‹ Les ressuscites au ciel et dans l'enferChapitre 6 sur 23 · U I,ES RESSUSCITÉS · texte numérisé non relu

U I,ES RESSUSCITÉS

les lois primordiales de l’ordre surnaturel établi

par Dieu, et d'enseigner les moyens employés par

les saints aün d'amener leur nature à un degré

de perfection suffisante pour renaître dans la

gloire.

C’est un problème important, c’est même la seule chose nécessaire ici-bas, que de s'efforcer d’arracher son âme aux tourments terribles de l’enfer. Aussi pensons-nous que, malgré le bruit tumultueux des intérêts matériels, notre lecteur, se recueillant en lui-même, appliquera son attention à celte démonstration ; car, à mesure que l’on avance dans le chemin de la vie spirituelle, l’âme se sent éclairée d’une lumière plus pure, et dans les cœurs flamboie la vive flamme du désir du ciel.

Il y a une vérité plus claire que le soleil, el qui cependant est tous les jours mise en doute par les hommes atteints de myopie intellectuelle : c’est que, si tous les hommes marchaient dans le chemin du ciel, la terre deviendrait un véritable paradis. En effet, la première manifestation en l’homme, de la grâce, est la charité, qui change rimmanitéen une famille de frères s’aimant en

Dieu et par Dieu . Depuis le péché originel, l’anarchie sociale a succédé à l’harmonie. Nous portons en notre chair un principe mauvais, qui, semblable à l’hydre de Lerne, a sept tètes, dans la gueule de chacune desquelles s’agite un dard menaçant. C’est ce monstre qui fait de chaque homme un être plus dangereux pour son semblable que les tigres, les lions et autres animaux féroces; c’est ce reptile, vivant en la chair de chacun de nous, qu’il faut crucifier pour amener sur la terre le règne de Dieu. Bien qu’il soit enchaîné par les lois humaines, ce terrible et rusé serpent parvient facilement à tromper les regards de la justice, et à faire couler ici-bas des larmes et du sang.

L’homme, depuis le péché d’Adam, naît enfant du démon, et son âme, au lieu d’être un ange intérieur, est un diable intérieur. Cette vérité, admirablement comprise par le christianisme, a donné lieu au baptême, sacrement qui est un véritable exorcisme, dans lequel le prêtre prononce sur la tète de l’enfant ces remarquables paroles : « Sors de cet esprit, de ce cœur, de cette âme. » La religion, dont le but est de relier

76 LES liESSl'SCITÊS

les hommes à Dieu, s'efforce de nous donner les moyens d’arriver au ciel, en transformant les fils des ténèbres en fils des lumières. Car le royaume des cieux est le ]>arlagc de tous les hommes qui, entrés dans la vie, possédés, selon l'Écriture, par l’esprit de Satan, atteignent le but suprême de leur destinée, en en sortant animés de l’esprit de ^ l)icu. Car il faut, suivant l’expression si poétiquement vraie du catholicisme, pour être sauvé de la damnation éternelle, mourir en état de grâce; c’est-à-dire que l’âme, éclairée de la grâce, animée de la vie même de Dieu, soit semblable eu pureté aux anges des lumières, qui, semblables à des soleils resplendissants rangés par ordre de clarté, entourent le Tout-Puissant.

Il faut que l’hydre aux sept têtes, que l’on nomme péché, soit crucifiée par la mortification de notre chair; car sans cela, monstre affamé cherchant une proie à déchirer, il ouvre scs gueules menaçantes dans chacune desquelles frétille un dard venimeux et met dans l'œil de l’homme le regard cruel d'une hyène en furie; sur ses lèvres, une bouche de serpent à la morsure empoisonnée; dans ses mains, un couteau

pour sc (rayer un chciniu au détriment de ses l'rères et pouvoir donner en pâture à la tête de son orgueil des honneurs, à celle de son avarice de l’or, à celle de sa luxure des plaisirs charnels, à celle de son envie le sang de ses rivaux, à celle de sa gourmandise du vin, à celle de sa colère les larmes de son prochain, à celle de sa paresse le fruit du labeur des autres. S'il est une science supérieure, c’est sans contredit celle qui enseigne à triompher de cet ennemi intérieur qui est en nous; mais, pour arriver à cette victoire, il faut que la grâce de Dieu soit notre force, cuir, sans elle, l’homme est impuissant à renverser ce premier obstacle qu’il rencontre sur le chemin du ciel et à poursuivre le glorieux pèlerinage du royaume de Dieu.

