I A RÉALITÉ DE LA VIE FUTURE DÉMONTRÉE PAR I.E MAGNÉTISME
S'il est une science au monde qui rende l’Âme visible, c’ est sans contredit le nugnélisme.
A I.KXvNbllF. DCMAS.
Les doctrines dont se compose ce livre ont deux bases : la première est la tradition, la seconde est la connaissance de l’organisme humain et l’étude de notre àme dans le sommeil magnétique lucide. Après avoir extrait de toutes
LES RESSUSCITÉS les révélations une tradition même et unique sur les destinées de l’homme après son trépas, nous avons demandé, non comme les socialistes aveugles et présomptueux, aux sciences naturelles la connaissance des mystères surnaturels du ciel et de l’enfer; car ce n’était pas la lune ni les planètes qu’il fallait sonder dans leurs profondeurs, mais le sommeil, cette image de la mort, qu’il fallait étudier; aussi leur théorie durera peu de jours, tandis que les vérités enseignées par la tradition universelle du genre humain tout entier, dont nous nous sommes fait l’humble écho, démontrées chaque jour par les phénomènes du somnambulisme, comptent chaque jour de nouveaux adeptes, et bravent la mort du haut de leur éternité!
A l’aurore de la création, suivant la tradition si admirablement bien formulée par Confucius, l’homme, animalisé par le péché, avait laissé envelopper son âme par les organes de la chair, qui, en la masquant, s’opposait à la libre manifestation de ses facultés surnaturelles. De là est résultée, dans les initiations de l’Orient, la lutte de l’homme contre sa chair, qu’il réduisait en
servitude à l’aide de mortifications d'une effrayante rigueur; de là aussi les terribles macérations du christianisme, qui arrivaient à dépouiller fàme de son corps de mort.
Nous avons constaté que, dans l’anéantissement de la chair, Dieu avait placé une renaissance régénératrice de l’âme et trouvé une invulnérable démonstration de la réalité de son existence dans les récits des Pères de l’Église et dans les merveilleux phénomènes de la lucidité somnambulique; nous avons, de plus, constaté qu’elle avait, dans cet état où l’homme est plongé dans un sommeil de mort, les facultés attribuées aux ressuscités. Celle tradition, nous l’avons trouvée chez tous les peuples qui proclament que dans l’organisme des sens il y a une âme immortelle, et qui, en conséquence, se sont tous occupés de son sort après qu’elle a quitté le corps et et qu’elle est remontée vers son Dieu.
Nous avons eu, dans le somnambulisme, la démonstration incontestable de la vérité de cette croyance de tous les peuples par des phénomènes assez souvent répétés pour laisser dans notre esprit une conviction sincère.
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En elfel, à peine un magnétiseur a-t-il dirigé sur le somnambule Alexis la puissance invisible d une volonté mystérieuse, qu’une force toutepuissante domine, engourdit ses sens, cl, à mesure que le fluide envahit son corps et le plonge dans l’anéantissement, les organes bornés de sa chair, qui couvrent d’un bandeau de mort la vue de son âme, tombent, cl il saisit d’un seul regard le temps et l’espace, en sorte que ce n’est plus un homme, mais une âme vivante!
L’existence de lame une fois démontrée par des phénomènes irrécusables qui constataient en même temps son immatérialité, parlant son immortalité, nous avons lâché de soulever le voile qui ferme à nos yeux l’éternité, afin d’assister aux mystérieuses opérations de sa résurrection, qui, la dépouillant de ce qu’elle a do terrestre et de mortel autour d’elle, la rendent immortelle.
L’immortalité de l’âme, constatée par des laits certains pour nous, cl, de plus, admise par tous * les peuples, nous avons trouvé dans le sommeil magnétique une autre série de phénomènes qui nousont démontré la persistance del’individ ualilé
humaine au delà du tombeau. A côté de la seconde vue, il y a la transmission de pensée. Ce dernier phénomène, moins brillant en pratique, est cependant la démonstration visible et palpable de la reconstitution , dans le monde de l’éternité, de la personnalité des morts dans leur parfaite intégrité.
