IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER
A. GHAIX ET G"
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Mesubuu,
Au moment où je me rendais dans cette enceinte, une triste nouvelle m'est parvenue. Un des vétérans de la cause de la liberté en Angleterre, un des plus énergiques promoteurs de la liberté commerciale, lord Brougham, est mort, à l'âge de 90 ans. Il est du devoir de ceux <ïui s'oceupenf de ces grandes questions , de rendre hommage aux héros de ce champ de bataille, où, au lieu de détruire et de faire couler les larmes, on cherche à édifier pour améliorer la condition des homines. Lord Brougham était du nombre. ïl y a quelques années, en voyant les rapides progrès que l'idée de la Kberlé commerciale avait fait en Angleterre, il disait : « Dieu merci, on ne terra bientôt plus de protectionnistes que dans les cabinets d'antiquités. »
Cette espérance, devons-nous la concevoir dans notre pays î Elle sera d'une réalisation plus
lointaine, on peut le craindre, à voir les résistances, à compter les attaques dirigées contre l'application la plus modeste, la plus modérée des principes de la liherté commerciale, contre le traité de commerce de 1860.
Plus de soixante-dix ans se sont déjà écoulés depuis que notre grande révolution a formulé une - promesse, qui n'est pas encore aceouiplie : les Français libres feront librement le commerce.
Cette promesse était pleine de fécondes espérances. En effet, il est une vérité dont on doit se pénétrer, c'est qu'en faisant de la protection, ce ne sont pas nos voisins, c'est nous-mêmes que nous mettons à l'amende ; nous nous condamnons en effet à une consommation moins abondante et plus chère qu'elle ne le serait sans les mesures artificielles écrites dans nos lois.
Aussi, un grand homme d'Etat, que l'Italie pleure et qui a tant contribué à sa résurrection, le comte de Gavour, disait-il, — j'ai le souvenir précis de la date, c'était au mois de septembre 1852 ; il revenait d'Angleterre : — J'ai vu un anglais de la vieille roche, il m'a tenu ce langage, « Le seul vœu que je forme, c'est que les Français gardent longtemps leur régime de prohibition, et de protection exagérée; si un jour, ils arrivaient à aser de plus de liberté en fait de commerce, ils deviendraient trop forts I »
J'espère vous montrer par les faits accomplis
queles Français sont réellement devenus plus forts depuis qu'ils ont commencé a cueillir ce fruit de l'arbre défendu, la liberté commerciale, dont ils n'ont cependant goûté encore à petite dose; car ce traité de 1860, contre lequel les batteries des protectionnistes sont dirigées en ce moment, qui va soulever, dès demain, au Corps législatif, une discussion animée, ce traité de 1860, si je devais l'examiner au point de vue de la doctrine de la liberté commerciale, paraîtrait peu répondre aux exigences qu'elle formule ; c'est une application modeste du principe de la liberté, c'est même encore plutôt une application aussi exacte que possible des règles de la protection.
Ce qui m'étonne, c'est que ce traité soit attaqué précisément par les protectionnistes, qui devraient être remplis de reconnaissance pour les dispositions qu'il consacre et que ce soit les partisans de la liberté commerciale, eux qui ne sont pas des hommes de théorie, comme on les en accuse trop souvent, mais qui sont des hommes de pratique, appliqués à connaître les faits, à les peser, à en mesurer l'influence, que ce soit, dis-je, les partisans sincères mais patients de la liberté commerciale, qui viennent défendre les principes du traité de 1860.
Nous n'entendons pas faire ici de théorie : aux yeux de la liberté commerciale, tout pas fait dans ce sens n'a pas besoin d'être justifié. Nous lais-
sons ceux qui contredisent le principe du traité de 1860 se livrer à la théorie la plus vaine et la plus téméraire qu'il soit possible d'imaginer, la théorie de la protection.
Nous appartenons à cette école qui, fort répandue en Angleterre, regarde l'écouornie politique comme étant avant tout ane matière de faits.
malter of facts,
n ne nous coûte pas non plus de le déclarer.
liOrsque telle doctrine se produit et que les faits marchent d'une façon obstinée en sens contraire, nous sommes assez disposé à croire que les faits ont raison, et que la théorie est fausse ou incomplète. Il en est ainsi de la théorie de la protection.
C'est à l'étude des faits qu'il faut s'attacher avant tout. C'est là le eriterium auquel il faut s'en rapporter, et ceux, parmi les adversaires du traité de 1860, qui, entre autres monopoles, s'adjugent celui d'être seuls des hommes pratiques, ne peuvent récuser au moins la pierre de touche à laquelle je vais essayer les résultats du traité de 1860.
Il ne s'agit plus à présent d'établir le bilan des craintes que pouvait susciter, ou des espérances que pouvait faire naître le traité de 1860. Nous avons mieux que cela. Écartons les hypothèses ; tenons-nous à la réalité, aux faits constatés.
Un écrivain célèbre, qui n'est certes pas suspect de tendances libérales, Joseph de Maistre, traçait
dans sa correspondanoe quelques l^es qui Bdmbleut d'une application singulièrement exaofe au sujet qui nous occupe :
« Pourquoi, disait-il, deux grandes puissances, ne feraient-elles pas une fois au profit de l'humanité la plus belle et la plus utile des expériences, celle d'une liberté de commerce de tonne fol, convenue pour un certain terme et sans aucun dessein de se circonvenir mutuellement. Maïs peut-être est-ce trop espérer? Ou je suis fort trompé, ou cette expérience découvrirait une grande vérité. »
Non, ce n'était pas trop espérer. Deux grands pa^s se sont rencoutrés pour tenter cet essai que Joseph de Maistre' entrevoyait dans un avenir incertain. Il ne s'est pas trompé non plus; car cette ^expérience a déjà découvert une grande vérité : elle nous a permis de constater que l'application de règles moins restrictives n'entraînait pas pour la France ces dangers, ces périls que Ton craignait de voir surgir du moment où l'on se relâcherait de la prohibition, qui a trop longtemps pesé sur nous , et dont nous éprouvons encore le contre-coup dans les faits et dans les idées . C'est là une maladie invétérée dont il est difficile de se guérir immédiatement; eUe a laissé ses traces nombreuses dans les espritit.
