I.ES RESSUSCITÉS
lion. L’homme a besoin de mourir selon la chair pour revivre selon l’âme. On dirait qu’à mesure que le corps s’anéantit dans un sommeil de mort, l’âme renaît dans un réveil de vie; pour les esprits qui ne comprendraient pas cette vérité, le dogme du sacrifice et de la mortification, base de la religion, serait une folie d’une insigne niaiserie. L'homme en |>assanl parla mort devient plus’ fort, plus vivant, plus perfectionné, mais son individualité persiste. Le tombeau n’est donc, pour le croyant, qu’un creuset où l’organisme s’épure en se dépouillant des scories terrestres qui le matérialisent et dont il sort admirablement transformé. C’est persuadés de cette incontestable vérité que, dès leur jeunesse, les saints se livraient sur eux-mêmes et sur leur chair vivante aux austères cruautés d’une mortification effrayante, sachantque, dans un corps mortifié, l’âme éprouve un avant-goût des béatitudes célestes. Amener dès ici-bas, par les macérations, le corps à un état d’anéantissement voisin de la mort afin que l’être intérieur puisse s’en dégager d’une manière assez complète pour éprouver, dès ici-bas, les jouissances réservées aux élus du Seigneur,
voilà la fin dernière, le but poursuivi, le résultat obtenu par une vie ascétique; voilà l'explication des paroles de l’Évangile glorifiant la souffrance, la douleur et la mort; voilà, enfin, la vérité incontestable si admirablement, et si profondément sentie par sainte Thérèse s’écriant : « Ou souffrir ou mourir! »
La philosophie, en ne professant pas dans ses écoles la résurrection de la chair, a fatalement jeté le voile du mystère sur les opérations cachées de la reconstitution de l'être humain.
Franchissant la limite qui sépare Iq temps de l’éternité, nous allons assister à ce grand travail de réorganisation résurrectionnelle qui ne décompose letre humain que pour le recomposer et le rétablir dans un état de dignité supérieure à l’état d'humaine et terrestre bassesse dont l’a délivré la mort.
Il y a dans le mot résurrection, dont l’Église catholique se sert pour exprimer ce grand travail de la reconstitution de l’être humain, un parfum mystique d’espérance qui réjouit le cœur et qui explique à l’intelligence que si l’homme descend dans le sein de la terre ce n’est pas
pour s’ensevelir à jamais dans les ténèbres de l’anéantissement, mais pour y puiser de nouvelles forces et se relever éternellement, vivant et admirablement perfectionné.
Nous avons trouvé la solution de ce grand problème dans les Pères de l’Eglise, et la religion catholique, en la proclamant dans son Credo , n’a fait que traduire la conviction de lous les auteurs animés de l’Esprit-Saint qui oui approfondi ce grand mystère des fins dernières de l'Iiom me .
Lorsque le cœur a cessé de battre, lorsque le souffle de la respiration vitale ne sort plus des lèvres, lorsque la pâleur du trépas a succédé aux couleurs de la vie cl que le corps a atteint la froideur glacée du cadavre, alors commence le travail mystérieux de la résurrection sur lequel s’étend un voile épais qui le dérobe à la vue. Soulevons ce rideau abaissé et contemplons, dans un pieux recueillement, les opéralions secrètes de la reconstitution physique et morale de l’être humain.
Les philosophies qui n’admettent que la réexistence de l’âme sont des philosophies marquées au front du signe de l’erreur. La mort est un
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état d’incubatiou, el l’Église et les apôtres, en comparant le corps à un grain mis dans la terre qui a besoin de mourir pour revivre, ont admirablement compris les analogies frappantes qui existent entre les transformations que subit le germe dans les entrailles fécondantes de la terre pour devenir plante ou arbre, et celles qui caractérisent le grand acte de la résurrection. Nous avons posé en principe l’existence en chaque homme d’un être intérieur nommé âme de la nature des anges, uni au corps par un fluide vital et spirituel, lien subtil des deux principes dout il procède; nous avons, de plus, prouvé que ce fluide est l’essence qui individualise les hommes, les développe, les fortifie, les vivifie, el contient dans sa moindre parcelle une fraction de toutes les parties de l'être humain, dont il est la vie, en sorte que l’homme physique, l’homme moral el l’homme intellectuel est contenu réellement cl en vérité sous la moindre particule de cette quintessence vitale. Cet esprit de vie réside aussi chez les animaux et dans les plantes, dont il est nonseulement l’essence vivifiante, mais encore le principe de leur reproduction générative. Soûle-
\ons le voile de mystère qui dérobe à nos yeux le travail délicat de la reproduction des êtres, pénétrons dans le laboratoire souterrain de la nature, où se désorganisent et se réorganisent, par une puissance résurrcctionnelle, les germes qui lui ont été confiés, et contemplons le gland qui, en sa qualité de germe du chèue, contient, à l’état latent et invisible, l’essence de l’arbre qui l’a produit, entrer en dissolution au sein de la terre, et, du sein de sa désorganisation, laisser se dégager un principe d'être qui, en vertu d’une puissance assimilatrice, emprunte au milieu humide où il séjourne l’esprit de vie propre à développer chacune des molécules qui composent son essence, et, fortifié par cette puissance occulte qui l’anime, parvenir à traverser victorieusement les couches ténébreuses de l’argile qui l’oppresse, s’élever laborieusement, et enfin triomphant, arriver à s’épanouir à la lumière du soleil.
