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Les ressuscités

J'ai toujours eu un grand &$pect pour les grognards littéraires ; — et, si l'on veut bien m'entendre, je dirai aussi que la poésie du premier Empire a été souvent calomniée, et que ce n'est pas tout à fait cette pauvre femme en douillette cendrée qu'on a essayé de nous faire voir. J'en suis fâché pour ceux qui ne connaissent que les poésies ossianiques de Baour-Lormian et les romans de Pigault-Lebrun , — cet homme de

lettres de l'Empire qui écrivait sur une scha-

braque. Mais je sais d'autres noms et d'autres livres, glorieux et respectables, ceux de Chateaubriand , par exemple, de Nodier et de madame de Staël, qui m'ont toujours fait penser qu'une semblable époque, — une époque de vingt ans, — ne méritait pas la raillerie et le dédain avec lesquels la plupart de nos critiques ont l'habitude de la saluer.

Il en est bien peu de ceux-là qui n'aient à se reprocher un bon mot sur M. Jouy, — une épigramme sur M. Jay, — une plaisanterie sur M. Arnault. On ferait un volume d'un tel recueil, et ce recueil pourrait être intitulé sans inconvénient la Cravate blanche littéraire.

Laissons dire. Celui de qui je veux parler aujourd'hui valait bien les trois quarts de nos écrivains d'à présent, je vous l'atteste. Ses vaudevilles étaient tout aussi spirituels que les nôtres, ses tragédies tout aussi froides, ses livrets tout aussi ridicules. Seulement c'était un autre ridicule, une autre froideur et un autre esprit. La pensée et le style ont leurs modes, comme on sait, et ces modes ont leur Longchamps. La phrase se taille comme un habit, tantôt courte et tantôt longue, hier en

veste et demain en redingote. La littérature d'alors portait un carrick, celle d'aujourd'hui porte un paletot.

Ne nous moquons pas du carrick de M. de Jouy. Le carrick est un bon et honnête vêtement, très- ample et très-chaud. Et personne mieux que M. de Jouy ne savait porter le carrick. C'était un homme charmant en société, un oracle de goût, un modèle de galanterie, l'homme de son style en un mot. Sa plume avait des précautions inimaginables. Je dis précautions et non délicatesses, parce que la délicatesse même était dangereuse dans ce temps de censure irritée, ce qui fendait le métier d'écrivain fort difficile. Au régime des suspects politiques avait succédé le régime des suspects littéraires. On arrêtait, pour un hémistiche, les tragédies de Lemercier et les comédies d'Etienne. M. de Jouy fut à peu près le seul homme à succès de l'Empire. 11 est vrai que l'empereur ne l'a jamais regardé comme un idéologue.

Je compare M. de Jouy à Marmontel, — le Zémiro et Azor de la littérature.

Donnez un habit pailleté à M. de Jouy, et vous aurez Marmontel. Jetez un carrick sur

les épaules de Marmontel, et vous verrez M. de Jouy. C'est absolument la même façon de dire, de voir, de sentir. C'est le même bonheur dans le même talent. Je vais plus loin, ce sont les mêmes ouvrages. — Comme Marmontel, M. de Jouy a fait des tragédies, des opéras et des romans. C'est la même plume qui a écrit le Zirphile de l'un et la Guirlande de l'autre '; c'est la même pensée qui a dicté Fernand Cortez et les Incas. Marmontel a fait les Contes moraux, M. de Jouy a fait l'Ermite de la Chaussée-d' Anlin. Tous les deux enfin ont mis au monde un Bélisaire. — Trouvez-moi l'exemple d'une plus frappante analogie.

11 y a comme cela un homme qui se perpétue à travers tous les siècles, — un beau masque, je te connais, qui revient tous les cinquante ans avec un habit neuf, — un même académicien qui occupe sans cesse le même fauteuil, — un auteur qui n'est éternellement occupé qu'à se dédoubler et à se tirer à plusieurs exemplaires. Au xvne siècle, ce personnage s'appelait Quinault, auxvme Marmontel, au xixc M. de Jouy. Chacun d'eux n'a jamais été que l'édition revue et corrigée de son pré-

décesseur. Ouvrez le volume : il n'y a de changé que la reliure; hier en veau, aujourd'hui en maroquin. Barbin et Panckoucke remplacés par Didot. Quant au texte, c'est toujours le même, avec cette différence seulement que l'anneau royal d'Adraste est devenu l'aspic de Cléopâtre, — qui lui-même est devenu la perruque de Sylla.

Ce fut une perruque qui fit la réputation de M. de Jouy. — Mais qui n'a pas eu sa perruque, au temps où nous sommes ? La perruque de Liszt, n'est-ce pas un peu son sabre d'honneur? La perruque de George Sand, n'est-ce pas un peu son pantalon? Cherchez bien au fond de toutes nos célébrités. Vous y trouverez une perruque.