DÎBons-le d'abord, le traité ds 1860, vis-à-vii
duquel on se monlre si sévère, on veut en faire le bouc émissaire de toutes les souffrances subies dans ces dernières années. Des faits graves se sont produits , mais ils sont entièrement étrangers à la réforme accomplie ! A entendre certaines attaques, elle a fait tout le mal, elle doit en porter la responsabilité. Quel que soit le régime adopté, il survient des accidents. On ne marche pas toigours du même pas dans le progrès, en ce qui conseme les relations industrielles. Il est des moments où l'horizon est calme ; dans d'autres tout s'agite, et l'habileté du fabricant consiste à prendre ses mesures suivant les circonstances, pour mettre la production d'accord avec les besoins du marché, pour éviter ces soubresauts violents qui sont péiilleux pour tout le monde .
n y a eu des hauts et des bas pour le commerce depuis que le traité de 1860 a été appKqué. Mais les adversaires sont bien esigeants I . . Ils voudraient qu'il eût fait disparaître tout danger!. . . Il devait pourvoir à tout. . .
Est-ce que c'est le traité de commerce de 1860 qui a fait la guerre de sécession d'Amérique? Est-ce qu'il a été le point de départ et la cause de la famine du coton, famine qui a fait supporter des pertes bien autrement lourdes à l'Angleterre qu'à la France î Non. La guerre de sécession a été entreprise pour une grande et noble cause, et, quelle que soit la souffrance
qu'ait endurée rAméritiue, quels qu'aient été ses contre-coups en Europe, nous ne pouvons que nous féliciter de l'issue de cette lutte, car la grande cause de la liberté humaine était en question. Il fallait effacer la tache hideuse de l'esclavage, qui s'étendait sur la Bépublique des États-Unis.
Le traité de 1860 a-t-il amené les mauvaises récoltes? Penserait-on que, du moment où la liberté commerciale se trouve dispensée d une main moins avare, le soleil et la pluie se trouvent à la disposition des cultivateurs, et que les moissons soient toujours également abondantes.
Ce n'est pas le traité de 1860 qui a produit le fusil à aiguille, ni amené Sadowa. Il n'a pas provoqué l'oïdium ni la maladie des vers à soie ; il n'est pas responsable des excitations d'une spéculation désordonnée, ni du crédit surmené de (oute façon.
Nous avons subi des dépenses énormes; il y a quelques dizaines d'années en arrière, on les aurait jugées impossibles; le véritable effet du traité a été de contribuer à couvrir ces dépenses par l'accroissement de la production et de la richesse générale. Il a servi en partie de contrepoids à tant de maux divers, rapidement survenus.
Reste un dernier argument. Vous prétendez, dit-on, que grâce aux échanges plus faciles et plus multipliés, nous verrions le règne: de la
paix, de la paix bénie, s'établir dans ce inonde [ Mais, c'est Justement depuis que ces principes ' sont appliqués, que la défiance est générale et que les points noirs deviennent plus nombreux à l'horizon !
Les intérêts économiques <mt une grande importance; mais ils ne sont pas les seuls qui s'agitent dans les sociétés actuelles. H en est d'autres qui occupent une place considérable, jamais l'économie politique n*a pu avoir la prétention d'amener, en proclamant le principe de la liberté commerciale, le règne de la paix perpétuelle.
C'est là un rêve noble et généreux. On fait remonter la pensée de la paix perpétuelle à un de nos grands rois, le plus grand peut-être de ceux dont l'histoire de France a conservé le nom : Henri IV, c'est un cadeau assez gratuit fait à sa mémoire, la grande république chrétienne, imaginée non par Henri IV, mais par Sully, était loin de réaliser la pensée de la paix perpétuelle. Pour me borner à une simple indication, je dirai que dans le projet tel qu'il était formulé, il s'agissait de former une grande République chrétienne toujours pacifique au-dedans et guerroyante au-dehors... rien ne ressemblait mais au plan de la paix perpétuelle qu'une République guerroyant sans cesse conli-e les barbares et an^ufiii,t par le fer le règne de la civilisation dans leinondef. -'
L'économie politique n'a qu'un but, et la liberlé commerciale ne peut avoir qu'une espérance, c'est de faire disparaître une des causes qui poussent les nations à s'enlre-déohirer, c'est d'effacer la funeste pensée qui les excite les unes contre les autres, alors qu'elles croient prospérer, en s'arrachant de iaiséral)les lambeaux de la richesse acquise.
L'économie politique s'est uniquement attachée à montrer que le bien de l'un fait le bien de l'autre, et que la maxime chagrine de Montaigne n'est d'aucune application dans les relations commerciales entre les peuples. Pour obtenir de bons débouchés, pour avoir de bons clients, c'est un singulier moyen à prendre que celui de les ruiner et de les priver des moyens d'accroître leur consommation.
Un grand homme de bien, un grand homme d'Etal, Turgot écrivait, au siècle dernier, à un de ses amis de l'autre côté du détroit, au docteur Tucker, un des précurseurs de la liberté comnierciale en Angleterre :
« Le commerce qui, pour les nations comme pour les individus, devrait être ua lien d'union et d'amitié, est devenu la source la plus féconde des animosités et de la discorde. L'ambition capricieuse des rois et des ministres n'a pas été plus fatale au repos de l'Europe, que l'impertinente jalousie des commerçants et des manufacturiers.
La violence et l'injustice de cens qni gouvernent lé monde sont un mal qui date de loin et contre lequel la nature des affaires humaines laisse peu espérer un remède assuré. Mais la basse rapacité, le génie monopolaire des négociants et des manufacturiers qui ne sont el ne doivent être les maîtres du monde, sont des vices, incorrigibles peut-être, mais qu'on peut empêcher de troubler le repos de tout autre que ceux qui s'y livrent. »
Ce passage montre clairement les services qiie l'économie politique, dont Turgot a été un des maîtres les plus glorieux, a rendus et qu'elle est appelée à rendre. Elle s'est efforcée d'effacer ces animosités, de mettre un terme à ces discordes qui, sous prétexte de bénéfices commerciaux, entraînent à des luttes homicides. C'est là qu'est l'espérance, c'est là le résultat déjà acquis par l'application partielle du principe de la liberté commerciale. Si l'opinion de Turgot avait besoin d'être corroborée par celle d'un grand esprit, par celle de Montesquieu, environné d'un égal respect chez tous les peuples de la terre, nous rappellerions ces quelques lignes de l'auteur de l'Esprit des lois :
« L'effet naturel du commerce est de porter à » la pais. Deux nations qui négocient ensemble se » rendent réciproquementdépendantes. Si l'une a » intérêt d'acheter, l'autre a intérêt de vendre >» et toutes les réunions sont fondées sur des be-
soins réciproques. » {Esprit des lois, chap. 13.) « Lorsque vous imposez aux peuples pendant la paix, l'isolenjent de la guerre , la paix ou la guerre ne leur importent plus. »
J'ai rappelé rapidement les principes, je ne veux pas faire ici de théorie, j'ai hâte de passer à l'examen des faits.