Pour être digne du paradis céleste, il faut que l’homme, coopérant de cœur à l’action intérieure de la grâce en lui, reprenne possession de tous ses droits et prérogatives que le fléché lui a ravis, ha première est sans contredit la souveraineté sur ses passions, et, pour leur commander en maître, il faut nou-sculcinenl avoir constamment vivant eu sou souvenir les mœurs

d'un Dieu que Jésus-Christ est venu donner en spectacle à l’humanité, mais encore sentir en soi la force divine qui transforma les disciples timides eu apôtres dévoués jusqu’au martyre.

L’orgueil est le premier enqemi qu’une âme lorlifiéc par la vertu divine de la grâce doit étouffer. Nous allons examiner ce sanglant sacrifice dans lequel la chair saigne sons le couteau de l’âme élevée à la dignité auguste de pontife par la grâce, cette céleste lumière de l’esprit de Dieu, qui devient sa vie et sa force ici bas, en attendant qu’elle soit sa globe et sa béatitude dans l'autre monde.

La grâce de Dieu, en illuminant l'âme du chrétien d’une clarté divine, montre à son regard profond les splendides réalités du monde invisible et le néant chimérique des honneurs et des dignités de ce monde. Plein de dédain pour les vanités passagères, il sera l’âme des faibles, des petits, des délaissés, non dans un but ambitieux, pour exploiter leur faim et armer leur main du fer homicide de l’émeute, mais parce que, dans chaque pauvre, il voit, aime et secourt son sauveur Jésus-Christ. La grâce de

Dieu, en donnant à 4’âme un avant-goût de la béatitude des cienx, a détourné le regard et le cœuié du chrétien des richesses périssables et a ouvert ses bras aux souffrants et sa bourse à ceux qui manquent de pain. Au lieu de placer son or dans les spéculations, il le place habilement en le donnant à l’indigent, préférant, aux richesses périssables de la terre, la richesse impérissable du ciel. Le monde, chrétien de nom, est resté païen de cœur; sans intuition philosophique, il recherche premièrement les honneurs et les richesses de ce monde et ensuite le royaume de Dieu.

La grâce, en donnant à l’âme la force de commander à ses passions, a remplacé les convoitises licencieuses d’une chair révoltée, par Tamoui’ et la chasteté. C’est la luxure qui crée cette effroyable infortune morale que Ton nomme les filles de joie, et produit ces malheureuses créatures qui, flétries, dégradées, l’œil fiévreux, le teint fardé, vaguent la nuit, à la lueur du gaz, la mort dans le cœur, le rire de l'impudence aux lèvres, les seins et la poitrine au vent, les pieds daus la fange, poursuivant l’amant anonyme qui

LES ItESSUSCITÉS

sc détourne d’elles avec dégoût cl mépris; c'est elle qui revêt d’une vieillesse prématurée ces jeunes gens nés jiour être la consolation dftîeur famille et la gloire de leur patrie, voûte leur taille, dénude leur crâne de cheveux, ronge leur teint de rougeurs morbides, épuise leur vie, cerne leurs yeux, envenime leur sang, ruine leur santé et éteint en leur cœur, jeune encore, celle llammc douce et brillante de la poésie qui les taisait nobles, beaux, enthousiastes et aimants. Non contente de dégrader cette belle race de France, (pii a toujours su verser son sang pour la cause sacrée de la justice, de la vérité, et de rendre trop lourde pour les mains des fils l’épée que leurs ancêtres tiraient avec une si chevaleresque courtoisie pour la défense des faibles, de la veuve et de l'orphelin, ainsi que pour la gloire de la patrie, elle a honteusement chassé du cœur des hommes de ce siècle l’amour. Aussi, aujourd hui, la femme ncsc conquiert plus, elle s’acquierlü! 9

Sans chasteté l’amour devient une chimère, et le mariage un contrat iguoble dans lequel une douce et pure jeune iille, élevée par une mère

AU CIEL ET DANS L'ENFER. 8t

chrétienne dans une atmosphère de vertus et de croyances, ange au regard limpide comme l’azur du ciel, au sourire innocent, à la physionomie gracieuse, au cœur bon et aimant, à l’ânie fervente, au front serein, s’unit, ignorante du vice, à un impudique débauché, qui, le cœur sans amour, l’âme éteinte, le corps usé, le sang venimeux, les lèvres sans sourire, flétrit par son ignoble contact sa pureté virginale, et change en couronne d’épine la blanche couronne de fleurs d’oranger qui s’épanouissait, radieuse comme l’espérance, à son noble et pur front de fiancée.