En effet, si l’esprit ou le fluide magnétique détaché de nous et inliltré dans une somnambule suffit pour que ce ne soit plus elle qui vive, mais nous qui vivions en elle, en sorte qu’elle pense avec notre cerveau, ressente l’impression de de nos impressions et la sensation de nos sensations, il est certain que, si notre individualité contenue en notre essence diadique persiste, quoique séparée de nous, et se manifeste en notre somnambule, lorsque l’âme l’emportera dans le monde de l’éternité à l’état de germe, elle persistera et nous reconstituera moralement, physiquement et intellectuellement. Seulement, notre organisme empruntera de grandes perfections au milieu céleste où s’opérera notre reconstitution résurrection» nelle.
L’âme et l’individualité se dégageant de la mort, le ciel et l’enfer ne peuvent exister comme
lieu de plaisir cl de peine que si les méchantes personnalités des ressuscités ne sont pas éternellement confondues avec les bonnes. De plus, l’essence fluidiquc étant toujours le résultat des actions, des pensées et des impressions de l'homme, qu’elle contient réellement et en vérité, il faut travailler à l’épurer, en sorte que l’on quille celle terre, semblable à un ange de lumière.
Nous avons décrit les paradis et les enfers, et démontré que les révélateurs avaient consulté leur goût, leur habitude, et particulièrement celui de leurs disciples, afin d’en faire la réalisation désirée de leur espérance. Le paradis de Mahomet, écrit par un guerrier et destiné à des guerriers, est un lieu de délices, de repos, où tous les sens reçoivent une voluptueuse jouissance.
Celui des chrétiens, décrit par des contemplatifs, offre pour béatitude éternelle la vision, l’amour et la possession de Dieu.
Pour donner à nos lecteurs l’idée des jouissances du ciel, nous allons emprunter à notre maître en l’art d’écrire, à Théophile Gautier, l’écrivain
dont le style a atteint la plus exquise perfection que la langue française puisse atteindre, un admirable et sublime passage où il décrit l’impression produite sur une jeune fdle ravie en extase par les brillantes réalités des tabernacles éternels :
« Hier, dans un grand salon d’un style noble et sévère, éclairé ce soir-là d’une manière bizarre et de façon que les lumières, concentrées sur un seul point, laissassent les angles baignés de demi-teintes et d’ombres, se promenaient ou causaient groupés quelques artistes, poètes, peintres et sculpteurs, mêlés à un nombre à peu près égal de gens du monde. Parmi les noms que nous pouvons citer figurent madame de (iirardin, Pradier, Ziégler,Cliassériau, Jules Sandeau, Adolphe Adam, M. le général D... et sa sœur, admirable élève de Schopin. Les fauteuils et les causeuses, rangés avec une certaine symétrie théâtrale*, annonçaient quelque chose d’extraordinaire. Mademoiselle Rachel devait-elle réciter une tirade de Phèdre? mais mademoiselle Rachel arrive à peine d’Angleterre; quelque grand instrumentiste, Batta ou tiodefroid, allaient-ils exécuter un solo?
l,ES RESSUSCITÉS il n’y avait là ni harpe ni violoncelle; se tramait-il une lecture île poëme épique? les gens n’avaient pas l'air suffisamment consternés pour justifier une supposition si hasardée.
« Une femme solennelle et mystérieuse, vêtue de noir, et qui paraissait attendue avec la plus vive curiosité, entra, suivie d’une jeune fille habillée de blanc, très-simple, très-modeste, trèstimide, qui s’assit sur le bord du fauteuil qu’on lui présenta, comme embarrassée de sa contenance. Après quelques minutes de conversation générale, la maîtresse de la maison échangea quelques mots avec la dame noire et Adolphe Adam, qui alla prendre place au piano. La chose se dessinait comme un concert. Sans doute la jeune fille, honneur du Conservatoire, espérance de l'Opéra, méditait de chanter : « Robert, ô toi « que j'aime! »
« Cependant elle ne se dirigea pas du côté du piano, contraireinenlà l’habitudedes cantatrices; sur les pas de la dame noire, elle se glissa plutôt qu’elle ne marcha jusqu’à un siège placé dans l’espace vide sur lequel rayonnait la lueur d'un lustre chargé de bougies.