Le traité de 1860, on l'attaque à cause de son origine ; on dit : Il a été une improvisation soudaine, un coup d'autorité. Chose singulière ! Cet argumeut se trouve invoqué par beaucoup de ceux qui ont acclame de véritables coups d'autorité, autrement hardis et décisifs que celui-là î
Non, le traité de 1860 n'a été ni une improvisation, ni un coup d'autorité, et nous devons de la reconnaissance à ceux qui viennent de provoquer en cette matière un débat approfondi ; il permettra de dissiper jusqu'au moindre doute à cet égard. Loin d'avoir rien à redouter de la discussion, la réforme accomplie en 1860 ne peut qu'en profiter ; le seul tort qui lui restait, celui de n'avoir pas été publiquement discutée, va se trouver effacé. Les principes qu'elle consacre ne demandent qu'à être mieux connus, pour être généralement approuvés, et pour que le pays s'accorde à reconnaître dans cette réforme un des actes les plus méritoires du gouvernement.
Cet acte avait été préparé et annoncé depuis longtemps, il n'a dû surprendre que ceux qui,
ayant réussi une première fois à faire ajourner un projet préparé dans un sens analogie pour être présenté au Corps législatif, espéraient voir ajourner de nouveau une mesure devenue indispensable.
En 1856 — je poorraifl citer les paroles du Moni' leur (i) — le gouvernement, en faisant savoir qu'il ne présffliterait pas le projet sur la suppression des prohibitions, annonçait cette réforme pour 1861. Chacun devait en être averti , afin de s'y préparer.
La réforme de 1860 a été nne application légi- . time des principes inscrits dans notre législation. Il n'y a point eu d'acte téméraire; des dispositions prudentes se sont conciliées avec une féconde initiative. On a su ménager jusqu'aux abus qui avaient pendant longtemps subsisté, et auxquels leur durée devait faire accorder un certain répit. Sully disait : Il faut ménager les abus, quand ils ont des cheveux gris. Les abus de la protection avaient des cheveux gris, et l'on a singulièrement tempéré le remède qu'on a voulu apporter à la situation.
(1) £d annoaçoDt que la suppression des prohibitiooa u'élait que retardée, le Moniteur l'indiquaît pour le i" juillet 1861, et il ajoaUil :
< L'iodustrie française, pi^vaiae de» intentâoi» bieD avancées du gouveraemeot, aura tout le temps nécessaire pour se pr&paftf au nouveau régime commercial. ■>
On parle beaucoup du traité de 1860. Je ae crois pas m'aventurer en disaat que peu le connaissent, on se fait un monstre d'une convention dont les termes sont bien modestes :
Qu'est-ce que le traité de 1860.
C'est une convention passée dans le mois de janvier de l'année dont elle iiorte la date ; la réforme principale qu'elle consacre, c'est la sup* pression des proliil>itions. Si je dis à ceux qui attaquent le traité : Voulez-vous donc la prohibition 7 Non, répondront-ils tous ; la prohibition, nous la condamnons. 11 faut remplacer la prohibition par le régime protecteur.
Est-oe qu'ai supprimant la prohibition , le traité de 1860 n*a pas établi des droits protecteurs î Et ces droits, sont-ils faibles î Vous allez en juger.
Le principe inscrit dans l'article i°' du traité établit des droits qui ne doivent pas dépasser âO 0/0 sur divers objets auxquels jusque-là l'accès du sol français était interdit en violation du premier droit de tout individu, celui de pouvoir acquérir les produits qu'il désire, n'importe d'où ils viennent. Ces 50 0/0 allaient aux termes de l'aricle 16, être réduits k 25 0/0, à partir d'octobre 1864.
Le traité admet donc des droits élevés , et des droits décroissants. Bien ne ressemble moins à la révolution violente dont on parle. On ne
rencontre qu'un principe très-modeste. Lorsqu'au lieu d'employer cette désignation vague de traité de 1860, on descend aux réalités que ce traité renferme et aux dispositions légales qu'il promulgue, on s'étonne de l'âpreté de l'attaque.
Voudrait-on des droits plus élevés que ceux de 25 0/0 î On parle de l'industrie nationale, du travail national, mais on les entend d'une singulière manière; à juger d'après ce que disent les adversaires du traité, les Français seraient tellement inhabiles qu'ils ne sauraient soutenir la concurrence étrangère, même en étant protégés par ces droits élevés de 20 ou de 25 O/OI Ces droits, justifiables lorsqu'il s'agit d'une époque de transition, ne sauraient devenir le code définitif du commerce de la France.
La grande industrie des tissus, la grande et majestueuse industrie des fers se présentent au premier rang pour livrer le combat; elles prétendent que le traité de 1860 les soumet à des conditions impossibles. A les entendre, elles représentent la grande masse des ouvriers, et c'est l'intérêt des ouvriers qu'elles veulent défendre en demandant la dénonciation du funeste traité qui a causé tant de maux, entraîné tant de ruines I
Je lisais bier avec surprise une affiche portant pour titre : le râle de l'Industrie Française.
En vérité, c'est trop fort, et l'exagération se condamne par elle-même.
11 peut se rencontrer des circonstances difficiles à traverser; mais parler du râle de l'industrie, quand elle s'est développée d'une manière étonnante, quand la production s'est accrue partout, c'est commettre un étrange abus de langage et une triste hyperbole.
Prenons la situation des fers, des tissus. Ce sont les deux citadelles de la protection :
« On ne vaincra jamais les Romains que dans Rome. '
C'est donc dans la Rome de la protection qu'il faut nous transporter.