Lorsque le souffle de la vie est condensé par la chasteté, et que l’âme, animée de la grâce de Dieu, se sent embrasée de l’amour infini de son Dieu, alors le cœur qui a toujours besoin d’aimer, choisit, pour verser les flots de tendresse et d’amour qui le remplissent, les malheureux, les souffrants, les délaissés de la terre; et la chasteté, sous l’humble habit de bure de la sœur de charité, aime et élève les enfants abandonnés, soigne les malades, panse les blessés, visite et soulage les pauvres, et donne des preuves de tendresse et d’amour, d’une plus vive sollicitude à

LES RESSUSCITÉS la grande famille des pauvres, des infirmes, des soufflants, des malades, des orphelins, que la beauté n’en a jamais reçu de l’amant le plus exalté.

Ces feux de l’amour, contenus en l’homme par la chasteté, sont semblables aux flammes du bûcher d’Hercule, qui en le consumant le faisait Dieu.

■/âme animée de la grâce est transportée dans des sphères trop élevées, possédée d’un amour trop infini et trop divin pour pouvoir être accessible à l’envie, qui, serpent venimeux, non contente de déchirer les autres d’une morsure empoisonnée, finit par déchirer le cœur de l’homme qui n’a pas étranglé celte tête perfide de l’hydre de la chair. L’âme possédée de la grâce de Dieu, cl ravie en extase, préfère les saints transports de l’inspiration divine à celte ivresse matérielle qui hébète lecerveau, trouble la raison, enflamme le sang, use et dégrade le corps, et fait descendre l’homme au rang d’un animal immonde, batailleur et dangereux.

La grâce, en rendant à l’homme J’empire sur lui-même qu’il a perdu depuis le péché originel,

a élouffé eu lui l’hydre de la colère qui, au moindre froissement, la transforme en une bête sauvage altérée de sang et de carnage, au regard féroce, qui s’élance, ivre de furie, sur son semblable, pour le mettre en pièces; enfin la grâce, en s’emparant d’un homme, détruit en lui la paresse inhérente à son indolente nature, vice qui l’engage perfidement à escroquer le fruit des labeurs des autres, et qui change le monde en une véritable caverne de voleurs. En sorte qu’aujourd’hui, suivant une idée profondément philosophique émise par Adolphe d’IIoudclol, il ne faut faire qu’un métier, mais il faut en savoir deux : celui d’honnôle homme et celui de fripon.

Il faut que les sept tètes de l’hydre de la chair soient broyées en l’homme, avant qu’il puisse exercer la charité, qui est composée de sept vertus qui sont la manifestation d’une âme animée de la YtfLdivinc de la grâce, et qui naissent par la mort des sept péchés capitaux, qui sont les sept gueules de l’hydre perfide de la chair. Ainsi, si chaque homme tuait en lui l’hydre du péché, et renversait ce premier obstacle qui, serpent veni-

meux, lui barre le chemin du ciel, son ambition orgueilleuse ne répandrait pas le sang de ses frères, et ne ferait pas corder leurs larmes pour arriver aux honneurs; son avarice n’extorquerait pas frauduleusement leur or, et n'exploiterait pas inhumainement la faim du pauvre, celle de sa femme et de ses enfants; sa luxure ne flétrirait pas, ne dégraderait pas, ne foulerait pas aux pieds, dans la boue ignominieuse d’un déshonneur irréparable, la jeune fille dont le seul tort n’a été, souvent, que de croire à la loyauté de ses serments; son envie ne détruirait pas la réputation de ses rivaux ; sa gourmandise 11e le transformerait pas, pour ses semblables, en une bêle enivrée de vin ; sa colère, en un animal furieux altéré de vengeance; sa paresse, en un fripon qui extorque le fruit du travail des autres.

