‹ Les ressuscites au ciel et dans l'enferChapitre 22 sur 23 · LA VIE FUTURE · texte numérisé non relu

LA VIE FUTURE

DAMS LE PASSÉ, DAMS LE PRÉSENT ET DAMS l’aVENIR

La vérité est de tous les temps.

Si ntt Augustin.

Si, en ouvrant les annales de tous les peuples de l’univers, nous remontons le cours des siècles jusqu’aux premiers âges du monde, nous voyons l’homme, créé primitivement immortel, en se matérialisant, devenir sujet aux maladies, à la

décomposition, à la mort. Le trépas, comme l’indique sa racine étymologique, n’est que le passage du monde terrestre au monde de l’éternité. La mort n’est, en conséquence, qu’une désorganisation des éléments constitutifs de l’être humain, suivie d’une réorganisation nommée du beau nom de résurrection ; en sorte que les mois prennent une voix éloquente pour crier à l’homme cette parole consolatrice comme l’espérance : Tu revivras!

L’enseignement de l'histoire dans les temps modernes a, selon nous, un énorme tort, celui de présenter sans vénération, aux jeunes intelligences, les religions des peuples de l’antiquité, et de commettre vis-à-vis de ces cultes précisément la même erreur que Dupuis a commise vis-à-vis du christianisme, en confondant stupidement le symbole avec l’objet symbolisé, tandis qu’il y aurait un admirable livre a écrire en démontrant que tous les peuples s’occupaient avec foi du salut de leur âme ej en faisant connaître les hautes vérités cachées sous les mythes de la Mythologie.

Lorsque Voltaire attaqua les oracles du paganisme, tous les esprits ayant l’intuition de

AU CIEL ET DANS L’ENFUI». 25f»

l’avenir frémirent, car ils pressentirent que le sacerdoce catholique recevrait en pleine poitrine ce trait décoché avec une rare habileté, et ils virent, comme à travers un nuage de sang, les croix arrachées, les têtes des prêtres coupées et portées saignantes au bout d’une pique par une populace ivre d’irréligion; puis, sur l’autel du Dieu vivant, ils aperçurent la déesse Raison, étalant la luxure sacrilège de ses épaules nues.

Nous avons tenté de faire connaître le ciel et l’enfer dans les âges les plus reculés du monde, et nous avons affirmé que la croyance à une vie future était universellement répandue avant que le Christ vînt déposer dans tous les cœurs l’ambition du ciel. Un des grands avantages de la religion catholique sur toutes les autres est que, tandis que les autres cidtes révèlent le ciel et l’enfer, elle, grâce à l’Esprit-Saint, qui ouvre en ses disciples les yeux de l’âme, elle les dévoile. En sorte que le paradis et l’enfer chrétiens existent réellement; et en vérité, tels que les saints extatiques, en rapport dès cette vie avec les anges et les saints ressuscités, l’ont décrit, on sent en les lisant qu’ils vivaient sur les limites du monde

terrestre cl du inonde de l’éternité, et lorsqu’ils décrivent avec une ineffable magie de style les splendides réalités de la béatitude éternelle, il semble que l’on converse avec un de ces fervents séraphins qui, consumés d’amour, inondés des flots divins de la lumière incréée, reflètent l’éternelle et éblouissante beauté de la face du Dieu dont ils environnent le trône! ! !

Malheureusement, dans ce siècle où tout semble confondu, le vrai et le faux, le bien et le mal, et où l’homme, par un procédé inouï, se revêt d’une instruction superficielle, comme l’étain, par le procédé Ruolz, se revêt d’argent, persuadé que, pour réussir, il vaut mieux paraître savant que l’être en réalité, la vie future préoccupe très-peu les consciences.

Tous les hommes qui fréquentent les. cafés, les cercles, la Bourse, les salons du monde, trouvent d’une excentricité passablement originale le pénible et honorable labeur de l’homme qui consacre sa jeunesse, son intelligence à rechercher dans toutes les religions les croyances des peuples à une vie future; les hommes livrés à la recherche des intérêts matériels, ont les yeux

AU CIEL ET DANS L'ENFER, si opiniâtrement abaissés sur la terre, qu’il faudrait un miracle de la grâce de Dieu pour tourner leur cœur vers la vérité éternelle. Ces insoucieux de leurs destinées futures vivent d’une vie plus abjecte que celle de leurs chevaux, passant leur temps dans la société de femmes flétries, qu’ils revêtent de robes splendides pour proclamer leur luxe ou établir leur crédit, et qui, languissamment étendues sur les coussins de velours de leurs brillants équipages, éclaboussent la jeune fdle vertueuse, et allument dans son regard encore pur les feux d’une sombre jalousie.