Le fer est une industrie utile, considérable; réclame-t-elle des tarifs plus élevés que ceux du traité de 1860, qui réglait à 7 francs et a 6 francs le droit d'entrée du quintal, c'est-à-dire qui le usait de 25 à 30 0/0? Non; une confusion étrange a fait attaquer le traité de 1860, alors qu'on s'élevait contre des dispositions complètement étrangères à ce traité, dispositions que je crois d'dilleurs excellentes. Elles sont relatives ou régime des acquits-à-caution, de l'admission temporaire des fers. Pas un mot dans le traité de 1860 qui y ait rapport. Si l'industrie des fers croit devoir s'en plaindre, cela ne regarde nullement le traité de 1860.
Je ne veux pas entrer dan acquits-à-caution ; mais ceux .
cesse de l'intérêt des ouvriers, I
que le profit de la main-d
font ici une singulière application d'une pareille maxime. En 1866, on a importé temporairement en fer, fonte, tôle et acier une valeur d'environ 30 millions; l'exportation des produits auxquels ont donné Heu ce fer, cette fonte, cette tôle et cet acier s'est élevée à/25 millions, c'est donc plus du quadruple de la valeur reçue qui a été portée sur les marchés étrangers, grâce au développement du travail national, aidé par l'importation. Nos ouvriers, dirigés par le génie des fabricants et des ingénieurs, ont créé cette masse de richesses ; grâce à eux, la France d'aujourd'hui, pour rappeler l'expression d'Arago, se trouve largement pourvue de l'outillage de la civilisation, qui consiste dans les machines, dans les outils, dans les instruments, dans ces forces que l'homme peut s'adjoindre pour dominer de plus en plus la nature rebelle et la plier à sa puissance.
Quant à l'intérêt des ouvriers, je ne veux pas mettre en doute la sincérité de ceux qui ne partagent pas mes opinions sur la liberté commerciale ; mais je crois qu'ils se trompent, ils agissent à rencontre des intérêts qu'ils veulent défendre. Nous examinerons tout à l'heure le nombre des ouvriers employés dans chaque industrie, et nous verrons que ceux qui peuvent . se croire intéressés au régime protectionniste, sont un infiniment petit vis-à-vis des ouvriers innombrables qui ont
loul profit au régime de la liberté commerciale (1). En eflfet, il doit leur procurer à meilleur compte les alimenls, les instruments de travail et les matières premières. Que pourrait la douane pour les industries qui s'exercent sur place et dont les produits ne sauraientlfranchir la frontière î II en est une qui a pris une singulière extension de notre temps. CeUe extension, nous n'avons pas à en examiner le caractère. 11 nous suffit de constater que l'industrie du bâtiment compte plus d'ouvriers que toutes les grandes industries dont on fait tant parade, quand on invoque le maintien du régime restrictif, que l'industrie des tissus et des fers (2). Pour celte dernière, le nombre de ses ouvriers ne répond guère aux prétentions ambitieuses qu'elle affiche. — J'aime l'industrie du fer. Elle fournit l'instrument le plus nécessaire de la production. Depuis le croc du chiffonnier jusqu'au burin de l'artiste, vous rencontrez partout le fer. Vous le rencontrez dans ces engins merveilleux que la science mécanique met en mouvement. Mais estce que l'industrie du fer compte un nombre énorme d'ouvriers, a-t-elle réellement beaucoup soufi'ert du traité de i860 ? C'est ce qu'il importe d'examiner.
L'industrie du fer, aussi bien que celle de la
(i) (Voir aux aaneies).
(2) (Voir aux annexas).
houille, n'a pas décUué, au contraire elle a vu augmenter la production intérieur (1). Sans doute, il est une branche de l'industrie du fer qui souOre, je le reconnais, c'est le fer au bois. Pourquoi? parce que le traitement à la houille s'est étendu. 11 n'y aurait pas eu de traité de commerce, d'acquits-à-caulion , d'admission temporaire, que les choses n'en auraient pas moins suivi la même marche. — Il est des procédés nouveaux de fabrication que l'on ne saurait condamner, à moins de condamner tout progrès et toute invention; les fers produits à meilleur compte, s'ils suffisent aux usages les plus ordinaires, s'ils sont créés à
(1) I.& produclîoD indigène de la bouille et sa consommaiion (importation comprise) a élé comme suit :
H BiUlMt 11 tililin MrliiH. rnJKIiii. (tiuauliu.
1864 ilS 174
Le prix sur le carreau de la mine, au lieu de diminuer, s'est maintenu.
La fonte au bois a décliné, mais celle au combustible minùral a grandi ; il en est de même des fers. La production totale a pa^j'sé, pour la fonte, de 86i,000 tonnes (1857) à 1,3S3,000 tonnes (1866) et pour le fer de 533,000 tonnes (1839) à 800,000 tonnes (1866).
A mesure que l'emploi de la houille et du fer augmente, l'industrie se développe; c'est là un intérieur infaillible.
l'aide de combuslible minéral moins cher que le combustible végétal, comment peut-on les empêcher de dominer? Le fer au bois souflfre, mai-ï ce n'est pas dans le traité de 1860 (jue se rencontre la racine du mal dont on se plaint.
Quant au nombre d'ouvriers qu'emploie l'industrie du fer, il n'atteint pas la moitié ou le tiers de ceux qui sont employés dans la cordonnerie (1). Oui, la modeste industrie de la chaussure l'emporte de beaucoup sur la majestueuse industrie du fer pour la quantité d'ouvriers qu'elle fait vivre. En étudiant la répartition du travail en France, on constate l'immense quantité de ceux qui tirent leur existence des industries que l'on regarde comme secondaires, comme inférieures, car il y a dans le classement des industries une certaine aristocratie.
Quand on se rend compte de la masse des ouvriers employés aux industries de l'habillement, du bâtiment et de l'alimentation (1), on reconnaît que l'intérêt du plus grand nombre milite en faveur de mesui-es plus énergiques et plus larges prises pour le, liberté commerciale, au lieu de pousser à des mesures rétrogrades.
Avant de passer à ce dénombrement , de faire la revue de la grande armée industrielle et des divers régiments qui la composent, disons som-
(i) Voir aux' annexes.
