‹ Les ressuscitésChapitre 4 sur 11 · GU1Z0T · texte numérisé non relu

GU1Z0T

« Que serait-il arrivé, monsieur, si nous nous étions rencontrés, vous et moi, il y a six cents ans, et si nous avions été, l'un et l'autre, appelés à influer sur nos mutuelles destinées?... Il y a six cents ans, monsieur, si mes pareils de ce temps vous avaient rencontré, ils vous auraient assailli avec colère comme un odieux persécuteur ; et les vôtres, ardents à enflammer les vainqueurs contre les hérétiques, se seraient écriés : « Frappez, frappez toujours ; Dieu saura bien reconnaître les siens ! » Nous 'sommes ici, vous et moi, monsieur, les témoignages vivants et les heureux témoins du sublime progrès qui s'est accompli parmi nous dans l'intelligence et le respect de la justice,, de la conscience, du droit, des lois divines, si longtemps méconnues... Personne aujourd'hui ne frappe plus et n'est plus frappé au nom de Dieu. »

Ce discours fit beaucoup d'honneur à M. Guizot auprès des esprits élevés, mais il effaroucha quelques chefs du parti protestant. Il y eut réponses et querelles.

La harangue au malheureux Prévost-Paradol ne rencontra pas les mômes écueils ;

toutefois, M. Guizot ne s'y montra pas bon prophète. Voici en quels termes il apostropha l'Eliacin de l'Université, le Benjamin des Débats :

« Vous êtes jeune, et l'avenir est devant vous ; qui sait quelle destinée il vous réserve, et quel emploi il fera de vous pour le service de la France ? Vous êtes d'une génération en qui la France espère. La France est la patrie de l'espérance ; elle s'égare quelquefois à la poursuite de ses grands désirs de progrès et de liberté, et elle ne s'arrête pas toujours au but, même quand elle y touche ; mais elle n'y renonce jamais ; même fatiguée et découragée en apparence, elle garde toujours dans son cœur ses généreux instincts, décidée à toujours compter sur ses fils, quels qu'aient pu être les mécomptes et les revers de leurs pères. Vous êtes, monsieur, de ceux à qui il appartient d'aider au succès de notre époque dans sa difficile tache, la pratique efficace du gouvernement libre. Vous aurez autant, vous n'aurez pas plus de respect et de dévouement que vos devanciers pour la vérité, le droit, la liberté, l'ordre légal, le bien public.

Je vous souhaite de moins rudes combats et plus de bonheur. »

Est-ce le mot de l'amertume ? est-ce le mot de la résignation ?

Guizot est mort à près de quatre-vingt-dix ans.

Tout ce qu'il y a au monde de gai, de vif, de riant, de brillant, d'alerte, déjeune, d'inconscient, de spirituel, s'éveille à ce nom. Le facile talent et l'heureuse existence ! Voyez Jules Janin arriver à Paris vers les dernières années de la Restauration, confiant, hardi, les cheveux joliment bouclés. Il s'annonce tout d'abord, comme Figaro, par un bruissement de guitare et par un frémissement de tous les grelots cousus à sa veste. Sur-le-champ il pose un genou en terre et se met à écrire sur l'autre. Le voilà parti, il ne s'arrêtera plus.

Et toujours il a écrit sur son genou, fredonnant, insouciant, aussi à Taise dans les journaux que Figaro sur la place publique.

Dirai-je tout le chemin qu'il a fait, c'est-àdire tous les arpents de papier qu'il a couverts de ses indéchiffrables pattes de mouche, avant d'arriver à l'Académie française? Gela me conduirait bien loin et cela m'égarerait parfois. A peine débarrassé de la poussière des collèges, il avait pris un pied dans la critique théâtrale; il en prit bientôt quatre. Ce n'est pas qu'il s'intéressât plus que de raison à l'art dramatique ; au fond, comme toujours, il s'en est médiocrement soucié. Le principal pour lui, à l'heure où il arrivait, — c'est-à-dire au milieu de la mêlée romantique, — c'était de publier un livre. Ce livre, le nouveau débarqué de Saint-Étienne ne manqua pas de le faire, et il le fit aussibizarre, aussi monstrueux, aussi charmant, aussi paradoxal, que l'époque le demandait.

L'année 1829, qui vit naître Notre-Dame de Paris et les poésies de Joseph Delorme, vit paraître Y Ane mort et la femme guillotinée, une fantaisie à rendre Sterne jaloux dans sa tombe. Je laisse à penser l'effet que produisit dans le public un titre pareil. Peu de temps après, M. Janin publia Barnave, un ouvrage plus singulier encore, moitié roman, moitié histoire,

auquel plusieurs collaborations anonymes donnèrent la saveur d'un pamplet. La préface en est toute dirigée contre la branche d'Orléans.

Je possède la première édition, devenue rarissime, de ce Barnave ; j'y relève, en tête des chapitres, un grand nombre d'épigraphes (c'était la mode alors) qui me sont une source précieuse d'indications pour fixer les sympathies et les amitiés d'alors de Jules Janin.

« Approchez, il n'y a que des fauteuils ici.

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