L’arbre qui aura produit ce germe se trouvera lui-même reproduit dans son intégrale identité; car, chacune de ses parties étant contenue en son essence, renfermée à l’état latent et invisible dans ce germe, et chaque molécule do l’essence ayant
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été développée, toutes les parties de l’arbre se trouvent reconstituées; seulement, la nature du terrain, l’influence du climat ayant une action puissante sur les particules de l’essence quand elles se développent, il arrive que la forme et la substance de l’arbre se trouvent radicalement modifiées, si l’on confie le germe aux entrailles fécondantes d’une autre terre que celle où croit l’arbre qui l’a produit, et si, en s’épanouissant à la lumière, il respire l’air d’un autre ciel. Les plantes sont contenues réellement et en vérité dans leur essence, et renfermées dans leur germe, comme les animaux dans leur semence, les hommes dans leur esprit de vie. C'est eu vertu de celle loi que le germe reproduit l’arbre, la semence l’animal, l’esprit de vie l’homme; mais, en vertu d’une autre loi, qui n’est pas moins radicalement vraie, l’âme, délivrée des organes en dissolution par la mort, emporte dans le monde de l’éternité, à l’état de germe, l’essence spirituelle de la vie, telle que les pensées, les impressions, les actions de l’homme l’auront faite, pour qu’elle reconstitue l’individualité humaine dans son intégralité la plus parfaite; seulement,
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la jrnrlie humaine et terrestre qu elle emprunte au milieu terrestre où l’homme a vécu, où il s’est nourri, fortifié et développé, sera remplacée par une partie céleste, immortelle, incorruptible, (pie le germe humain empruntera au milieu céleste où l’âme l'aura transporté; ce sera, en conséquence, la même âme animant la même chair, revêtue, en plus, d’immortalité, lorsque l'homme est sur la terre eu vertu d'une loi de son organisme déchu, son existence est une existence animale; mais lorsque l’homme est dans le monde de l’éternité en vertu des lois de son organisme ressuscité, sa réexislencc sera diabolique ou angélique, mais elle ne peut plus être animale.
Si le climat et le milieu social où se développe la race humaine lont subir à la structure de ses traits cl à la nature de son tempérament d’importantes modifications, il est hors de doute qu’un cire formé dans le monde de l’éternité par la résurrection sera infiniment supérieur à uu être formé dans un milieu terrestre; aussi le germe que lame emporte, et qui est l’essence de l’homme physique, moral et intellectuel, nourri
al; ciel et dans i/enfek.
cl vivifié par un souffle d’éternelle vie, reconstituera l’individualité, mais transformera les organes imparfaits, bornés, corruptibles, qui entretiennent en lui la vie sur la terre, en d’autres organes parfaits, subtils et immortels, qui, au lieu de masquer l’âme et d’enchaîner ses manifestations souveraines et infinies, la laisseront libre cl toute-puissante par leur extrême délicatesse, qui échappera à toute altération, et se prêtera merveilleusement au développement des facultés prodigieuses de cet ange intérieur. L’homme, non-seulement, par la mort, se dépouille des infirmités que dans sa vie il a empruntées à Y humus terrestre qui l’a nourri et vivifié, mais il s’assimilera dans l’autre monde les éléments spiritualisés d’une vie éternelle. Entrevoyant cette sublime métamorphose de l’homme dans la résurrection, l’apôtre saint Paul, enivré de poésie, d’amour et d’enthousiasme, s’écriait : « Le corps des morts, comme la semence, est mis en terre, prêt à se corrompre ; mais il ressuscitera incorruptible; il y est mis difforme et sans éclat, mais il ressuscitera glorieux ; il y est mis faible, il ressuscitera plein de force; il y est mis
LES RESSUSCITÉS corps animal, il ressuscitera corps spirituel! » Examiuons la faculté que donne la résurrection, tout en laissant persister le caractère propre à l’individualité de chacun, pour que dans l'éternité la jouissance comme la douleur soient infinies.