— Î2 — mairement les résultais du traité de 1860 dont nous avons indiqué les principales dispositions, parmi lesquelles se place aussi l'entrée en franchise des matières premières, toujours recommandée par la théorie de la protection (1). IJ a conduit à un accroissement de la production française, — et à l'augmentation de l'exportation.
Il est aussi un autre résultat auquel s'attache la théorie protectionniste, c'est l'augmentation de la richesse métallique du pays. Prenez garde, disaiton, la liberté commerciale va nous enlever notre or. C'est le cri qu'on entendit pousser de tous côtés quand on voulut procéder à l'application d'un principe fécond. Est-ce que le traité de 1860 a produit une pareille conséquence ? Visitez les caves de la Banque de France, elles vous répondront.
Tous les principes sur lesquels s'appuie l'Eglise protectionniste ont rencontré une réfutation éloquente dans la marche des faits.
Le pays qui apparaît toujours aux protectionnistes comme un danger menaçant, c'est l'Angleterre, c'est la perfide Albion. Il faut bien se résigner à employer le terme courant dont on se sert vis-à-vis d'elle. La perfide Albion nous ouvre notre meilleur marché. Nous exportons chez elle plus d'un milliard de produits, et nous importons d'Angleterre en France des centaines de millions en moins de ce que nous envoyons
(i) Voir aux annexes.
en Angleterre (1). C'est donc un pays qui devrait être béni par les protectionnistes, puisque les importations anglaises sont moindres que les nôtres? Non, c'est vis-à-vis de ce pays qu'il faudra dénoncer la Convention commerciale, parce qu'il fournit le fer, le charbon, et en grande quantité les matières premières nécessaires à l'industriel
On parle de la protection du travail national. Entendons-nous ! 11 semble que par travail national on devrait entendre le travail conforme au génie des habitants et nux conditions du sol. C'est sans doute le travail le plus productif, celui qui , avec une moindre dépense de forces , procure les plus grands résultats ; il devrait
(I) Nos rapports commerciaux avec l'Angleterre !>e résument comme il suit depuis 1S60: commerce spécial (valeurs en millions).
1866 652 1.153 L'accroissement est d'environ cent pour cent. L'augmentation
totale du commerce de la France avec l'Angleterre est de 937 millions, en comparant le résultat de 1866 avec celui de 18S9, ann<ie antérieure à la réforme. Cette augmentation porte sur 375 millions à l'importation et sur 562 millions àTexportatioa.
être appelé travail national par excellence. Non, on a changé tout cela, comme Sganarelle. On nous convie à regarder comme travail national celui qui doit coûter le plus cher pour produire le moins, celui pour lequel nous avons besoin de protection, afin d'empêcher que les produits créés à meilleur compte à l'étranger, ne pénètrent sur notre marché. Le droit de douane ne fait rien pour changer les conditions de la fabrication; il change seulement les conditions de pris; on nous fait payer plus cher ce que nous pourrions acheter à meilleur compte; nous nous mettons nous-mêmes à l'amende en appliquant le principe de la protection.
Le régime admis depuis 1860 a grandement profité au pays (1).
(1) Voici l'espace parcouni par notre commerce extérieur d^uis
1860 : (Valeurs en millions de francs).
Commerce spâcial. Iiaportations, ExparlalloDS.
1866 2,793 3,180 C'est en somme un accroissement d'environ 50 0/0. Lps brusques
variations qui atteignent les années successives, proviennent de l'influence exercée par les récolles, qui augmentent tantôt l'exportation et tantôt l'importation du blé.
Lu suppres^on de certaines taxes sur les matières premières a introduit une légère augmentation dans les totaux indiqués, en naturalisant des produits exotiques.
Le commerce général de la France en 1866 s'est élevé à 8,136 millions avec une augmentation de 2,711 millions sur 1839, année antérieure à la réforme commerciale.
Ainsi, il y a un aceroissemenl énorme des exportations, le commerce général du pays a marché d'un pas rapide,
Un homme d'Etat dont la valeur est connue, et dont le nom exerce une autorité légitime, nonseulement en Angleterre, mais partout, M. Gladstone a dit : « Le revenu d'un pays et sa richesse se mesurent par l'étendue du commerce. » Si le commerce s'accroît, si les relations commerciales se multiplient, nécessairement il y a augmentation de la richesse et du revenu d'un pays; nous pouvons le constater dans la marche progressive de notre énorme budget. Comment s'expliquer cette influence? La chose est trèssiinple, on achète les choses dont on a besoin, à meilleur compte, on vend au contraire ce qu'on a en trop, ce que l'étranger nous paye en produits avantageux pour notre consommation.
L'avantage des libres relations commerciales se traduit dans le mouvement du commerce depuis le traité de 18G0. Le commerce spécial, celui qui concerne les produits de la France destinés à l'exportation, ou les produits destinés à la consommation de l'intérieur, à l'importation, s'est accru dans des proportions rapides. Voici, en effet, le mouvement général des échanges opérés depuis celte époque.
En 1852, — je ne prends que le commerce spécial, nos importations s'élevaient à peu près à
— Î6 un millidh el nos exportations à un milliard et un quart
En 1858, deux années avant le traité de 1860, nous avions pour les importations un chiffre de près de 1,600 millions. Un chiffre de 1,800 millions pour les exportations.
En 1802, le chiffre des importations monte déjà à près de 2 milliards 200 millions, et le chiffre des exportations, à 2 milliards 242 millions.
En 1863, les importations étaient de 2 milliards ÛOO millions,] es exportations de 2 milliards 600 millions.
En 1864, les importations atteignent un chiffire près de â milliards. Les exportations, un chifire de 3 milliards et demi.
En 1865, les importations sont à 2 milliards 600 millions. Les exportations à 3 milliards 600 millions.
En 1866, les importations s'élèvent à 2 milliards 793 millions. Les exportations à 3 milliards 180 millions.
Ainsi, dans un petit nombre d'années, par un accroissement dont la rapidité semble tenir du prodige, du moment où l'on a écarté des obstacles funestes, nous assistons à l'extention progressive et de plus en plus rapide de notre commerce extérieur, cet élément considérable de la richesse de tous les pays.