Lorsqu’elle se fut laissée tomber dans le fauteuil, la femme sibylline darda sur elle ses yeux chargés de sommeil et de commande-
La lumière éclairait en plein la jeune fille; sa physionomie douce et pâle, encadrée de cheveux blonds séparés en bandeaux, était plus jolie que belle. A travers la mousseline de scs manches, ses bras se dessinaient souples et lins avec la gracilité de l’adolescence, et ses mains naïves glissaient demi-ouvertes sur ses genoux. Au bout de quelques secondes, ses paupières commencèrent à palpiter sous le regard fascinateur, ses prunelles devinrent errantes, la tète vacilla et s’abattit sur sa poitrine : elle était endormie du sommeil magnétique.
« Tout à coup le maestro attaqua le clavier par deux ou trois accords éclatants.
« La jeune fille tressaillit, allongea ses bras, croisa ses doigts qu’elle tordit, et se dressa à cet appel harmonieux comme une ressuscitée au son de la trompette du jugement. Deux ou trois mesures de plus lui firent renverser la tôle en arrière avec un mouvement qui n’avait plus rien d’hu-
main. On eût dit une âme appelée sans transition
de l’ombre éternelle' à la lumière.
« Comme enlevée par un souffle, elle quitta le f . fauteuil, et alla descendre à quelques pas plus loin en rasant le parquet du bout de l’orteil. E& moins de deux secondes, elle avait fait le voyage de mort à la vie, de la terre au ciel, de l'humanité à Dieu.
« Le maître joua la sublime prière de Moïse, et alors eut lieu la plus admirable scène que jamais poëte ail pu rêver; la jeune fille, arrivée au plus haut degré de l’extase, traduisait, par une pantomime inconnue jusque-là, toutes les sensations que la musique lui faisait éprouver : ses yeux, invinciblement fixés sur un pôle invisible, faisaient luire leurs globes d’argent bruni, et cachaient à moitié, sous la paupière supérieure légèrement convulsée, leurs prunelles d’un azur céleste. Rien ne peut rendre l’effet de ce regard qui ne voit rien des choses réelles et plonge au delà du monde et des sphères, flèche perdue de l’àme lancée à travers l’infini . Sa ligure avait pris des blancheurs rosées, des transparences opalines, des lueurs de porcelaine et d’albâtre éclairés
par dedans. Ses narines se dilataient, sa bouche s’en tr’ouvrait avec une ardente langueur, tous ses ., traits rayonnaient d’une grâce idéale, d’une beauté incomparable; ses gestes, qui se succédaient sur un rhythme divin, faisaient passer connue dans un éblouissement les plus nobles poses des chefsd’œuvre de la sculpture et de la peinture. Ce qu’il y avait de foi sans borne, de tendresse suppliante, de soumission prosternée, d’espérance timide et sûre pourtant d’obtenir, dans celte tète et dans ce corps, aucun pinceau, aucun ciseau, aucune plume ne sauraient le rendre, et, si nous l’essayons, c’est que l’artiste courageux aime les combats avec l’impossible, même lorsqu’il est sûr d’être vaincu : le désir du ciel était si fort dans la jeune extatique, qu’il l’arrachait de terre; ses formes s’allongeaient dans les plis de sa robe, comme celles des vierges martyres que l’on voit aux porches des cathédrales. Son col se tendait, s’effilait; ses pieds roidis ne tenaient au sol que par les pointes, ses épaules frissonnaient comme des ailes. Vous avez peut-être vu dans la légende dorée cette histoire de Madeleine que la violence de sa prière soulevait du sol, et vous aurez souri
de celle exagération pieuse; eh bien! ce miracle nous semble maintenant très-vraisemblable.