Seulement, la perruque de M. de Jouy était une perruque véritable. C'était la perruque de Talma; — à peine deux ou trois mèches qui, tombant plates et noires sur le front du comédien, lui donnaient une vague ressemblance avec l'empereur. Rien qu'avec cette perruque, M. de Jouy et Talma ont épouvanté tout Paris.

11 est vrai que c'était la première fois qu'on osait rappeler cette grande figure. A cette

époque, l'empereur était encore chose neuve et soudaine. M. de Jouy eut la gloire d'être le premier à déshabiller cette ombre auguste, et son exemple ne tarda pas à être suivi de toutes parts.

M. de Jouy a surtout été un homme, — et un talent — de circonstance. 11 fut tour à tour le seul et le premier, deux grands mérites. Le seul prudent sous l'Empire, le premier hardi sous la Restauration. lia cultivé tour à tour l'à-propos innocent dans le tableau desSabines et Tippo-Saëb, et l'à-propos séditieux dans Bélisaire et Sylla. Et quand il n'y eut plus hommes ni choses à exploiter, il en vint à se mettre lui-même en exploitation, lui et son succès. De même qu'avec une bouteille d'eau de Cologne il y a des gens qui ont l'art de faire* quinze bouteilles d'eau de Cologne, de même 'M. de Jouy trouva le secret de faire quinze Ermites avec son premier Ermite : « Ermite, bon ermite , » comme dit la chanson. — Cette littérature en cagoule dura assez longtemps, puis on finit par s'en lasser et par la trouver fade. On s'attendait vainement à voir frétiller la queue du diable sous la robe du capucin : la robe ne laissait rien

passer. Saint Antoine n'eut pas de tentation.

Je me suis toujours étonné que la vie de M. de Jouy n'ait pas réagi davantage sur ses écrits. — C'était bien la peine d'avoir quitté la France à treize ans, d'avoir traversé les mers, d'avoir vu les Indes, Chandernagor; d'avoir été lieutenant, capitaine ; puis d'être revenu, d'avoir eu sa tête à prix, de s'être mis en voyage une seconde fois, de s'être promené au bord du lac de Genève, en Belgique, en Hollande, en Italie, — et cela, pour en rapporter Y Ermite de la Chaussée- d'Antin, tout simplement. 11 est vrai que tant d'autres écrivent sur l'Inde, la Suisse, la Belgique, la Hollande et? l'Italie, qui n'ont jamais mis le pied hors du Palais-Royal.

11 fut le premier feuilletonniste de genre de ce temps-là. Il retroussa ses manchettes, comme faisait le comte de Buffon, et se prit à nous raconter en petits tableaux anodins les mœurs et la société auxquelles il avait l'honneur d'appartenir. Pour cela, il s'y prit le plus galamment et le plus discrètement possible, frappant toujours à la porte avant d'entrer, et criant à la jolie femme par le trou de la serrure : — « Madame, ayez l'obligeance de vous

vêtir, je viens vous peindre en déshabillé. » Ce fut ainsi qu'il pénétra dans l'étude du notaire et dans le boudoir de l'actrice, dans le cabinet du magistrat et dans l'atelier de la grisette, partout, en un mot, où il y a une patte de lièvre à gratter ou un bouton à tourner longuement. Puis, une fois entré, il plaça son chevalet dans le jour le plus favorable, choisit ses couleurs les plus flatteuses, pria son modèle de prendre la pose qui lui seyait le mieux, — et fit alors ce musée officiel que nous savons, et dont les premiers portraits eurent un si grand retentissement.

Mais partout où il n'y eut pas moyen de se faire annoncer, ou de frapper, — c'est-à-dire là où la porte demeure toujours ouverte, — M. de Jouy recula dédaigneusement, en se disant que son ton et son bel esprit n'avaient rien à faire en tel lieu. 11 préféra laisser sa galerie incomplète, plutôt que de la compléter avec de grossières peintures de guinguettes et de cabarets. En descendant les marches qui vont à ces caveaux, peut-être se fût-il exposé à rencontrer quelqu'un de ces ivrognes, comme Hoffmann l'Allemand, par exemple, — et qu'eussent dit, je vous le demande, ses élé-

gantes en turban à plume et ses muscadins en chapeau de paille de riz?

Je répète pourtant que cela n'empêche pas M. de Jouy d'être un homme de beaucoup d'esprit. Il a eu l'esprit du succès. Il venait après Rétif de la Bretonne, ce charbonnier de mœurs, et il a suffisamment expié les Contemporaines et les Nuits de Paris. 11 a eu de l'élégance, de la finesse, de l'observation, du tact, alors que c'était chose presque nouvelle. Brossez et faites retoucher un peu ses toiles, et il vous restera d'agréables cadres d'antichambre , dont il ne faut pas trop faire fi.