Les faits sont donc là pour répondre aux attaques dirigées contre les principes admis en 1860,
principes qui, ne sont pas ceux, nous le répétons» de la liberté commerciale, mais bien ceux de la prolection substituée à la prohibition.
C'est un régime de transition auquel nous devons nous soumettre ; les réformes sagement et prudemment effectuées mènent plus vite au but que ne le feraient les révolutions violentes. Il s'agit ici d'une réforme sage, prudente, circonspecte, qui a été inscrite dans nos lois, et dont le résultat se trouve justifié par les chiffres que je viens de rappeler (1).
(i) Pour bien se rendi'e compte du caraclère de ce mouvement, il est bon de mellre en regard les articles t-ur lesi]uels il a surtout porté tant à I importation qu'à l'esportation.
Imporlalions. — Vakw en millions de francs.
HATIËRES PRINCIPALES ^ËCESSJtlRES A L'INDUSTHIE.
Augmentations tes plus fortes :
Peaui brutes 78 à i26
Laines .... : 166 à 21S
Soies et bourres ■ ■ . . 184 à 307
Colon 270 à 426
Guano U k 20
Houilles 104 à 146
Huile pétrole " 6
Un 4) à 62
Graines à ensemencer 9 à 43
Tabac en feuilles 14 à 20
Bois communs 13». à 180
Gomme pure exotique. ............. 3 à 14
— Î8 — J'ai indiqué les résultais de nos relations spéciales avec l'Angleterre ; l'accroisseinent général du commerce de la France avec le monde entier s'accuse en traits plus éclatants encore, alors qu'il s'agit des relations commerciales entre
Bois d'ébénisierie 9
Fnûls oléagineui 13
Uiitiinution :
Fontes brutes J3
Kiïrs et aciers 6
Plomb 9
Zinc 18
Cuivre iO
Erporlations, — Commerce spécial.
Laines 20
Vins 193
Kaux-de-vie 50.7
Bestiaui 20
Beurre et fromage 35
OEufs 17.8
Fruiis de lablc IS
Poisson de mer 13
Peaux préparées 32
Peaux biules 2
Ouvrages peau et cuir 59
Chapeaux de feutre : . . . . 6
Horlogerie 4
Bimbeloterie, Mercerie, Tabletterie, pelils mjubles. 95.8
Modes, Fleurs arli^cielles :.:.... 8.8
(infection. Linge, Habillement 77
Papier et ses applications 21
Potasse, verre et cristaux 27
Ti.ssus soie 333
— laine 188
— lin et chanvre . . 14
— colon 21
Jî
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.a France et l'Angleterre; le traité de 1860 se recommande également de ce côté à l'adhésion des protectionnistes les plus déterminés.
Il n'est pas, je le répète, un des principes que les protectionnistes ont l'habitude de mettre en avant, qui ne rencontre satisfaction dans les faits tels qu'ils se sont produits.
Je vous ai montré quel était le résultat pratique d'un régime qu'il suffît de connaître pour l'approuver, et pour en écarter les critiques violentes dont il a été l'objet. Le mal qu'on lui impute vient d'ailleurs, loin de l'aggraver, il en a singulièrement adouci les résultats. L'industrie française, au Heu de décliner, a grandi depuis huit ans, tout s'accorde à le prouver, et l'importance de notre commerce, et l'utilisation progressive des matières premières, et l'emploi de plus en plus considérable de la houille et du fer.
Quelle a été la cause principale du malaise dont se plaignent certaines industries ?
EQe tient en partie au succès rapide qui a suivi l'application du traité de 1860. Relevez le nombre des métiers dans les cités manufacturières qui font le plus vivement entendre leurs doléances, et comparez-le à celui des métiers qui battaient avant 1860, vous aurez le mot de la situation actuelle.
On a profité du régime nouveau ; on a accru la production. On a pensé que cet accroissement irait toujours d'une manière progressive ; ce
n'était pas possible. L'avantage acquis était coasidérable, mais l'accroissement continuel de la production, la multiplication continuelle des métiers n'était pas un acte de prudence ni de prévoyance. On a multiplié les métiers au delà des besoins du marché : les succès obtenus, les riches moissons recueillies pendant quatre ou cinq années ont encouragé à augmenter les moyens de production au delà d'une sage mesure. Est-ce donc au traité de 1860 qu'il faut se prendre du malaise temporaire subi par certaines industries? Est-ce le traité de 1860 qui est coupable du défaut de proportion ou d'un entraînement trop soudain de l'esprit de spéculation ?
Un partisan éclairé du régime de la protection m'a adressé une lettre dont je lirai ici quelques lignes; elles me semblent fournir la confirmation précise des indications que je viens d'énoncer.
« Tout en ayant gagné, pendant quelques an- » nées, Roubaix (je préfère citer Je nom même de la grande métropole manufacturière qui se plaint aujourd'hui), Roubaix se trouve ac- » tuellemenl dans un état précaire ; les fabricants, » trop confiants dans la marche croissante de » leurs affaires, ont monté des métiers en raison » des demandes qui leur étaient faites; main- » tenant que les transactions sont diminuées, la » fabrique produit beaucoup et elle est obligée
» de restreindre celle produclion avec un malé- » riel trop considérable sur les bras. »
Le succès acquis a poussé à nne mulliplicalion Irop rapide des métiers ; le marché ne suffît plus, surtout dans des époques de gêne, comme celle que nous traversons, pour absorber toutes les marchandises produites, et l'on rejette sur le traité de commerce la responsabilité d'un étal de choses qui vient de ce que ce traité a agi d'une manière extrêmement favorable dans les premières années qui l'ont suivi.
La liberté du commerce, j'ai eu l'occasion de le dire il y a plus de vingt ans, agit comme une machine nouvelle , d'une puissante influence. Elle entraine avec elle une transformation inévitable de matériel et de procédés, qui cause un trouble temporaire. Nous l'avouerons, ce qui nous a surpris, c'est l'aisance avec laquelle s'est opéré un changement, toujours pénible à subir. Si l'on venait, comme de pauvres ouvriers qui peuvent jusqu'à un certain degré rencontrer une excuse dans le défaut des lumières et dans l'entraînement auquel les expose la nécessité de chaque jour, si l'on venait à briser cette machine, quel triste symptôme des erreurs vulgaires !
