elle s’efforce d’y édifier un sanctuaire à Dieu. On sent nrabilude de la contemplation et de la méditation
LES RESSUSCITÉS, spirituelle dans les descriptions que les saints ont laissée du paradis.
Il est certain que lé christianisme n’a plus,, comme autrefois, un empire absolu sur les consciences. Les dévotes modernes qui vont le malin à l'église et le soir dans les bals, ne regardent plus Dieu comme un Dieu jaloux, qui ne veut pas de partage, cl qui exige que l’on soit tout à lui; aussi bien des belles dames qui croient mériter le paradis, en allant étaler les riches coquetteries de leur toilette, le dimanche, à le messe de midi, trouveront très-monotone notre description des délices du paradis, aperçues par les saints dans les transports d’un ravissement extatique. Mais les natures douces, aimantes, contemplatives, qui ont besoin d’amour comme la plante a besoin de lumière, désireront de toutes les forces de leur âme le jour où, blanches fiancées, elles iront, sur les ailes de l’amour, s’unir à Jésus, leur amant désiré, dans le paradis chrétien, où les premières places sont réservées parmi les brûlants séraphins aux âmes qui auront aimé Dieu de l’amour le plus fervent.
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