M. de Jouy était né académicien. — Il fallait avoir fait bien peu de chose pour ne pas mériter un fauteuil à cette époque. Le pas même académicien de Piron n'était plus possible, et les immortels n'étaient point encore tourmentés par cet essaim de moustiques éclos dans les ruches nouvelles du journalisme. Ils marchaient fièrement dans leur force et dans leur liberté, comme YOthello de leur camarade Ducis. Ils étaient eux-mêmes leurs critiques et leurs courtisans. Jamais l'Académie ne fut

environnée de tant de majesté sereine. Ja-

mais cette bonne personne, comme l'appelait Voltaire, ne parla tant d'elle -môme que lorsqu'il n'y eut plus personne pour en parler.

On lui donna le fauteuil de Parny, — celuilà qui se roulait sur un lit de roses, et rimait chaque matin les baisers de la veille ; un poëte trop impie cependant pour être bien amoureux, et un drôle d'académicien, à vrai dire : un marquis en habit de berger, qui avait crayonné douze chants de blasphèmes en se jouant, — la Guerre des Dieux, — que vous vous rappelez peut-être pour l'avoir lue avec un souriant effroi. C'était le seul fauteuil vacant, et M. de Jouy n'eut garde de le refuser.

Je m'aperçois que je laisse de côté les dates. Pour peu que vous y teniez cependant, je vous apprendrai que M. de Jouy a vécu soixante-dix-sept ans, et qu'il est né dans la vallée de Biôvre.

Douce vallée de Bièvre! — Il n'a jamais

perdu de vue ses frais ombrages, ses gazons

verts et ses troupeaux blancs. Môme dans

l'Inde, en France au plus fort de la Terreur,

îuisse, en Belgique, en Italie, M. de Jouy

est toujours resté l'homme de la vallée de Bièvre. Le beau du Consulat et de l'Empire, l'ermite, le causeur, le franc-parleur n'a jamais pu dépouiller entièrement le villageois de Seine-et-Oisé, — naïf villageois, avec du bon sens et de l'esprit itou, le coq de son village et aussi des grandes villes I

Il se perdit pourtant parla politique. C'est là le mal. — Il avait fait des vaudevilles pleins de sel et de calembours, des opéras tout brillants de feux de Bengale, des romans palpitants d'actualité, des tragédies jouées par Talma. Il se dit que la politique n'était qu'une autre espèce d'opéra et de tragédie, et que le premier-Paris se traitait absolument comme le couplet de facture. Parce qu'il avait coiffé un comédien d'une perruque de sa façon et que le public s'était mis à trembler devant cette perruque, M. de Jouy voulut confectionner des toupets en grand et en coiffer non plus les comédiens du Théâtre- Français, mais les comédiens clés Tuileries, cette fois.

* Il entra donc dans le Courrier français comme il serait entré dans le vestibule de l'Académie royale de Musique. L'ermite jeta le froc aux

orties, ou plutôt il se fît ermite politique pour sa dernière métamorphose. 11 regarda l'affiche de ce jour-là, et, comme on donnait le spectacle de l'opposition libérale (première représentation), il se dirigea, non plus vers la salle, mais dans les coulisses, où il demanda un casque et une épée de comparse, en chantant de toute la force de ses poumons ce que Duprez devait chanter plus tard : Amis, secondez ma vaillance !

Un jour, il rencontra Benjamin Constant qui lui rit au nez. — M. de Jouy faillit se fâcher, et lui demanda sérieusement si ce nouveau costume ne lui allait pas aussi bien qu'à tout autre. Et, à ce sujet, il le pria d'écouter un instant ce petit morceau d'éloquence sur les affaires intérieures, et puis cet autre aussi sur nos relations avec le cabinet de Londres. Et quand M. de Jouy eut fini, il n'attendit pas que Benjamin Constant lui eût répondu pour lui dire son avis, il s'en alla tout droit faire imprimer ses deux articles. — Ces poètes sont tous ainsi. 11 leur faut absolument la politique pour baisser de rideau.

M. de Jouy fut un des derniers voltairiens, — un voltairien paisible et inoffensif toute-

fois, le Voltaire du Temple du Goût et de la tragédie de Tanerède, un Voltaire fort présentable, comme vous voyez, et qui n'a jamais eu maille à partir avec les lettres de cachet, — ce qui ne l'empêcha pas d'être un enragé de modéré, lui aussi, en ce sens que nul n'est resté plus tenace dans son principe, plus ardent dans sa conviction, plus ferme dans son chemin. Je parle du Jouy littéraire. — Le Jouy politique, c'est autre chose. Une croix de Saint-Louis qu'on lui refusa le détourna brusquement de sa route. Le Jouy littéraire avait eu toutes les croix de Saint-Louis qu'il avait désirées.