Comme les autres machines, celle de la liberté commerciale conduit à faire atteindre le double résultat auquel nous devons viser et qui con-
siste à augmenter le salaire, tout en multipliant les produits obtenus à meilleur compte. Les conditions meilleures viennent toujours de la même source, du travail économisé, c'est-à-dire du résultat accru, car on ne fait pas du travail pour faire du travail comme on a prétendu faire de l'art pour l'art ; on travaille pour produire le plus possible.
J'arrive à l'argument dont on s'est le plus servi et qui me tient le plus à cœur, l'intérêt des ouvriers dans cette grande question.
On ne connaît pas assez la répartition de la population ouvrière de la France. Si les chiffres relevés à cet égard étaient plus généralement répandus, la discussion à laquelle nous assistons se terminerait promptement.
Quelle est la répartition générale de la population Française ? Voilà ce que j'essaierai d'exposer rapidement.
En comptant par grandes divisions la population de la France, nous voyons que l'agriculture comprend aujourd'hui à peu près la moitié des habitants.
L'industrie en compte un peu plus d'un qiiarl.
Le commerce occupe et nourrit un million et demi d'hommes sur les trente-huit millions de population.
Les professions diverses intéressant l'agriculture, l'industrie, et le commerce, au delà d'un million.
Les professions libérales, près de deux millions.
Les individus vivant exclusivement de leurs revenus sont au nombre de dix-huit cent mille, et les personnes appartenant à la catégorie des professions Libérales s'élèvent à peu près à la même quantité.
Telles sont les grandes divisions de la population française (i).
On a souvent dit : Pourquoi vous inquiétezvous des droits de douane qui peuvent améliorer ta condition des producteurs. Vous parlez des consommateurs, montrez-nous donc ce rare phénomène : un consommateur qui ne soit pas en même temps un producteur. Est-ce qu'il ne s'établit pas des compensations?
Vraiment il faut avoir le cœur bien dur pour refuser aux producteurs la satisfaction qu'ils désirent alors que la compensation doit se faire, des comptes s'établir, et que c'est la main droite qui paiera la main gauche.
Non I les choses ne se passent pas tout à fait ainsi. Si c'était la main droite qui payât toujours la main gauche, je me plaindrais encore de voir les frais de perception peser sur les deux mains, et quelque chose s'égarer en route; mais je
(1) Nous publions aux annexes divers tableaux qui donnent, d'après le dénombrement de 1866, le nombre des patrons, employés et oumera des induslries textile , extractive et métallurgique , ainsi que la désignation chiffrée de tous les groupes ioduBtriels,
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ne crois pas qu'il s' établisse entre la main, droite et la main gauche, une compensation qui aboutirait d'ailleurs à consacrer une illusion pure et simple.
On dit : Montrez-nous un consommateur qui ne soit pas un producteur? Soit. Mais producteur de quoi î Gomment? Les divers producteurs partagent-ils la môme position? Est-ce que les professions libérales, par exemple, sont intéressées aux droits de douane? Est-ce que ceux qui produisent, et leur nombre s'accroît de plus en plus avec le progrès des lumières et le développement de la civilisation, est-ce que ceux qui produisent intellectuellement ou se livrent aux travaux les plus rapprocbés des œuvres intellectuelles, peuvent profiter du droit de douane I Pas le moins du monde! Ecartez cette catégorie, vous savez qu'elle est considérable. — Les commerçants sontils favorisés par les droits de douane! non, sans aucun doute : le commerce vit de la facilité, de la multiplicité et de la rapidité des transactions.
H souffre de la douane, il n'en profite pas.
On avait réussi jadis à rallier l'agriculture au drapeau de la protection ; elle l'a résolument répudié, et pour les céréales, et pour le bétail, et pour les autres denrées ; elle est revenue à d'autres sentiments, à d'autres idées; elle connaît mieux ses véritables intérêts; elle aussi ne peut proâter
que de la liberté ; elle puise ses forces dans la liberté, elle grandit par la liberté des éclianges.
Quoi qu'il arrive, lui disait-on il n'y a pas longtemps, quand le piix des grains était bas, vos blés resteront à vil prix; dès qu'une demande plus forte réagira, les montagnes de céréales qui s'amoncellent aux bords du Danube, dans la Russie méridionale, en Egypte, vont s'écrouler sur noire pays ; la culture deviendra impossible.
La réponse est facile : Les prix ne se sont que trop relevés, mais grâce aux principes qui ont servi de point de départ de la réforme de la loi sur les céréales , en Angleterre , et qui se communiquent au monde entier , le pays, s'il soui&e aujourd'hui de la cherté du pain, n'est pas, du moin^, exposé aux horreurs de la disette et de la famine. Les horreurs de la disette et de la famine OQt disparu pour toujours du monde civilisé par suite de la facilité des relations commerciales.
Nous pouvons déjà apprécier quel est l'intérêt du plus grand nombre, puisque c*est au nombre qu'on a voulu faire appel.
Ce n'est pas tout; au milieu de ces millions d'individus qui travaillent dans les div^^rses industries, ou que ces industries font vivre, quels sont ceux qui peuvent se croire intéressés aux droits de douane élevés? C'est le très-petit nombre. Ce
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n'est pas la vingtième partie de la grande famille . de l'industrie française.
D'abord se présentent les manufactures de tissus ; je ne suis pas de ceux qui croient que notre industrie se trouve tellement arriérée qu'elle ne puisse supporter l'air libre de la concurrence. Je crois qu'il y a une grande, une belle industrie qui emploie une quantité considérable de bras, l'industrie des laines, qui se trouve assez bien du régime de la liberté commerciale; et que dire de l'industrie des soieries, éminemment française? que dire dans chacune des autres catégories de tous les objets de goût qui constituent pour la France, au dire deColbert, le plus adroit de tous les commerces î
Que dire de cette ingénieuse, de cette féconde industrie parisienne qui multiplie, sous toutes les formes, un appel victorieux aux consommateurs du monde entier î
Est-ce que ceux qui désireraient des droits plus élevés sur les produits étrangers songent à abandonner le commerce du dehors î Est-ce que l'exportation française, quant aux produits des grandes manufactures, ne se chiffre pas chaque année par centaines de millions? Sur les marchés du dehors, nous rencontrons nos rivaux à conditions égales ; nous ne profitons môme pas de ces droits que quelques-uns voudraient regarder comme insuffisants. Il faut cependant que l'on
vende. A quelles conditions? Quel est Télément sur lequel la réduction doit s'exercer, alors qu'il s'agit dans un régime restrictif de conserver les marchés étrangers? Il n'y a qu'un élément élastique ; j'ai promis de dire la vérité, je la dirai tout entière, il n'y a qu'un élément élastique sur lequel peut porter la réduction, c'est le salaire des ouvriers. Le capital se transporte aisément de pays en pays et ne se contente nuUe part de conditions moins bonnes ; la rente du sol ne peut être diminuée par le droit de douane ; quel est l'élément de production sur lequel pèse nécessairement une condition inférieure, si celle-ci existe en réalité (1) ?