À côté de ces hommes qui vivent sans souci de leur éternité, il y a de pauvres et nobles jeunes gens au cœur ardent, à l’ame chevaleresque, qui, infectés du venin d’un matérialisme immonde, déclarent une guerre sauvage, barbare et impie à Jésus-Christ; ils prennent avec passion une plume, et, de leur main frémissante de rage, ils écrivent d’infâmes pamphlets, dans lesquels, semblables à ces soldats enivrés dont il est parlé dans l’Évangile, ils soufflettent et couvrent do crachais la douce et hien-aimée figure

de Jésus, leur Sauveur! Ces jeunes hommes ont ballu des mains et ont applaudi avec transport les doctrines si subversives de Jean Reynaud; mais, malgré leurs trépignements sympathiques et leurs éloges immodérés d’un livre qu’aucun d’eux n’a eu le patient courage de lire jusqu’à la fin, l’esprit antireligieux n’a pas vécu, et le ciel et l’enfer des chrétiens n’ont pas été remplacés par ceux des rêveurs du socialisme, et chaque jour l’affreux ricanement de Voltaire disparaît des lèvres des femmes, qui, roses, fraîches, lumineuses, s’épanouissent comme des fleurs vivantes sous le souffle inspiré de Dieu, et semblent appeler le baiser frémissant des anges du ciel.

Les rationalistes modernes, sans se laisser persuader par la croyance des peuples de tous les siècles en une vie future, refusant d’examiner les motifs qui ont déterminé les peuples de l’antiquité à croire à l’éternité, ont, à la face du sôleüj. ce regard de Dieu, formulé en ces termes l3r incroyance : « Nous n’avons pas toujours été; or, tout ce qui a un commencement devant avoir une fin, nous devons avoir pour fin d’aller ser-

Al CIEL ET DANS L’ENFER.

vir de fumier et d’engrais à la terre. » Celte objection est la plus universellement répandue; toutes les fois que l’on invite un homme à songer à ses destinées éternelles, du haut de son incrédulité, il brave votre croyance, et, avec un sourire ironique, il va, dans l’arsenal de l’impiété, chercher cet argument employé constamment aujourd’hui pour réfuter le dogme des récompenses éternelles. Nous avouons que c’est avec un profond sentiment d'étonnement que nous avons constaté que, dans aucun des auteurs catholiques dont nous avons lu les ouvrages, nous n’avons trouvé la réfutation de cette objection, qui est cependant sur les lèvres de tous les matérialistes; aussi nous voyons-nous forcé de la combattre corps à corps; mais, plein de foi et avec la grâce de Dieu, nous la saisirons à la gorge, et lorsque nous rouvrirons notre main, la terre gémira sourdement sous le poids de son cadavre étranglé!

11 est certain, ô matérialistes qui vous efforcez de démontrer que vous néles que des brutes, et que rien de divin, de simple, d’immatériel, ne vit en vous! que si on jugeait l’homme d’après vous,

on serait furieusement lente d’accepter votre réfutation de l’immortalité de l’homme; mais de ce que l’âme, cette triomphatrice de la matière, du temps, de l’espace, qui sort victorieuse du corps comme Jésus de son sépulcre, ne se manifeste pasen vous, il n’est pas démontré pour cela qu’elle soit une invention chimérique de l’imagination humaine; car nous, nous l’avons vue se dégager immortelle du corps du somnambule endormi, nous l’avons vue traverser les corps opaques, franchir la distance du temps et de l’espace, et à la vue des manifestations de cet ange intérieur que Dieu donne à chaque homme au moment de sa naissance, nous admettons la désorganisation des parties qui forment le corps charnel et leur corruption, mais nous proclamons de toutes les énergies de notre foi l’immortalité de l’âme, celle fille de Dieu !

Aux matérialistes qui, avec Broussais, nous disent : « Depuis trente ans que nous disséquons, la pointe de notre scalpel n’a pas encofe* rencontré une âme, » nous répondrons : « C’est certain, car vous ne disséquez que des cadavres; mais nous qui éludions des somnambules, cha-

que jour nous assistons au réveil d’une âme dans un corps endormi.