Avec lui s'en sont allées les dernières traces de cette école de l'esprit sans poésie, et de la poésie sans enthousiasme. — Le beau hussard de l'Empire, qui avait été l'élégant marquis du xvme siècle, tombe sur le champ de bataille, la poitrine froide sous son échelle de galons. Et l'on s'aperçoit en ce moment qu'il n'est point mort d'un boulet ou d'un coup de sabre, ainsi qu'on le pensait, mais tout vulgairement comme le premier phthisique venu. Il n'a pas été tué, il s'est éteint. 11 s'est éteint au champ d'honneur, et sa mort

a eu tout le prestige d'une mort militaire. Telle est l'histoire du grand duel de 1830. — L'école de Voltaire tomba dans la fosse avant d'y être poussée. Jusqu'au dernier moment, elle eut encore l'art de dissimuler son agonie, de poser du fard sur ses rides et de faire de son râle une tirade solennelle. Le jour de sa mort, elle mit sa cravate la plus blanche, son bas de soie le plus fin, son habit le plus académique, et elle se rendit sur le terrain, appuyée simplement au bras d'un vieux valet de chambre. Là elle regarda l'heure qu'il était à sa montre, et, sentant qu'il lui restait encore quelques minutes de bravade, elle les employa à tirer lentement ses gants et à se boutonner jusqu'au menton d'un air héroïque. Puis, elle se mit en garde, et, après avoir croisé le fer, elle s'affaissa tout à coup en portant la main à son cœur et s'écriant : — • « Touché !.. »

Mensonge ! — L'école de Voltaire est morte de sa belle mort, et sans avoir eu besoin de personne pour l'y aider. Elle est morte de vieillesse et pas autrement ; parce qu'elle avait vécu sa vie pleine et entière, et qu'il était temps de mourir.

Ses derniers disciples, — en tête M. de Jouy, — l'assistèrent pieusement jusqu'à la fin. Ils reculèrent autant que possible l'instant fatal, et escarmouchèrent autour d'elle avec une présence d'esprit et un semblant de sécurité vraiment remarquables. A peine si l'on compte une défection dans cet autre Waterloo, — celle de M. Soumet, un Bourmont littéraire. On eût dit qu'ils avaient encore cent ans à vivre, tant leur riposte était allègre et leur coup de feu décisif. L'opinion publique en fut ébranlée plus d'une fois et n'en assista que plus curieusement à ce dernier acte de tragi-comédie.

M. de Jouy s'est beaucoup moqué de nous dans ces derniers temps-là. — Il a eu quelquefois raison. Il préférait toujours son carrick à nos surcots moyen âge, à nos manteaux espagnols, à nos robes dantesques, à nos ailes mystiques de séraphin, — voire même à la feuille de vigne de la Morgue, où il nous a si souvent reproché d'aller quérir nos héros. Il a vaillamment combattu l'essor du romantisme, il s'est opposé de toutes ses forces à l'invasion des barbares; puis, enfin, quand le torrent révolutionnaire s'est épandu par

toutes les digues débordées, il s'est sauvé de Paris, comme le soldat des Thermopyles, et il ne s'est arrêté qu'à Saint Germain, où il est mort dans ses œuvres complètes, — vingtquatre volumes in-octavo.

Ci-gît M. de Jouy.

Depuis longtemps, nous désirions parler de M. de Chateaubriand, un de ces grands cœurs qui rehaussent les lettres et font que le plus humble d'entre les écrivains en marche plus fermement dans l'orgueil de sa profession. Pendant ces dix-huit ans de monarchie constitutionnelle, la littérature a été tellement compromise par une nuée d'étourdis ; on en a tellement fait une chose de bavardage et de négoce; on s'est tellement moqué, en le volant, du lecteur du xixe siècle, que nous avions besoin de remercier celui des lit-

1. Cette étude a été publiée dans le journal la Presse, en guise d'introduction aux Mémoires d'Outre- Tombe.

térateurs qui est constamment resté le plus digne, sans cesser d'être le plus renommé.

Il était l'honnête homme, il était le grand homme. Son nom remplissait la littérature et Pinondait d'une lumière d'or. Un jour de république il s'en est allé, doux et triste, la main dans la. main de ceux qui l'ont aimé. On a porté son corps en Bretagne, selon son dernier vœu, et tout a été dit. — Passez maintenant devant cette maison silencieuse de la rue du Bac qui porte le n° 1 12 ; on vous montrera la chambre de Chateaubriand, la table de Chateaubriand, le lit où il est mort.

Aujourd'hui, si nous allons essayer de rappeler quelques traits de cette figure vaste et mélancolique, si nous redescendons pas à pas dans son œuvre, c'est donc moins pour remplir un devoir de critique que pour adresser un dernier hommage à celui qui fut pendant si longtemps la plus brillante expression de la France littéraire, — le dernier gentilhomme peut-être, le plus grand chrétien à coup sûr.