« Gel immense effort, ce coupd’aile éperdu l’avait évidemment amenée dans son rêve jusqu’aux portes du paradis ; car à cet élancement, à ce jet, à cette projection de tout l’être hors de lui-même succédèrent une altitude humble et craintive, des bras croisés sur la poitrine avec la pudeur d’une âme qui se sent nue devant le regard que rien ne trompe, des pas suspendus comme ayant peur d’effleurer le pavé de diamant de la Jérusalem céleste : puis une pose agenouillée pleine de grâce et d’abandon, contenance d’esclave qui se livre sans restriction ; caresse enhardie par l’œil bienveillant du maître, parfums et larmes répandus sur les pieds divins, et ensuite, pour reconnaître de telles faveurs, l’ardeur de témoigner, la soif du martyre, la foi presque provocante, les bras s’ouvrant en croix et appelant les bourreaux avec une telle force expansive qu’ils sont ployés par les muscles au rebours de l’articulation et donnent juste le mouvement du Saint Symphorien de M. Ingres : ô magique intuition du génie! ce geste sublime lit courir un frisson
AU CIEL ET DANS l/ENFER.
dans toute l’assemblée, et les yeux se portèrent involontairement au plafond pour voir s’il n'allait pas laisser passer au milieu d’un torrent de rayons des anges portant des couronnes et des palmes.
« La femme sombre fut obligée, par des passes de haut en bas. de ramener cette âme qui fuyait et eût complètement déserté le corps sans celle précaution.
« La prière de Moïse s’éteignit en accords languissants et (il place, sous les doigts de l’habile maître, à une canlilène mélancolique et plaintive où, dans un sanglot musical, soupirail le souvenir des morts et des absents.
« Assouplie par ces accents d’une mélodie touchante, la jeune extatique détendit ses bras roidis par la catalepsie, et les laissa tomber le long de ses hanches, sa tête s’inclina ùu peu; ses talons se reposèrent sur le sol. Elle fit quelques pas qui repoussaient à peine les plis blancs de sa robe. Puis elle se pencha un peu en avant, l’oreille attentive, l’œil fixe, les doigts étendus dans une i>ose de biche ou de gazelle qui hésite au bord du chemin en entendant gémir, à travers les
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chuchotements des feuillages, la fanfare lointaine du cor.
« Cette musique au premier plan pour nous et toute voisine arrivait pour elle du fond de l’infini comme le murmure d’un rêve, comme le bruissement d’une source invisible, comme un de ces bruits vagues dont se compose le silence; elle parut hésiter et se demander, en posant la main sur sa poitrine, si elle ne prenait pas les battements de son cœur, le souffle de son sein pour une mélodie arrivait de la terre. Un accord fermement frappé la convainquit de la réalité des sons. Alors son front se rembrunit, sa bouche s’attrista, l’éclair de ses yeux s’éteignit dans une larme naissante. Sa taille de roseau sembla ployer sous la menace du malheur; son geste brusque écartait de sa joue l’aile de chauve-souris des noirs pressentiments. Le piano, de plus en plus plaintif, gémissait une chanson de saule et d’amour malheureux. L’orage éclatait sur Venise, et Desdémone errait autour de la chambre funèbre, cherchant une porte pour s’élancer vers la vie; ah! sans doute l’âme de Malibran, quit-
quelques minutes dans ce corps frêle, palpitant sous l’inspiration ! car nous la reconnûmes aussitôt; et un cri d’angoisse et de joie s’échappa de nos lèvres.
« La mélodie devenant plus triste et augmentant ses sanglots, la pauvre eufant s’agenouilla, croisa les mains et, pâle comme la ligure de l’ange des douleurs sculptée dans l’albâtre d’un tombeau, elle resta immobile et pria. Quelle perte déplorait-elle dans sou rêve? celle d’une sœur, d’un amant, d'une illusion? c’est ce que nous ne pouvons dire, mais jamais regret ne fut plus profond, désespoir plus immense. Dans ses yeux germaient de grosses larmes, perles du cœur, qui, phénomène singulier! restaient suspendues aux cils et ne se détachaient jamais.
« Bientôt son chagrin devint si intense, qu’il approcha des excès des déplorations antiques, et qu’elle s'affaissa sur le parquet comme privée de sentiment. L’évocatrice fut forcée de la relever, cl fit signe au musicien de faire luire quelque espérance dans cette douleur sans borne.