C'est le salaire de l'homme, c'est la vie de celui qui travaille; l'observation a été faite plus d'une fois et vérifiée par les faits. Sous l'empire de la prohibition, les industries auxquelles ce régime se trouvait appliqué, présentaient les salaires les plus bas; par une fatale contagion, cet abaissement des salaires, amené par le désir de porter les marchandises sur les marchés étrangers, cet abaissement des salaires s'étendait
(I) La seule manufaclure qui De puisse pas être protégée par la douane, c'est la manufacture des bras. Nos ouvriers sont trop pénétrés de ]'e.«prit de la fraternité humaine pour demander, satif les cas d'eïcitation passagère, une barrière contre l'arrivée des travailleurs étrangers. Cel& suffit pour t[ue toute hausse arlifluitdle du salaire devienne impossible.
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de proche en proche à tous les ouvriers. Quel est, au contraire, le fait saillant, le fait auquel nous assistons, et que constatent nomhre de plaintes que nous entendons retentir sans nous y associer? C'est l'accroissemeut des salaires. Le point de départ de raccroîssement des salaires, de raméUoration dans la condition de ceux qui travaillent, se trouve dans l'application partielle encore, mais enfin dans Tapplication plus large du principe de liberté commerciale. Une observation pareille a été faite en Angleterre.
Une production plus abondante, réalisée dans des conditions meilleures; plus de résultats obtenus avec une moindre dépense de force et de capital ; plus de machines mises en œuvre et plus de lumières, telles sont les bases sur lesqiielles repose l'amélioration dont tous profitent. La part des ouvriers devient moins exiguë, quand la masse produite augmente ; le salaire se relève au contact de la liberté commerciale- La condition de l'industrie française est mauvaise, dit-on, et cependant les salaires augmentent! La condition de l'industrie française est mauvaise et la production s'accroît! Vous employez plus de fer, plus de charbon, plus de matières premières, et on dénonce la condition de l'industrie comme déplorable l Que serait-elle donc, si nous avions moins d'acier, moins de fer, moins de tissus, moins de matières premières?
L'abondance de la production, c'est là ce dont on doit s'occuper, ce qu'il faut favoriser avant tout, parce que la récompense du travail ne descend pas du ciel, elle découle de nos bras. Les résultats de la production se répartissent entre tous ceux qui ont contribué à la créer, et suivant que ce résultat sera plus ou moins abondant, la part de chacun sera plus ou moins suffisante (1).
Les adversaires du régime de 1860, disent : Nous ne pouvons produire qu'à tel prix ; et l'ouvrier ne dira-t-il pas, en vertu du môme système : Je ne peux vivre qu'à tel prix, que lui répondrez- TOUS? Au lieu d'invoquer la marche régulière, naturelle du développement économique des sociétés, vous voulez imposer des tarifs arbitraires et recourir à des moyens factices. Les tarifs ar-
(1) Le tarif de douane, destiné à élever le prix du produit rréé è riDlérieur, a pour but de donner une tubventùm véritable. C'est un impôt qui pèse sur tous les consommateurs, qui est perçu au profit de ceux qui obtiennent un privilège, et nous ne devons payer t'impAt qu'à l'État. Par suite du droit perçu à la frontifere, on arrive à rénumérer ce qui n'est point un service rendu, et en fin de compte cette &veur équivaut à un secours. Elle conduit à quelque chose d'analogue aux résullals des ateliers nalioRaui, do triste mémoire, où l'on arrivait à récompenser un effort stérile, analogue au Ircad-mill des workhouses Angkix, oîi les hommes liaient employés h tourmenter le vide. Au \Wm de créer ainsi des biens, on les détruit; on gaspille le principal élément de la produclion, l'activité humaine.
bitraîres et les moyens factices, ce n'est pas seulement sur la production cpi'on peut les faire agir, on peut les faire agir aussi sur les salaires. Vous savez quel est le danger; vous évocpiez des doctrines fausses et périlleuses au premier chef. Formuler en principe le droit au profit, n'est-ce, pas, en vertu d'une conséquence irrécusable, faire réclamer le droit au travail ?
Non, tdle n'est pas la vérité, elle se trouve dans l'application d'une économie plus saine, plus généreuse, plus libérale.
Si l'on prétend imposer d'une manière factice des conditions à la production, j'en ai montré les effets et les conséquences.
Je n'ai pas reculé devant des chifiires arides, j'ai écarté ce qui pouvait fournir la part la plus brillante de cette discussion, je l'ai écarté de propos délibéré; j'ai préféré analyser devant vous les différentes catégories qui composent la population française. 11 est un fait sur lequel je dois encore appeler votre attention, c'est le mouvement accompli par les différentes parties de la population dans ces derniers temps.
Tout le monde le sait, la partie de la population consacrée à l'agriculture a diminué ; — je n'entre pas dans l'examen des causes ni dans l'étude spéciale de cette question. — La partie de
la population consacrée à l'industrie a augmenté. Est-ce là un signe de détresse industridle (1) ?
L'industrie textile, en y comprenant tons les lissus, la soie et la laine, qui ne redoutent point la concurrence, le coton et le lin, cette fraction de la population industrielle de la France, en dénombrant les familles de ceux qui vivent directement ou indirectement de ces professions, entrepreneurs, patrons et ouvriers, forme un total de deux millions pour la France entière.
L'industrie extractive, mines et carrières, se chifijre par &39 mille individus, hommes, femmes, enfants, vieillards.