Chateaubriand appartient à cette famille de penseurs colosses, devant lesquels on s'arrête deux fois avant d'entreprendre d'en faire le tour. L'ensemble de leurs travaux inspire

un respect qu'ordonneraient au besoin leur caractère et l'estime radieuse qu'on leur a vouée. C'est depuis le Consulat que dure la gloire de l'auteur du Génie du Christianisme; et, en France, si les succès d'une heure ont rarement raison, les succès d'un demi-siècle n'ont jamais tort. Qui a été grand homme pendant cinquante ans est assuré de l'être toujours.

Ce qui nous frappe le plus dans l'œuvre de Chateaubriand, c'est Chateaubriand. L'histoire d'une pensée est parfois aussi remplie d'enseignements que cette pensée elle-même. L'auteur est le premier de ses livres, — ou du moins celui qui donne la clef de tous les autres. Or, qu'on nous dise une plus belle histoire que celle de ce poète, de ce militaire, de ce voyageur, de ce ministre, de cet ambassadeur, de ce pair de France. Pas un rivage qu'il n'ait connu, pas une renommée qu'il n'ait savourée, pas une misère qu'il n'ait, soufferte.

Nous ne nous cachons pas la témérité et l'importance des lignes que nous allons tracer. Par la place qu'il occupe dans le siècle, Chateaubriand méritait peut-être qu'une plume mieux connue écrivit sa gloire et son génie. Nous n'appartenons pas à la génération

qui l'a vu vivre : nous appartenons à celle qui l'a vu mourir; mais nous appartiendrons surtout à celle qui le verra se survivre. Où donc serait le mal quand on demanderait quelquefois à la jeunesse son opinion sur les hommes et les choses du temps? Il est bon de s'inquiéter de ce que pensent du présent ceux qui seront l'avenir.

Un matin de juillet dernier, deux voitures noires gagnaient tristement les côtes de Bretagne. Dans l'une d'elles, il y avait le corps du grand auteur. Dans l'autre, il y avait un curé, un exécuteur testamentaire, et François, le valet de chambre. Ces deux voitures arrivèrent ainsi à une petite ville voisine d'Àvranches. Pendant qu'elles stationnaient sur la route en attendant des chevaux, une dame d'un certain âge, tenant un modeste bouquet enveloppé dans du papier, s'approcha avec crainte. Elle déposa son présent sur la banquette intérieure en disant à voix basse : — C'est pour M. de Chateaubriand ; c'est tout ce que j'ai pu me procurer*

Nous faisons comme la vieille dame. Voici notre bouquet.

Chateaubriand entra dans la vie par la grande porte des forêts. Enfant de cette sombre Bretagne qui ne produit que des hommeschênes ou des conscrits nostalgiques, il en garda toujours le double caractère de force et de mélancolie. Les fées aux harpes d'or, qui veillent dans ces antiques feuillages, descendirent sur son berceau pour lui nouer au front la verveine sacrée. On réleva dans un château noir d'où il entendait chanter la mer, — la mer, sa première et sa dernière passion ! Mais sa jeunesse fut triste comme un poëme d'Ossian. Ne jetez pas vos enfants dans les bois. La nature toute seule est un maître dangereux, qui fera d'eux des sauvages si elle n'en fait des poètes, des monstres si elle n'en fait des génies. Il vaut mieux d'abord se

heurter contre la société que de se blesser aux troncs des arbres. Le mal qui vient des hommes se guérit plus facilement que celui qui vient de Dieu.

Alors, comme le Tambour Legrand,. de Henri Heine, Chateaubriand avait des larmes qu'Une pouvait pas pleurer. Au Château de Combourg, on ne connaissait ni les tendresses de la famille, ni les sourires du foyer; jamais il ne sentit deux bras jetés autour de son cou. Sa mère le poussait à l'église, son père ne le poussait à rien. Hésitant et délaissé, il se contentait de rimer de mauvais vers, lorsque, du fond de sa jeunesse, farouche comme celle de Rousseau, s'éleva ce mystérieux amour qui nous valut plus tard un chef-d'œuvre de douleur.

Ah I le premier amour des poètes, c'est là qu'il faut chercher le secret de leur vie ! Énergie ou faiblesse, leur douceur ou leur cruauté, leur abaissement ou leur gloire, penser que tout cela tient en germe dans un coin du cœur de la première femme rencontrée ! C'est Manon qui nous dit les désordres et les folles larmes de l'abbé Prévost ; c'est Pimpette dont les baisers feront les éclats de rire de Voltaire ;

C II A TEAUBRIAND

Frédérique délaissée explique le Faust de Goethe,— et le pâle sourire de Lucile ajoute uue page à René.