« Alors se déroula en quelques gestes, en quelques attitudes, un poëme ravissant, et qu’il
LES IIKSSISCITÉS
faudrait écrire avec une plume arrachée à l'aile des anges.
« La désolée sortit des verdures sombres du jardin où croît l’asphodèle entre les étroites maisons de pierre et de marbre, heureuse de ne plus sentir l’odeur âcre de l’if, aspirait à pleins poumons l’air subtil du monde aromal, et nageait librement dans la blonde atmosphère où flottent les âmes bienheureuses.
« Toutes les merveilles de ce divin séjour se peignirent sur sa ligure en irradiations, en rayonnements, en sourires de béatitude ineffables, eu phosphorescences de volupté célestes. Chacun faisait le voyage avec elle. *
« Quelquefois elle s’arrêtait et semblait rencontrer une âme connue, aimée ailleurs, et c’étaient des ravissements, des effusions, des caresses, des emportements de bonheur chaste dont rien ne peut donner l’idée sur ce globe où nous rampons tristement; on voyait ces âmes sœurs s’embrasser, se pénétrer, se confondre, se comprendre et se dire tout ce que les poètes balbutient depuis le commencement du monde, dans un seul baiser. Cependant une inquiétude, une
mélancolie ne larda pas à se mêler à celle joie : dans ce paradis d’enivremenls cl de délices, la belle extatique parul chercher quelqu’un qu’elle comptait y rencontrer et qui ne s’y trouvait pas. En quelques coups d’œil elle lit plusieurs lois le tour de l'infiui et de l’éternité, puis elle redescendit sur terre, colombe effrayée en quête de sa compagne; la terre parcourue, l’âme n’y était pas. O désespoir! 0 terreur! était-elle reléguée par la colère divine dans le noir royaume des pleurs et des grincements de dents? Une angoisse suprême contracta les traits de la pauvre jeune lille; mais Adam, louché de pitié, lui lit retrouver l’ombre adorée, l’âme amoureuse dans un trémolo délicieux.
« Jusqu’ici le choix de la musique avait maintenu la jeune lille dans les plus hautes régions du rêve; elle n’avait que bien rarement louché terre. La vigoureuse harmonie d’un chant patriotique, sans diminuer en rien l'élévation de ses idées, la ramena bientôt dans un milieu plus réel.
« A ces mâles accents, vous eussiez vu celle ligure vaporeuse chasser tout nuage mystique,
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les lèvres fondues dans le sourire languissant de l’extase s’arquer fièrement et se gonfler d’un dé- , dain magnifique, les yeux noyés d’effluves se dilater et lancer des éclairs du fond de leurs orbites assombris; celte taille souple comme une écharpe dénouée se redresser orgueilleusement, et ces bras attachés d’abord derrière le dos comme par le sentiment de l’esclavage subi, rompre leurs chaînes et chercher l’épée vengeresse : en ce moment elle avait dix coudées de haut. C’était Némésis la lente déesse, Pallas aux yeux céruléens, mieux que tout cela, l’âme année .et visible d’un grand peuple. Jeanne d’Arc doit avoir eu de ces gestes et de ces alliludes-là.
« Comme nous avions peur que de si violentes émotions ne fatiguassent la pauvre enfant, nous priâmes le maître de demander au clavier une mélodie plus facile et plus légère, et aussitôt ses doigts errants firent jaillir des fusées de notes, des gazouillis charmants, tous les jolis bruits d’une matinée de mai dans une campagne riante.
« La Némésis se changea soudain en une jeune nymphe heureuse de vivre, de respirer les parfums du printemps, cueillant les fleurs, courant
après les papillons, écoutant les oiseaux, se suspendant aux branches et faisant d’un rameau ployé uneescarpolettc, comme le gracieux Zéphire de Prudhon : aux ondulations de son corps on suivait l’aller et le retour de la balançoire, et le bout de son petit pied tendu égratignait l’eau malicieusement et en faisait jaillir des perles.