Les lois sont impuissantes à créer la liberté et la fraternité ici-bas. Les révolutions victorieuses

peuvent brûler les fauteuils dorés que roa nomme des trônes, et écrire sur les murailles : Liberté, égalité, fraternité; mais, un peuple se composant de l’homme multiplié par l’homme, il faut, pour qu’un peuple soit libre, qu’aupa-

ravant les hommes qui le composent soient libres de l’esclavage de leurs passions, qui les rendent des tigres an li fraternels pour leurs semblables.

f/âme étant délivrée de l’esclavage terrible de la chair, elle manifeste sa puissance divine et se montre bile de Dieu par des actes de souveraineté miraculeuse, en domptant les éléments, en chassant les démons, en guérissant les malades, en prophétisant l’avenir par la vertu de l’Esprit- Saint qui habite en elle. Celte vérité a été de tout temps la croyance de l’Église catholique, qui regarde les prodiges opérés comme un signe divin qu’un homme marche dans le chemin du ciel, et qui exige qu’un saint ail opéré au moins quatre miracles authentiquement constatés, pour le présentera la vénération des lidèles. Depuis le péché d'Adam, l’homme a perdu sa souveraineté sur la nature; il est l’esclave des éléments révoltés contre sa domination. Mais ceux qui marchent sur la trace sanglante des pieds de Jésus arrivent comme lui à calmer la furie des tempêtes et à apprivoiser la férocité des animaux les plus dangereux, qui reconnaissent qu’en lui le Tout-Puis-

saut, créateur du ciel et de la terre, réside eu

esprit et en vérité.

Dans ce siècle de religiosité, où la religion a cessé d'être une croyance et une passion, pour devenir simplement une opinion, où, par une • définition absurde, le prêtre a été appelé un officier de morale, il est parfaitement rationnel que l’on traite la croyance aux démons de rêverie de bonne femme, destinée à épouvanter les peuplesenfants.

Cependant, plein de foi aux esprits, nous allons démontrer la puissance, que le saint reçoit par l'esprit de Dieu, de leur commander.

Il est parfaitement vrai, malgré l’opinion émise par M. Eudes de Mirvilledans sou savant et consciencieux ouvrage sur les esprits et leurs manifestations fluidiques, que, dans les conditions de vie actuelle de riuunauilé, le diable se manifeste très-peu. Car habituellement il n'attaque que ceux qui, morts au monde et à la chair, sont dans le chemin du ciel. Il fait la guerre aux âmes et s'efforce de les perdre, comme le démontre la lecture attentive de la Vie des Pères du désert, de leur union avec les anges et de leur combat avec les

Al! CIEL ET DANS L'ENFER.

démons, qui ne s'offrent qu’à la vue des âmes dégagées de l’enveloppe périssable des sens, et qui » commencent à renaître. Ils réveillent rarement, par leurs apparitions, les âmes endormies dans les hommes adonnés exclusivement aux intérêts terrestres, qui vivent ici-bas sans souci de leurs destinées éternelles. Mais la grâce, qui est la Ibrce des saints, dompte les esprits de ténèbres parla puissance de celui devant qui tout genou fléchit, au ciel, sur la terre et dans les enfers.

Parmi les puissances miraculeuses laissées par Jésus à ses disciples, il faut mettre en première ligne la guérison des malades et des infirmes, par la seule imposition des mains.

Nous avons, pour preuves de la réalité des cures miraculeuses, les promesses formelles de Jésus-Christ, les cures surnaturelles opérées par les saints durant leur vie, et par leur précieuses reliques après leur mort, enfin le mol curé qui vient du mot latin curare , qui signifie guérir les maladies.

Celte puissance, promise à ceux qui auront cru par le Sauveur, est le résultat du recueillement intérieur et des œuvres d’édification par les-

quelles les membres deviennent réellement les temples de l'Espri l-Saint qui parle par la ôouck* des prophètes, et qui, rayonnant- divinement des ■ mains imposées sur les infirmes, dissipe les ténèbres de la maladie comme l’astre du jourcliasse, au matin, les ombres de la nuit. Les Pères de l’Église étaient si persuadés de celle vérité, qu’ils avaient un même mol pour désigner la sainteté et la santé, le mol salus.

Récapitulons les vérités proclamées par nous, cl que nous allons, dans l’étude des différents cultes, retrouver voilées sous des mythes, des symboles et des allégories.

L’homme est un composé de trois parties :

l'âme, l’esprit et le corps.