Cette histoire qui ne ressemble à rien, pleine d'audace ténébreuse, cette grande tragédie en cinq ou six feuillets, où des filets de sang se sont mêlés sans doute à l'encre qui les a écrits, ce petit roman fataliste contient Chateaubriand tout entier. A d'autres les amours faits de sourires et d'aventures, le sonnet soupiré aux pieds de la femme en robe de bal, dans un boudoir odorant. En Bretagne, du côté de la mer, sous les arbres remplis d'une plainte éternelle, cela se passe autrement. L'amour est fait d'une plus funeste essence. Il est rare qu'on en guérisse; Chateaubriand n'en a pas guéri.

Pauvre gentilhomme breton ! enfant des solitudes mauvaises ! Un jour, en te rappelant ta jeunesse désolée, tu devais écrire cet involontaire aveu: « Nous sommes persuadés que les grands écrivains ont mis leur histoire dans leurs ouvrages. Ou ne peint bien que son propre cœur, en l'attribuant à un autre; et la meilleure partie du génie se compose de souvenirs. »

Elle s'appelait Lucile. Ce nom, il ne Ta jamais dit, il ne Ta jamais tracé, C'était moins une jeune fille qu'une ombre de jeune fille, glissant à peine sur terre et prête à se dissoudre en ondoyante vapeur, comme ces figures que les peintres montrent vaguement dans le lointain des forêts enchantées. Pour je ne sais quel motif, expliqué par la science médicale, un collier d'acier comprimait les ondulations de son cou flexible et long comme celui d'un cygne. Cette étrange enfant était consumée par une sensibilité nerveuse développée à l'excès ; et l'on eût dit, à la voir frêle, gracieuse et blanche, une de ces vierges, nées d'une larme , qui se trouvent au fond de quelques poèmes mystiques. Tous deux, le frère et la sœur, se promenaient souvent dans les landes, ou bien, assis sur la chaussée de l'étang, ils laissaient venir à eux la nuit étoilée, avec ses rumeurs confuses et ses chauds parfums qui gagnent imperceptiblement le coeur et finissent par le submerger.

Pourquoi voulait-il se tuer? — Un jour, le fusil sous le bras, il descendit plus lentement que de coutume le perron du château ; il se

dirigea vers le bois ; parvenu à l'extrémité du grand mail, il se retourna pour regarder pardessus les arbres une petite tourelle ; — il disparut...

Et lui aussi, René, avait rêvé le suicide ; mais, entre la tombe et lui, une voix s'était élevée : « Ingrat, tu veux mourir, et ta sœur existe ! Tu soupçonnes son cœur ! Ne t'explique point, ne t'excuse point, je sais tout; j'ai tout compris, comme si j'avais été avec toi. Est-ce moi que l'on trompe, moi qui ai vu naître tes premiers sentiments ? Voilà ton malheureux caractère, tes dégoûts, tes injustices I Jure, tandis que je te presse sur mon cœur, jure que c'est la dernière fois que tu te livreras à tes folies ; fais le serment de ne jamais attenter à tes jours ! »

Chateaubriand tint le serment de René.

Quelques heures après, calme en apparence, il rentrait au manoir de Gombourg. Ce qui s'était passé dans son âme, Dieu seul le sait. Tous les hommes forts comptent un jour semblable à l'entrée de leur vie, un jour où ils se demandent s'il est nécessaire d'aller plus loin et s'il ne vaudrait pas mieux briser sa pensée que de se laisser briser par elle ; si la mort

innocente n'est pas préférable à la vie coupable, et lequel est le moins désespérant du jeune suicide de Chatterton ou du vieux suicide de Jean-Jacques? Ceux qui sortent de cette épreuve, ce sont les ambitieux et les chrétiens. Prêt à se noyer, celui-là regarde l'eau avec un sourire et rebrousse chemin: c'est Napoléon. Celui-ci détourne le canon de son fusil, avec une larme : c'est Chateaubriand.

J'ai dit qu'on voulait faire de lui un prêtre. Au collège où il fut envoyé à cette intention, on lui donna la chambre et la couchette de Parny. Dans cette chambre et sur cet oreiller, tiède de rimes libertines, Chateaubriand essaya vainement de devenir prêtre. 11 ne trouva pas un froc à sa taille. Malgré lui, il se vit obligé de « rapetisser sa vie pour la mettre au niveau de la société, » et, comme dans ce temps-là il fallait absolument être quelque chose en attendant de devenir quelqu'un, il endossa le premier uniforme venu qui lui tomba sous la main.

Aussi bien, j'aime mieux voir Chateaubriand entrer dans son siècle avec une épée qu'avec une soutane. Partie d'un soldat et

d'un gentilhomme, la restauration religieuse qu'il doit fonder un jour en sera plus importante et mieux assise. Il y a du sang de croisé dans ses veines ; c'est Tancrède revenu pour replanter une seconde fois la croix sur le tombeau de Dieu ie Fils.