« La musique, prenant une teinte de panthéisme plus prononcée, et substituant au sentiment humain la voix sans parole de la nature, la jeune inspirée ne se contenta plus d’admirer, elle s’incarna et devint fleur, papillon,’ oiseau. Mais comment, diront les incrédules, c’est-à-dire ceux qui n’assistaient pas à cette séance, car pour eux ce que nous écrivons en est une traduction peutêtre plate, à coup sûr fidèle, toutes ces idées, toutes ces impressions, en admettant qu’elles se passassent réellement dans le cerveau de l’inspirée, pouvaient-elles se manifester au dehors? Les langues humaines n’ont pas de mois pour décrire précisément l’inclinaison d’une tête, la courbe d’un contour, la forme mathématique d’une attitude, la pose d’une main, la flexion d’un poignet, l’écartement d’un doigt, la saillie ou le retrait
d’une hanche, la cambrure d’une taille, les mille ondulations de cette ligne serpentine d’où résultent la beauté et le style. Cependant nous tâcherons de décrire plastiquement la pose qui termina ce gracieux poëme, aussi frais qu’une idylle de Théocrite et d’André Chénier. Après avoir voleté çà et là dans les bois de myrtes et de lauriers, après s’être reposée un instant, llocon de neige tiède, sur la blonde corniche d’un temple dont le fronton triangulaire apparaissait là-bas dans l’azur de la vision, elle rentra au nid. Elle se coucha dans ses voiles blancs, tendit le col avec des rengorgements de colombe, fit frémir comme des plumes les mousselines de ses bras, et cacha comme pour dormir sa petite tête sous son coude ployé en aile.
« L’Andalouse la plus souple, la danseuse la plus rompue aux durs exercices chorégraphiques n’aurait pu donner celte pose, d’une grâce étrange, en dehors de tous les mouvements humains», qui substituait l’oiseau à la femme, la tourterelle UK? jeune Mlle.
« Un rhythme (dus vif, plus accentué, la fil s’enlever ets’abaudonner au tourbillon delà valse.
Rien n était plus charmant et plus singulier à voir que cette valseuse solitaire, dont les paupières ne palpitaient même pas et qui tournait silencieusement, la main repliée sur la hanche avec une précision, une souplesse et une élégance incomparables. Jamais le clair de lune allemand n’argenta dans les clairières des forêts Elfe ou Wili d'une grâce plus mortellement séduisante. Dans sa ronde sur le lac, Goudron a deviné quelques-unes de ces poses.
« La valse, remplacée par une coulredanse, amena d’autres altitudes qui, pour être plus vivantes, n’en étaient pas moins élégantes et nobles comme celles des danseuses qui se détachent sur les murs noirs d’Herculanum. On lui joua même par plaisanterie un air trivial et bien connu dans les bals où la cachucha française se pratique, à la grande inquiétude des sergents de ville; forcée par le rhythme et faisant une petite moue aussi charmante que celle d’Esineralda, elle exécuta i quelques balancements d’une désinvolture pleine 'de chasteté et qu’auraient pu envier Frisette et Rose-Pompon. Pour dernière merveille, la magnétiseuse la pétrifia jusqu’à la ceinture et fit
précipiter le rbythme. Alors eut lieu un spectacle qui faisait remonter aux temps mythologiques. Le haut du corps, laissé vivant, s’agitait et se tordait, lâchant de suivre la mesure; les bras se tendaient, mais les pieds avaient pris racine sur le sol. L’idée de Daphné enveloppée par lecorce sc présenta à tous les esprits : il nous sembla voir ses doigts s’allonger en rameaux et s’épanouir en feuilles. La magicienne, sur notre prière, prescrivit à la folle danseuse de jaillir hors de sa gaine de marbre, et la danseuse recommença, jusqu’à ce que brisés, éperdus, haletants, les spectateurs eussent demandé qu’on réveillât la jeune fille de sa longue extase.
« Deux ou trois gestes de la femme noire la ramenèrent au sentiment de la réalité, et toute timide et toute simple, elle alla s’asseoir dans un coin, comme s’il ne fût rien arrivé. Non-seulement elle n’était pas fatiguée, mais elle éprouvait plutôt du bien-être, son sein 11e palpitait pas, pas une goutte de sueur ne perlait sur son front. •De tout ce qui venait de se passer, elle n’avait gardé aucune mémoire.