L’âme, être de la nature immatérielle des esprits qui peuplent le monde de l’éternité, est donnée par Dieu à chaque homme, au moment de sa naissance. Après la mort du corps, elle emporte à l’état de germe l’esprit, essence sous laquelle l’homme physique, moral et intellectuel, est contenu réellement et en vérité, et qui reconstitue sa personnalité dans l’autre monde. Toutes les fois que l’enveloppe périssable des sens qui

recouvre l’âme est annihilée, il y a des commencements de résurrection qui présentent une esquisse de l’état futur des merveilleuses facultés des ressuscités.

La destinée de l’homme sur la terre est de parvenir à transformer son aine d’ange des ténèbres en angC des lumières. La première victoire que l’homme est obligé de remporter pour entrer dans le chemin du ciel est sur ses passions mauvaises, qui en font un tigre pour ses semblables; la seconde, sur les esprits des ténèbres, qui n’apparaissent habituellement qu’aux âmes qui, par le jeune et les œuvres de mortification, ont réduit leur chair et ses convoitises en servitude.

Au jour de la mort, les âmes possédées de l’esprit des ténèbres iront dans l’enfer; celles qui à ce moment suprême seront possédées par l’esprit des lumières iront au ciel, qui appartient aux natures inspirées et passionnées qui ont plus aimé leur prochain qu’elles-mêmes, et qui ont donné l’or de leur bourse aux pauvres, le sang de leurs veines à la vérité éternelle; car Dieu, en sa justice, ne confondra pas à jamais les

bons avec les méchants. Sans cela, comme Brulus expirant, l’humanité serait en droit de blasphémer le ciel en s’écriant : « Vertu, lu n’est qu’un mot! »

LA ME FUTÜHeJcHEZ LES PEUPLES DE l'aNTIQUITÉ

La descente des héros aux enfers n’est que la révélation des cérémonies mystérieuses de leur initiation dans les sanctuaires de l'antique Orient.

Nous avons posé les principes primordiaux de l' éternelle vérité, tels que, dans l’extase d’un ravissement divin, les voyants, avec les yeux de leur âme, les ont aperçus dans leur incontestable réalité. Maintenant il nous reste à connaître les

voiles symboliques d’une allégorie révélatrice que les génies illustres qui se sont faits les instituteurs du genre humain ont étendus entre le foyer éblouissant de l’éternelle vérité et l'humanité déchue, dont la faible vue n’aurait jamais pu en supporter le foudroyant éclat.

Ces chapitres seront, nous l’espérons, un pas tenté par l'esprit philosophique de ce siècle dans la voie du progrès, qui est une gravitation divine des peuples vers Dieu, et une preuve manifeste que nous (que certaines cervelles légères ont traité à' aliéné, terme qui signifie étranger), nous avons pu rester étranger, par dignité de cœur et noblesse de sang, aux préjugés impies, aux chimères sociales, aux rêveries baroques, au rationalisme pédant des hommes qui déshonorent actuellement la philosophie, mais que, homme de tradition, nous ne sommes demeuré étranger à aucune des institutions religieuses qui ont civilisé l’humanité.

Nous avons fait connaître la vérité dans sa splendide nudité. Nous allons maintenant la contempler habillée, ou plutôt revoilée par l’imagination poétique des révélateurs. Nous avons fait

Al CIEL ET DANS L'ENFEU.

voir à nos lecteurs la vérité sans voile ni symbole; voyons maintenant comment les instituteurs du genre humain l’ont manifestée aux nations encore assises à l’ombre des ténèbres de la mort, et surtout examinons les sources où ils ont puisé l’eau limpide de la vérité, qu’ils se sont efforcés de présenter à l’humanité dans la coupe du beau.

Il y a deux influences dont il est sage de tenir compte dans l’examen philosophique d’une révélation : le milieu social et intellectuel où l’intelligence du révélateur s’est développée, et surtout les mœurs des peuples auxquels cette révélation s’est adressée; car il est certain que tout révélateur qui a accepté la pénible mission de déposer la vérité dans le cerveau d’un peuple, doit s’exercer à employer les images les plus propres à la rendra visible aux yeux de l’intelligence, souvent faible et débile, de cette nation. Sans cela, sa révélation serait impuissante à rien révéler à ce peuple, dont elle fatiguerait vainement l’attention.