Qu'on se figure un jeune homme de petite taille, fort maigre, aux épaules un peu élevées, ainsi que dans toutes les grandes races militaires, selon une de ses expressions. Sa tournure est inquiète, presque timide. 11 penche habituellement la tête ; mais c'est une tête sculptée avec largeur comme la plupart des têtes bretonnes, épais cheveux, épais sourcils, regard habité par la pensée. Si c'est particulièrement au front, blason vivant, que se reconnaissent les gentilshommes de l'intelligence, le chevalier de Chateaubriand porte sur le sien sa noblesse inscrite en lignes splendides. Tà!e comme Bonaparte, de cette pâleur qui n'a rien à démêler avec la maladie, il y a sous l'accent profond de ses traits une teinte de mélancolie hautaine qui ne le quittera plus. Le nez est long, insensiblement courbé et pincé vers son extrémité inférieure. La bouche est petite, avec des lèvres minces qu'on

sent aussi avares de paroles que le reste de la physionomie semble riche de pensées. En résumé, c'est une tête d'un beau style, pleine de noblesse et d'observation. Ce grand air d'aristocratie qui prédomine et doit plus tard se refléter dans ses œuvres ne peut évidemment appartenir qu'à un écrivain de la famille galonnée des Montesquieu et des Buffon.

11 avait alors vingt ans. Quand il entra dans Paris, le fameux xvnr3 siècle, gorgé de folies et de crimes, allait rendre le peu qu'il avait d'âme. Chateaubriand assista aux derniers débattements du monstre sur le sable doré de la cour.

On allait chaudement en besogne de vice. Sentant que la mort la tirait par la jambe, la noblesse se dépêchait à boire la joie et le luxe à double tasse. Chaque jour amenait son extravagance nouvelle.

Notre jeune et fier Breton passa brutalement à travers les toiles galantes des araignées de l'Opéra, sans y laisser ailes ni pattes. Tout le monde se rangea devant son amour ignoré ; et par-dessus les haies de Trianon il pjt regarder, sans danger pour son cœur, les

fêtes nocturnes de la reine autrichienne. On l'invita une fois à monter dans les carrosses de Sa Majesté, pour suivre la chasse. Peut-être fut-ce c.e jour-là qu'il vit Louis XVI laisser tomber en riant un pavé sur le ventre d'un de ses gardes endormis.

Toute la société de ce temps, qui avait encore la tête sur les épaules, défila devant ses yeux; les héros, les scélérats, les laquais, les bourreaux, tous les guillotinés de l'avenir. Il dîna avec Mirabeau, et trinqua avec Mirarabeau.Eten revanche Mirabeau, le regardant en face, lui mit sa large main sur l'épaule. Le petit lieutenant faillit en être disloqué : « Je crus sentir la griffe de Satan, » dit-il. Mirabeau à table, bruyant, verveux, déchirant ses dentelles, valait presque Mirabeau à la tribune. Il buvait comme Bassompierre, il riait comme Borée. Chateaubriand ne le quittait pas du regard, et déjà sans doute se gravaient dans sa mémoire les lignes vigoureuses avec lesquelles il devait tracer le portrait de ce grand homme et de ce grand coquin, comme disait M. de Condé:

« Mêlé par les désordres et les hasards de sa vie aux plus grands événements et à l'exis-

tence des repris de justice, des ravisseurs et des aventuriers, Mirabeau, tribun de l'aristocratie, député de la démocratie, avait du Gracchus et du Don Juan, du Catilina et du Guzman d'Alfarache, du cardinal de Richelieu et du cardinal de Retz, du roué de la Régence et du sauvage de laRévolution ; il avait de plus du Mirabeau... Sa laideur, appliquée sur le fond de beauté particulière â sa race, produisait une sorte de puissante figure du Jugement dernier de Michel-Ange. Les sillons creusés par la petite vérole sur son visage avaient plutôt l'air d'escarres laissées par la flamme. La nature semblait avoir moulé sa tête pour l'empire ou pour le gibet, taillé ses bras pour étreindre une nation ou pour enlever une femme. Quand il secouait sa crinière en regardant le peuple, il l'arrêtait ; quand il levait sa patte et montrait ses ongles, la' plèbe courait furieuse. Au milieu de l'effroyable désordre d'une séance, je l'ai vu à la tribune , sombre , laid et immobile : il rappelait le Chaos de MiHon, impassible et sans forme au centre de la confusion. »

Ce portrait est une des belles choses de

Chateaubriand. Il donne une magnifique idée de sa manière et de son style *.

Mais ce qu'il avait désir de voir, c'étaient principalement les cercles du beau langage, les salons à la mode, l'Académie et ses succursales. N'avait-il pas dans une des basques de son uniforme deux à trois milliers de rimes, oiseaux brillants qui n'aspiraient rien tant qu'aux délices de la volière ?