« Des conversations 4 'ès-animées s’engagèrent
W e les spectateurs, non que pas un mît 'en doute la vérité de l’extase, car si cette scène était jouée, cette jeune fille serait tout bonnement la première actrice de l’univers et en démontrerait à Malibran, à Rachel, à Taglioni, à Elsler, à Carlotta Grisi : mais sur l'incomparable style de ces poses, sur le phénomène étrange d’une jeune fille, tout au plus jolie, envahie soudainement par une beauté inconnue qui n’est ni la sienne, ni celle d’aucune créature vivante ; chose étonnante, cette enfant n’a jamais appris à danser et serait incapable de faire le moindre pas éveillée; elle ignore le dessin et n’a peut-être jamais mis les pieds dans un musée de sculpture, et pourtant, elle trouve des attitudes que n’iuventeraient pas les mimes les plus habiles, éî*dans les poses qu’elle prend sans la moindre conscience de ce qu’elle fait, passent les statues de Phidias, de Praxitèle, de Jean Goujon, de Canova, de Pradier; l’art grec n’a rien fait de plus pur; à de certains moments apparaissent les lignes savamment tourmentées de l’école florentine, des tournures qu’on ne croirait pas naturelles et qui sont un produit spontané de l’inspiration.
LES RESSUSCITÉS « De celle scène étrange il résulte pour nous que le style, qu’on serait tentéde regarder comme
un résultat de la combinaison de l’idéal et de l’art,
est au contraire un l'ail primitif. L’âme déliée de ses rapports humains, de ses idées de convenance et de proportion, replacée dans un milieu abstrait, imprime au corps des mouvements que l’on peut considérer comme nécessaires, et dans une justesse parfaite de concordance, puisque rien ne s’interpose entre la transmission de l’ordre et sa réception; eh bien! ces mouvements aussi dégagés de convention sociale ou d’habitude intérieure que ceux d’Eve dans l’Éden aux premiers jours de la création, se trouvent être précisément les mêmes que Phidias, Raphaël, Michel-Ange et tous les grands artistes, peintres et sculpteurs, ont fait prendre à leur figure, et qui peuvent paraître au vulgaire d’une tournure trop grandiose et trop étudiée; c’est le style au contraire qui est naturel; la civilisation, sous prétexte de simplicité et par crainte de ce qu’on appelle le maniérisme, a jeté sur les épaules de tout le monde comme des chapes de plomb, trois ou quatre contenances bêtes, qu’il faut bon gré mal gré revêtir;
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la beauté, emprisonnée comme dans une camisole de force, ne peut plus développer les lignes pures, et les sculpteurs qui chantent le blanc poëme de la forme en strophes de marbre ont l’air de poursuivre de vains fantômes. On peut dire : « Le style était au commencement, » les artistes le restituent, le restaurent, grâce à la force de l’intuition, d’après les rares fragments qu’ils en retrouvent çà et là, comme les architectes rebâtissent un temple antique sur un débris de chapiteau, et les archéologues-anatomistes une bêle antédiluvienne sur une seule vertèbre.
« Pendant ce temps-là, madame de la Fontaine, car c’était elle, s’était retirée avec Louise la somnambule, qui fait, dit-on, bien d’autres prodiges, et la conversation continuait toujours. La lune avait déjà dépassé le haut des arbres séculaires que l’on apercevait à travers la blanche colonnade, il se faisait tard, et nous nous retirâmes tout rêveur et le front penché; car un symbole effrayant se dégageait déjà pour nous de la scène à laquelle nous venions d’assister. N’élail-ce pas là, en effet, toute la vie? Cette nymphe, cette déesse, celle sainte qui venait de remettre un
polit chapeau sur sou auréole, et qui se retirait triste et morne, ne représentait-elle pas la gloire, l’amour, l’inspiration, l’idéal repris aussitôt par le réel, ce gros brutal ; la femme n’apparail-elle pas ainsi de loin belle, charmante, poétique; la gloire lumineuse et pure; l’inspiration sans sueur et sans fatigue? et quand la mélodie se tait un instant, tout ne s’évanouit-il pas? L’ange devient une petite lille, la gloire une réclame, l’inspiration un accès de lièvre : un homme, par exemple, qui s’éprendrait de cet enfant dont la beauté n’existe que dans l’extase, étal où elle ne peut apercevoir personne, ne serait-il pas le plus malheureux du monde? Vous avez connu cette torture, ô vous! femmes qui avez aimé des poètes sur leurs vers; ô vous, hommes qui avez aimé des actrices sur leur jeu. »
Beaucoup d’esprits superiiciels qui ne lisent que le litre du livre le regarderont comme la rêverie d’une imagination excentrique, et cependant, ennemi acharné des novateurs anlitraditiounels, homme d’étude et de patiente recherche, nous n’avons, dans ce livre, offert à nos lecteurs que le résumé de la haute sagesse des plus grands
génies des âges passés, sur la seule importante question qui puisse sérieusement préoccuper une intelligence éclairée, le sort de son âme après sa mort.