Nous avons démontré que les initiations contenaient l’esprit des religions, et que ceux qui n’avaient pas le bonheur d’être initiés n’en pouvaient apercevoir que l’écorce. Si le magnétisme, en prouvant l’existence et l’immortalité de l’àme, fait croire à une vie future, la franc-maçonnerie, que l’imagination des hommes qui ne la connaissent pas redoute comme une association dangereuse, et qui n’est, en réalité, qu’une association fraternelle d’hommes qui se réunissent pour s’enlr’aider et pour arriver, à l’aide de cérémonies, à la démonstration des vérités primordiales que toutes les religions ont voilées sous des symboles, nous offre une magnifique démonstration de la réexislence de l'homme qui, dans son grade de maître ou hiram, est mis dans un tombeau, une branche d’acacia vert et fraîchement coupée dans la main, pour démontrer que dans la mort est un principe de vie qui se dégage du corps en dissolution; puis sort du sépulcre et va reconstituer l'individualité abolie dans sa parfaite intégrité.

La loi de la résurrection se trouve partout : le phénix renaît de ses cendres, hiram sort glorieux de son lombeau, le Christ ressuscite le troisième jour, l’arbre frappé de mort pendant l’hiver reverdit et se ranime au printemps; l’homme n’échappe pas non plus à cette loi de réexistence universelle, et, suivant l’admirable expression de saint Paul, il est mis en terre corps animal et il ressuscite corps spirituel.

Une des plus hautes pensées de la maçonnerie consiste à considérer l’humanité comme une famille de frères ayant Dieu pour père et l’univers pour patrie. Ia réalisation de cc rêve magnifique est demandée tous les jours par les catholiques dans ces trois mots de l’Oraison dominicale : Que voire règne arrive ; car la fraternité universelle, c’est le règne de Dieu sur la terre!

Pour compléter nos idées sur la vie future, nous sonderons le s mystères invisibles du monde surnaturel et du demi-jour où nous sommes, nous arriverons à la clarté de l’éternelle lumière. Nous aurions sans doute obtenu un succès infiniment plus éclatant si, démontrant les lois des affinités fhiidiques, nous avions expliqué à

AU CIEL ET DANS L’ENFER, l’homme les capricieuses fantaisies des attractions amoureuses ; mais nous avons voulu procéder avec ordre, sachant que les dogmes catholiques du monde surnaturel dominent et régissent l’océan orageux des passions, comme les astres de lumière qui se balancent avec harmonie au-dessus de nos tètes, arrêtent les tempétueuses colères des vagues en furie de la mer, qui expirent impuissantes sur le sable de ses rives.

Nous nous attendons à être raillé par les hommes à cervelle vide et prétentieuse, qui jugent un livre sur un titre, et qui, impuissants a réfléchir, traitent d’excentricité la méditation, cette mère de toutes les grandes idées.

Mais, semblable au triomphateur romain qui, sans faire attention aux insultes de l’esclave chargé de l’outrager, montait d’un pas ferme elle cœur content au Capitole remercier les dieux, nous continuerons notre route, heureux des témoignages de sympathie, mais parfaitement indifférent aux sarcasmes de la sottise, persuadé que les fils de l’éternité doivent être plus grands que l’injure et plus forts que le mépris; car chaque douleur, chaque souffrance est un

pas vers le jour glorieux où l’àme s’envole vers

Dieu, son créateur et son père.

Ce livre est une bataille livrée à l’incroyance moderne; nous espérons qu’il sera une victoire, car nous sommes plein de confiance en la vaillante activité de nos lecteurs et en la grâce persuasive de nos lectrices pour propager les idées qu’il contient.

Il existe ici-bas bien des êtres qui, un regard d’hyène dans les yeux, un sourire de damné aux lèvres, une férocité de tigre dans le cœur, souffrent sans espoir; il en est d’autres dont le cœur blessé saigne. Nous nous sentons, à la vue de ces douleurs inconsolées, plein d’une profonde tristesse, et, semblable au Samaritain de l’Évangile, nous nous sommes efforcé de verser sur leur plaie saignante l’huile de l’amour et le vin de la vérité.

Dieu a rendu autrefois la vue à Tobie en lui envoyant un ange de lumière. Il rend la foi à l’homme en donnant au somnambule la lumière d’une lucidité surnaturelle. Pour nous, plein de foi dans une vie future, nous nous efforçons de tourner tous les cœurs vers Dieu et les yeux vers

le ciel, en répétant, de toute l’énergie de notre conviction inébranlable, ces mots du Credo: J’attends la résurrection des morts et la vie des siècles à venir I

Page 1