CAPRICE
Amy ie me trouue en humeur.
De faire vne heure le rimeur,
Cette peste de Canicule
Me fait icy traisner la mule,
Et suer comme vn gros cochon
Sans pouuoir visiter Fanchon.
Ne traitte cette Poésie
Que du nom d'vne fantaisie,
le vais au pas et au galop,
Tantost l'amble, et tantost le trot,
Enfin comme ma plume auance,
le marque ou manque la cadence :
le m'esueille, et puis ie m'endors
Pestant tousiours contre des Corps,
Qui sans cesse dans nostre rue
Crient les bœufs à la charrue.
Mais Cap de Bious, i'entre en fureur,
Pois vn Greffier, vn Procureur,
Vn Sergent, et quelque Notaire
Qui font plus de bruit que mon frère,
A qui de veaus aians façon.
Accourent iustement au son ;
Ces mulets chargés de besace
M'obligent à quitter la place.
90 Ixs Restes
Apollon ne te fasche pas, Si l'abandonne cet haras, Suis moy viste dedans ma chambre, Auecques le mois de Décembre, Toy que logent en leurs maisons Par chaque an les quatre saisons.
Porte mon esprit iusqu'aux cimes Du Parnasse emaillé de rimes, Là i'y pourrai cueillir des fleurs, Et me parer de ces couleurs.
Qui font préférer l'Ecriture, Souuent au vif d'vne peinture.
Mais quoy r l'aime mieux cheuiller.
Parbleu, ie me sens tout griller, Ce chaud Dieu, ce tison céleste, M'incommode plus que le reste, Va-t'en, tu ne peus icy bas M'inspirer et n'échauffer pas, le m'en vais fermer la fenestre A ce brûlant qui fait le maistre, Et qui fâché d'estre éconduit Laisse desia venir la nuit :
En vain il cherche de me nuire, Son faux iour suffit à me conduire.
Et de temps en temps vn éclair, Malgré lui me sert à voir clair; Il tonne, l'entends les tempestes Qui viennent ronfler sur nos testes,
de la Guerre d'Estampes. 91
Vne pluye, et les tourbillons Eleuuent desia des bouillons, Et sans doute en nos champs la gresle Coupe tes moissons pesle-mesle :
le vois de loin nos laboureurs, Qui font l'echo de ces horreurs, Crians qu'vne seule iournée Destruit tout l'espoir d'vne année.
O vous, que nous reuerons Dieus, Soufi'rés vous quVn astre à vos yeux, Pour vne iniure prétendue, Le ciel et la terre remue ?
Ostés de sa teste ces feus, Qui lui font tant rendre de vœus, Lises dans ces degats nos plaintes, Et dans son tonnerre nos craintes.
Qu'il meure pour nous mieux vanger Des carreaux qu'il a sceu forger, Renuoiés contre lui, ses armes.
Foudroies le dans ses alarmes.
Et si... mais le ciel se rend beau.
Et desia ie voy son flambeau, Dont tant de colère allumée Se vient de résoudre en fumée.
Enfin nous l'auons mis au pis, Moiennant deux ou trois épis ; Thetis l'appelle pour s'en rire. Comme ie l'ay fui pour écrire,
Sans lui nous auons fait des vers, Quelques mots qu'on met à l'enuers, Et pour lesquels ce Dieu de balle, Des neuf sœurs a fait la Caballe.