La réexiste lice de la personnalité humaine, corps, âme et esprit, et la persistance de sou individualité, doivent porter les lionunesà travailler dès maintenant à préparer eu eux, dans la pureté et la vertu, un organisme digne de ressusciter dans la gloire; car nous portons en nous, à l’état d’essence, le germe de notre perfection future. La mort, tout en révélant l’homme d’une chair immortelle et d’un organisme intellectuel intinimenl parfait, respecte le caractère de l’individualité physique et morale de l’homme, comme le germe transplanté dans un sol plus fécond conserve à l’arbre qu’il produit sa nature, tout eu la [lerfeclionnanl. Saint Paul, le grand ma lire en métaphysique de tous les songeurs religieux, se trouve admirablement d’accord avec nous sur ces hautes vérités, et pour démontrer que la mort, tout en perfectionnant l’organisme
humain, respectera en chacun les caractères personnels à son individualité, il a recours celte comparaison des astres et des corps ressuscités, lorsque, dans son beau passage sur la résurrection, il dit: « 11 y a aussi des corps célestes, il y en a de terrestres, et l’éclat des célestes est différent des terrestres; autre est la clarté du soleil, autre est la clarté de la lune, autre est celle des étoiles, et les étoiles ne sont pas toutes égales en lumière : il en sera de même des morts lorsqu'ils ressusciteront; chaque homme a ici-bas un rayonnement qui lui est propre; ce rayonnement peut être apprécié de tous : dans les yeux, d’où il jaillit en regard; sur les lèvres, qu’il anime de la lumière du sourire. Les morts conserveront , même après leur résurrection, le rayonnement de l’esprit de vie qui les individualisait ici-bas; il y a des yeux où resplendissent les lueurs céleslesdu paradis, d’autres où brûlent perfidement les so^ubres feux de l'enfer. Nous croyons, sans être superstitieux, que les yeux reflètent l’étal où se trouve l’esprit, et nous aimons à penser que, l’esprit étant l’essence, et l’essence étant le germe de notre résurrection, l’individualité mise
LES KESSISCITHS
eu terre se relèvera immortelle et transligurée , et conservera les qualités personnelles qui nous attiraient \ers elle par les liens mystérieux d’une tendre sympathie, et que le charme et la grâce, ces deux manifestations du souille lumineux de la vie, seront respectés par la mort.
Les hommes qui, comme nous, ont consacré leur temps à l’élude des manifestations de l'âme, cl qui ont puisé leur science, non dans les livres, mais dans les expériences du somnambulisme, savent parfaitement que la partie spirituelle de l’homme, que Ion nomme fluide magnétique, contient l’être moral, physique cl intellectuel dont il émane; que c’est lui qui le reproduit dans l’acte de la génération ; ils ont remarqué, de plus, que chez certains sujets, en animant l’âme de sa lumière, il la dégageait partiellement de l’enveloppe périssable de la chair qui la recouvre, et Lieu qu’encore voilée, en cet état, par l’organisme, ils ont observé qu’elle 1 élira nsperçail lucidement, comme la llamme lumineuse d’une lampe transperce de ses rayons le globe de cristal dépoli qui l’entoure; ils ont de plus constaté que, dans cet étal, l’âme acquérait les
facultés que les philosophes sacrés attribuent aux âmes des ressuscités dégagés de leurs corps; enfin, persuadés, avec les plus renommés penseurs, que l’âme emportait, à l’étal de germe, cet esprit qui est la vie, ils ont acquis la certitude que la personnalité humaine contenue en cette essence spirituelle de la vie était reconstituée dans le inonde de l’éternité. Le sommeil lucide auquel le magnétisme donne naissance, les ravissements extatiques auxquels l’on arrive par la mortification et la contemplation, les crises de catalepsie et d’hystérie, qui, dans certains cas, délivrent en partie l’âme des liens de la chair; enfin tous les états qui engourdissent dans une mort momentanée l’organisme matériel, ont offert à leurs regards des actes de vision surnaturelle, image évidente des facultés dont jouiront les ressuscités dans leur réexislence éternelle. Aussi tous, avec une conviction basée sur des faits incontestables, se sont écriés des lèvres et du cœur avec nous : « Credo in resurrectionem mortuomm. Je crois à la résurrection des morts. »
Les corps des ressuscités, rendus indestrne-
tibles par la résurrection, jouiront, durant l’éternité, d’un organisme capable d’endurer, sans en être altéré, les jouissances les plus immenses et les douleurs les plus véhémentes; ils connaîtront les pensées non exprimées; le passé, le présent, l'avenir, seront pour eux sans mystère ; ils assisteront à ce qui se passe dans tous les lieux des mondes. L’homme a pour destinée de réexister et )>asser l’éternité de sa réexistence avec les anges, si son âme, étant éclairée de l’esprit de lumière lorsqu’elle quitte le corps, est en conséquence semblable aux anges, ou avec les démons, si son âme, possédée par l’esprit de ténèbres, est semblable aux diables. Ces merveilleuses facultés, ces prodigieuses et admirables propriétés, cet accroissement de sensibilité, enfin cette supériorité d’intelligence que l’homme nuise dans la résurrection, dans les vues de la Providence, ne sont accordés aux bons que pour qu’avec un organisme infiniment sensible ils puissent goûter dans sa plénitude infinie l’éternelle béatitude du ciel, cl infligés aux méchants, pour qu’ils puissent souffrir infiniment les tourments éternels de l’enfer.
Un jour, Jésus étant monté sur le sommet du Tliabor, avec trois de ses disciples, il fut transfiguré devant eux : son visage devint brillant con> me le soleil, ses vêtements blancs comme la neige; en même temps ils virent paraître Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Semblables aux disciples du Christ, enivrés de béatitude et d’amour, suivons Jésus sur la montagne sainte, et à la douce et splendide clarté qui auréole divinement la tête sacrée du Fils de Dieu, nous apercevrons les justes ressuscités, dont la personnalité reconstituée et perfectionnée brille au ciel d’une gloire éternelle!