Nous allons esquisser d’un crayon rapide l’enfer et les champs Élysées des peuples de l’an-

LES RESSUSCITÉS tiquilé. Car le souvenir de tout homme instruit garde gravé en lui les tableaux de ces lieux merveilleux, que, de leur divin et poétique pinceau, Virgile et Fénelon ont peints aux yeux ravis de sa jeune imagination. Nous examinerons nonseulement la description des lieux, mais nous étudierons l’état des ressuscités, tel que nous l’ont enseigné ces poètes du monde païen qui charmèrent notre jeunesse aux accords divins de leur lyre d’or, lorsqu’ils se faisaient l’écho des croyances des peuples de l’antiquité sur l’important mystère des destinées éternelles.

Ce que les hommes vulgaires et sans profondeur d’esprit méprisent comme des fables, ce sont pour les esprits intuitifs, qui découvrent la vérité sous l’écorce des mots, des symboles sous le voile desquels la sagesse antique prenait plaisir à cacher les réalités invisibles de l’ordre surnaturel et les enseignements sacres des initiations de l’antique Orient.

L’entrée de l’enfer était une caverne funeste à tous les animaux qui osaient en approcher; on y descendait par une pente rapide environnée de ténèbres horribles, chemin qui conduisait au

bord du fleuve marécageux du Styx, où erraient les ombres des morts laissés sans sépulture, et auxquels l’impitoyable Caron refusait inexorablement de leur donner accès dans sa barque, afin de les conduire dans l’Erèbe, lieu où trônait Plulon, roi des enfers. A peine entrées dans cette partie des enfers, les ombres étaient jugées par trois juges, Éaque, Mi nos et Rhadamanle, et, selon qu’ils avaient bien ou mal vécu, ils étaient torturés dans le Tartare ou récompensés dans les champs Elysées. Le Tartare était un brasier ardent dans lequel les Furies tourmentaient les condamnés par la justice divine à un éternel châtiment : les principaux criminels dont la mythologie relate la punition étaient Sisyphe roulant un rocher qui retombait sans cesse, Ixion attaché à une roue par des couleuvres, les Danaïdes remplissant des tonneaux percés, Tantale dévoré par une soif ardente et une faim atroce et voyant fuir devant ses mains avides les vins exquis et les fruits dorés qui l’entouraient lorsqu’il voulait les saisir pour assouvir sa faim et désaltérer sa soif.

Évitons le Tartare, et entrons darts les champs

É lysées, ce paradis des païens que les poêles représentaient dans leurs vers comme un jardin odoriférant où régnait un air tiède et parfumé qui mêlait aux fleurs du printemps les fruits de l’automne, où les oiseaux chantaient et où le jour ne finissait jamais. Ce lieu était, avant tout, pour les Grecs et les Latins, un lieu de paix et de lumière. Fénelon a résumé celte croyance daus quelques lignes d’une admirable justesse, lorsqu’il dit : « Une lumière pure et douce se répand autour des corps de ces hommes justes, elles environne de ses rayons comme d’un vêlemeql. Celte lumière n’est point semblable à la lumière sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, et qui n’est que ténèbres; c’est plutôt une gloire céleste qu’une lumière. » Les passions et les souffrances et tous les maux qui affligent l’humanité étaient • bannis de ces lieux, dont les justes habitants

goûtaient, dans l’ivresse céleste et le ravissement divin, les ineffables délices d’une félicité sans fin.

Nous allons examiner l’idée que les anciens avaient de l’étal dans lequel on revivait aux enfers. Nous reconnaîtrons que le dogme de la per-

sislance de l'individualité humaine au delà du tombeau était la base de leur croyance, et que la description des enfers était tout simplement un souvenir des mystères de l'antique Orient, auxquels les recherches de l'érudition moderne ont démontré que tous les civilisateurs, révélateurs et législateurs avaient été initiés.

Nous allons donner la description des cérémonies de l'initiation aux mystères d’Isis, et nous y retrouverons facilement la source où l'antiquité païenne a puisé les descriptions de la descente de ses héros dans l’enfer. Tout homme d'intelligence qui a étudié la franc-maçonnerie trouvera, avec raison, que nous avons tort de nous appesantir sur des questions qui sont pour lui, depuis longtemps, hors de doute; mais le monde catholique se tenant volontairement en dehors du monde maçonnique, et étant, par conséquent, étranger aux mystérieuses cérémonies de l’initiation et aux hautes vérités philosophiques que l’on y enseigne, nous croyons utile de lui apprendre de quelle manière les fondateurs de la religion grecque, qui étaient tous des initiés, ont revoilé, dans leur très-poétique révélation, les

98 LES RESSl'SCITÉS

cérémonies de l'initialion égyptienne sous les symboles de la descente aux enfers. La description des champs Elysées et du Tartarc. n’est pas seulement une œuvre d'imagination, mais encore une œuvre de mémoire devant laquelle l’artiste et le poëte se sentent profondément remués, car derrière resplendit l’éblouissante clarté de celui qui, buisson aillent, inspirait Moïse en répandant sa lumière en son âme.