1. Dans son livre de Philosophie et littérature, M, Victor Hugo a, lui aussi, esquissé cette grande figure de Mirabeau. Il est peut-être curieux de comparer le choc de ces deux pensées sur le même homme, l'étincelle de ce fer rouge sous ces deux marteaux. Voici le texte de M. Victor Hugo :

« Tout en lui (Mirabeau) était puissant. Son geste bru et saccadé était plein d'empire. A la tribune, il avait un coi] mouvement d'épaules, comme l'éléphant qui porte sa tour armée en guerre. Lui il portait sa pensée. Sa voix, lors

■ qu'il ne jetait qu'un mot de son banc, avait un accent formidable et révolutionnaire qu'on démêlait dans l'Assemblée comme le rugissement du lion dans la ménagerie. Sa chevelure, quand il secouait la tète, avait quelque chose d'une crinière. Son sourcil remuait tout, comme celui de Jupiter, cuncta supercilio moventis. Ses mains Quelquefois semblaient pétrir le marbre de la tribune. Tout son visage, toute son attitude, toute sa personne était bouffie d'un orgueil pléthorique qui avait sa grandeur. Sa tête avait une laideur grandiose et fulgurante dont l'effet par moments était trique et terrible. Le génie de la révolution s'était forgé une

■ avec toutes les doctrines amalgamées de Voltaire, d'Helvétius, de Diderot, de Bayle, de Montesquieu, de Eïobbeî

1. < et de Rousseau, et avait mis la tète de Mirabeau au milieu. »

Compactement rangés, entre les acteurs et les spectateurs, comme des musiciens dans un théâtre, les littérateurs continuaient à jouer rinforzando l'ouverture de la Révolution française, commencée depuis cinquante ans environ. La toile allait se lever. A la place du chef d'orchestre il y avait Beaumarchais, Théritier direct de Voltaire et qui, pour la société d'alors, valut une peste, comme Chateaubriand valut plus tard une armée pour la Restauration.

Chateaubriand ne vit pas apparemment le côté grave de tout cela. Ce n'était qu'an jeune homme. Au moment où le siècle craquait et chancelait comme le Panthéon de Soufïlot, il se faufilait entre deux paravents, sur la pointe du pied, dans la compagnie des infiniment petits de la littérature. « On parla de moi chez Lebrun et chez Flins des Oliviers. »

A la fin, pourtant, il commença par comprendre combien était puérile cette préoccupation de tous les instants. 11 y renonça. Ainsi ait René : « J'avais voulu me jeter dans un monde qui ne me disait rien et qui ne m'entendait pas ; ce n'était ni un langage élevé ni un sentiment profond qu'on demandait de

moi. Traité partout d'esprit romanesque, honteux du rôle que je jouais, dégoûté de plus en plus des choses et des hommes, je pris le parti de me retirer dans un faubourg pour y vivre totalement ignoré. Je trouvai du plaisir dans cette vie obscure et indépendante. Inconnu, je me mêlais à la foule, vaste désert d'hommes ! »

Mais, sur ces entrefaites, la Révolution marchait. Elle vint droit à lui. Il en eut peur, et il recula. Son heure d'action n'était pas sonnée. Trop dédaigneux peut-être, il regarda se traîner dans les ruisseaux de Paris les vainqueurs de la Bastille, et détourna la tête de l'œuvre de fer qui s'apprêtait. La noblesse tout entière émigrait à Goblentz. Chateaubriand émigra au Nouveau-Monde. Avant de connaître les hommes, il voulut connaître l'homme.

Toutefois, il ne partit pas sans dire au revoir. La Harpe, qui était le concierge de la littérature du xviiic siècle, lui présenta le Mercure pour qu'il y inscrivît son nom, comme c'était l'usage. Chateaubriand y mit je ne sais quels vers sur l'Amour de la campagne, une sorte d'idylle — au nez de laquelle il a dû

bien rire plus tard, et où l'on remarque ce distique :

Au séjour des grandeurs mon nom mourra sans gloire, Mais il vivra longtemps sous les toits de roseaux.

C'était le contraire qu'il fallait dire. M. de Chateaubriand a été meilleur prophète sur la fin de ses jours.

« Voici le plaqueminier ; sous le plaqueminier il y a un gazon ; sous ce gazon repose une femme. Moi, qui pleure sous le plaqueminier, je m'appelle Celuta ; je suis fille de la femme qui repose sous le gazon ; elle était ma mère.

« Ma mère me dit en mourant : Travaille, sois fidèle à ton époux quand tu l'auras trouvé. S'il est heureux, sois humble et timide ; n'approche de lui que quand il te dira : Viens, mes lèvres veulent parler aux tiennes.

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