L’œil illuminé par le feu sacré de l'enthousiasme et en présence des cœurs qui saignent et des yeux qui pleurent, nous répétons ce mot, qui est la consolation des affligés : Bienheureux ceux qui pleurent, espoir et consolation à ceux qui souffrent, car chaque maladie, en usant le corps, est un pas dans la voie qui conduit l’homme au grand triomphe de la mort, où, déposé mortel en terre, il se relèvera et en sortira immortel.
Pénible est la route quenousavons suivie, pour les pieds doux et délicats des femmes peu habituées à cheminer dans les chemins rocailleux de la métaphysique. Mais ce|>endanl ce sont toujours des femmes que les penseurs, les hommes de lutte, ont trouvées pour compagnes de leurs dangers et consolatrices de leurs douleurs. C’est la muse au cœur embrasé du feu sacré, d’un chaste amour, qui communique au poète, dans un baiser de ses lèvres douces et rosées, le souffle de l’inspiration qui éveille en lui le génie. C’est
LES HESSUSCITfiS
Véronique qui essuie la sueur et le sang qui mouille la douce, pâle et adorée figure de son Sauveur bien-aimé, Jésus-Christ.
Les prêtres aimeront à retrouver, dans ces pages, l’écho sincère de la grande voix des Pères de l’Église et des docteurs, redisant de siècle en siècle : « Délaisse les vanités mondaines et prépare-toi à paraître devant ton Dieu. »
Enfin, tout homme de progrès, et auquel aucune branche des connaissances de l’esprit humain n’est étrangère, comprendraque nous avons tiré du magnétisme, pour tout esprit qui l’a étudié, une démonstration irréfutable de l’existence de l’âme. Pour nous, nous avons reçu déjà notre récompense, car une invincible et consolante croyance en une vie future est à jamais enracinée en notre cœur, et nous sentons avec béatitude vivre en nous une âme immortelle.
Dans notre prochain ouvrage intitulé le Monde surnaturel , résumant notre pensée, nous décrirons les êtres qui se meuvent au sein de la vie éternelle. Nous déchirerons le voile qui sépare le monde terrestre du monde céleste, puis nous aborderons un autre ordre d’idées, les idées mo-
raies. Nous verrons leur influence, par rapport au bonheur de la créature humaine en ce monde et en l’autre. Enfin nous chercherons les conditions de vie et de puissance pour les sociétés, et l’importance des prescriptions de la haute sagesse du christianisme, afin de remplacer l’anarchie par l’harmonie sociale, et faire de l’humanité une famille de frères, ayant au ciel un même père : Dieu.
Avant de terminer, qu’il nous soit permis de remercier avec une tendre effusion de cœur nos lecteurs, dont un grand nombre, non contents d’être nos frères par l’idée, se sont faits les collaborateurs de notre œuvre, sachant que nous n’étions qu’un humble écho des hautes et primordiales vérités enseignées par les plus puissants génies des siècles écoulés; ils ont propagé nos ouvrages, persuadés que ce n’était pas les paroles conçues par un cerveau humain qu’ils répandaient, mais des vérités inspirées par celui qui a parlé par la bouche des prophètes, cl qui a pour nom : Esprit de Dieu. '
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