Us ombres des morts, dans les croyances des peuples de l’antiquité, étaient formées par l’esprit vital qui, sur la terre, les avait individualisés, et qui, se détachant de leur cadavre, livré aux flammes du bûcher, s’envolait au monde de l’éternité, où il reconstituait, d’une manière indestructible , leur personnalité; en conséquence, l’ombre conservait les traits du défunt, ses sentiments, ses idées, en un mot, l’individualité évanouie, se sentait revivre en son corps, en son esprit, en son âme, dans l’ombre qui persistait pour être punie ou récompensée des actes accomplis par elle pendant son séjour sur la terre. Les poêles de l’antiquité, désireux de conserver avec une scrupuleuse exactitude aux ombres des

morts le caractère physique et moral qui les particularisait sur la terre, ont fait reconnaître, par les héros descendant aux enfers, certains morts à leurs blessures, dont les cicatrices demeuraient visibles; ils admettaient même que les chagrins qui avaient affligé l’homme durant sa vie ne seraient pas abolis par la mort; et Virgile aux enfers nous montre Didon affligée de la trahison d’Knée et fuyant sa présence. Tous les génies de l’antiquité ont proclamé : 1° la réexistence de l’homme; 2° la persistance de sa personnalité; 3” son immortalité; 4° son bonheur ou son malheur éternel, selon qu’il aura été méchant ou bon envers ses semblables. Quant à la description des lieux où ils placent les ressuscités, et aux joies et aux tourments qu’ils supposent être leur partage, il ne sera pas sans intérêt de remonter à la source où leur imagination a puisé ces images qui, chantées par les poêles, retracées par le pinceau des artistes, sont présentes à tous les yeux, et, malgré le triomphe du (Ihrist, vivent immortelles dans le souvenir des peuples.

Lorsqu’un homme sentait en son Ame un avide

100 LES RKSSUSCITÉS

besoin de connaître la vérité, il se rendait en Orient et marchait d’un pas ferme et résolu vers la grande pyramide de Memphis, qu’il gravissait jusqu’à la seizième assise, où se trouvait une fenêtre taillée dans le granit, qui jour et nuit restait ouverte. Là s’ouvrait devant l’aspirant une galerie froide, humide, où, une lampe à la main, il s’avançait en rampant. Après de longs détours, il atteignait un puits à large orifice d’où sortait une fumée noire et épaisse. Les mythologues ont représenté ce puits comme un gouffre servant d’entrée pour descendre dans les enfers. Dans l’intérieur de ce puits se trouvait un escalier taillé dans le roc, qui conduisait l’initié à une galerie des deux côtés de laquelle s’ouvraient des caveaux dans lesquels étaient placées des statues de basalte disposées de manière à ce que, projetant à la lueur de sa lampe leur image fantastique, elles effrayassent son courage. Iæs poêles ont fait de ces visions les ombres des trépassés qui voltigeaient autour des héros descendus vivants dans les enfers. Enfin l'aspirant arrivait à une grande porte gardée par trois hommes armés d’épées, coiffés de casques en forme de tète

de chacal. Ces gardiens, dont la Fable a fait le monstre Cerbère, s’avançaient vivement sur lui. Un d’eux, le prenant à la gorge, lui disait : « Passe si tu l’oses, mais garde-toi de reculer, car nous veillons jour et nuit à cette porte pour nous opposer à la retraite de ceux qui l’ont franchie et j»our les retenir à jamais dans ces lieux souterrains. » S’il continuait sou chemin, il se trouvait dans une salle voûtée. A droite et à gauche s’élevaient deux bûchers dont les flammes s’enlre-croisaicnl. Il fallait que l’aspirant franchit cette fournaise ardente. A peine sorti de ce brasier en feu, il se trouvait en présence d’un torrent qu’il était forcé de traverser à la nage. A peine avait-il abordé à la rive opposée, qu’il trouvait devant lui une arcade élevée conduisant à un palier de six pieds carrés, dont le plancher dérobait à sa vue le mécanisme sur lequel il reposait. Une porte était devant lui offrant à sa vue deux anneaux, mais à peine y avait-il porté les mains, que le plancher, se dérobant sous ses pieds, le laissait suspendu aux anneaux au-dessus d’un abîme d’où s’échappait un vent furieux. Ces épreuves par le feu, par l’eau et par l’air,

se trouvent admirablement rendues par Virgile, lorsque, par les lèvres d’Ancbise, après avoir parlé de la corruption que subit l’âme par suite de son contact avec une chair coupable et animale, il démontre que, pour arriver à la pureté par les voies de l’expiation, il faut qu’elle soit purifiée par l’air, le feu et l’eau. « Les unes, suspendues dans les airs, sont le jouet des vents; d’autres, plongées dans un vaste gouffre, y lavent leurs forfaits, d'autres enfin s’épurent par le feu. »

L’homme qui était sorti victorieux de ces épreuves était conduit devant un tribunal composé de trois prêtres, où il faisait l’aveu des fautes dont il s’était rendu coupable. De ces trois prêtres, les mythologues ont fait les trois juges des enfers, Minos, Éaquc et Rhadamante. Ces trois juges, après avoir entendu sa confession, le condamnaient à des supplices expiatoires destinés à broyer, par une contrition efficace, les inclinations dépravées, les supplices de l’expiation consistant à remplir des tonneaux percés, a rouler une espèce de cylindre de pierre au sommet d’une colline d’où il retombait sans cesse. La Fa-

ble a fail de ces pénitences, qui étaient un labeur déraisonnable en apparence, inutile en réalité, ayant pour bul d'enseigner à l’aspirant que l’on ne doit jamais déshonorer la majesté d’un travail utile en l’imposant comme une punition, le supplice des Dauaïdes et de Sisyphe. Il était de plus livré à des femmes armées de verges qui le flagellaient jusqu’au sang. I/expiation lerminée, l’aspirant récipiendaire était conduit dans un lieu de lumière et de délices appelé Élysée. Là régnait un printemps perpétuel. Sur des gazons fins et étoilés de fleurs paissaient de belles génisses blanches destinées aux sacrifices. Ce qui achevait de changer ce lieu en un paradis de volupté, c’étaient des coupes d’or remplies d’un vin exquis, que des jeunes filles, vêtues d’une gaze légère, à l’œil plein de tendresse, au sourire agaçant, lui présentaient pour tenter sa soif; des corbeilles arlisteinent arrangées qui lui offraient d’elles-mêmes leurs fruits dorés. Il fallait que l’aspirant sortît victorieux de cette dernière épreuve, dont la mythologie a fait le supplice de Tantale.

Notre infortuné ami Gérard de Nerval, écrivain

lin et ingénieux, qui a voyagé en homme intelligent en Egypte, nous disait que les savants philosophes de l’Orient moderne rapportent que Moïse, *1 ors de son initiation en Egypte, aurait échoué dans celle épreuve et aurait pris une pomme; et que celle faute commise par lui, il l’aurait attribuée à Adam ; dans la révélation qu’il a écrite dans la Genèse, du péché originel, et pour corroborer cette singulière opinion, il disait remarquer que pomme, en latin, se nomme du même nom que mal, malum.

Nous avons cité les points principaux de l’initiation, pour apprendre à l'intelligence l’origine du dogme de l’enfer. Ces épreuves, nous les avons autrefois décrites avec plus de détails dans un livre intitulé Doctrines des sociétés secrètes. Aujourd’hui nous ne voulons qu’indiquer la base sur laquelle repose la fiction mythologique de l’enfer païen.

L’antiquité avait reçu de Dieu la lumière de la vérité, et, à l'aide de cette grâce divine, l’homme avait senti vivre en lui une âme immortelle; il avait pressenti que son individualité résisterait à la mort, et qu’il serait récompensé ou puni, selon

le bien ou le mal qu’il aurait commis sur la terre.

Un jour, un arbre est coupé dans une forêt, on en fait une croix, on y attache un juiPJ et les vérités à peine entrevues par la philosophie et la poésie du paganisme deviennent éclatantes comme la lumière du soleil, éclairent tout enfant venant en ce monde.

On nous reprochera peut-être notre respect pour la religion païenne; nous aimons à la présenter dans toute sa grandeur, car l’abaisser, c’est abaisser le triomphe divin de notre frère, ami cl sauveur Jésus-Christ.

Page 1