DE GS
Mais ce qui caractérise surtout l’industrie minérale c’est qu’elle enlève au sol sans lui rien rendre, elle est « extractive, > bouleversant le fonds, elle anéantit le tréfonds, elle épuise le gîte qu'elle exploite, gîte que des causes géologiques ont mis des millions d'années à produire et que l’action des forces naturelles actuelles ne recomposera probablement jamais.
Parmi toutes les richesses que met au jour l’exploitation des mines, il en est une que les nécessités techniques de l’industrie, telle qu’elle s’est constituée au siècle dernier, lors de l’avènement de la forcevapeur, ont mise au premier rang : c’est la houille.
Outre les multiples produits qui en dérivent, goudron, aniline, saccharine, engrais ammoniacaux.., la houille donne aux autres industries le combustible et la force motrice qui en est la résultante et l’on peut dire que sans elle, en l’état actuel de la science, nulle industrie ne saurait être. Il se peut qu'il n’en soit pas toujours ainsi,il se peut que des forces nouvelles captées et asserviesarrivent un jour à supplanter le précieux minéral,mais toute la gamme chromatique des houilles, blanche, bleue ou verte, ne présenteencore aujourd'hui qu’un intérêt à peu près théorique et il est à prévoir que son application ne deviendra courante qu’à l’époque, encore heureusement lointaine, où la disparition des combustibles minéraux deviendra imminente.
Quelques chiffres feront mieux comprendre toute
ire
l'importance et toute l’utilité des combustibles minéraux, et l’on verra, par la place qu’ils occupent dans le rendement minier général, que, si la terminologie était toujours exacte, ce ne serait pas à l’or
à l’argent que l’on réserverait l’appellation de « métaux précieux ». La production minière mondiale atteint annuellement une valeur de 9 milliards, dont 6 milliards pour les combustibles minéraux, soit les 2/3, les métaux monétaires (or et argent)ne eprés sentent qu’une valeur de 2 milliards.
On conçoitaisément que les pays largement pourvus de houille exercent une suprématie industrielle à peu près forcée ; le succinct aperçu qui va suivre suffira à le démonirer.
Au commencement du siècle dernier la production de la houille dans le monde entier était de 12 millions de tonnes (elle est aujourd’hui de 820 millions) (1), dont 10 millions produits par l'Angleterre. Celle-ci, qui, en 1878, produisait encore plus de la moitié de la houille consommée dans le monde entier est aujourd’hui distancée par les États-Unis et sa production cependant considérable de 234.020.000 tonnes ne représente plus que les 2/7 de la consommation
mondiale. Cette production à outrance n’est pas d’ail-
1. Ces chiffres et ceux qui vont suivre sont empruntés à la Statistique minérale du Ministère des Travaux Publics,
in-4, 1903,
Etes
leurs sans inquiéter bon nombre d’économistes qui prévoient que, dans un siècle, selon les uns (Stanley- Jevons, Price-Williams),dans deux, selon les autres (Hall, Armstrong), les houillères anglaises seront épuisées.
LesÉtats-Unis qui occupent aujourd’hui le premier rang parmi les pays houillers ont vuleur production s’accroître de 100 0/0 depuis 1880 et atteindre en 1903, 272.000.000 de tonnes.
L'Allemagne, qui possède le bassin houiller le plus considérable de l’Europe continentale : celui de la Rühr,produit annuellement 116.000.000 de tonnes.
Noire pays qui vient en quatrième ligne est moins bien partagé, au point de vue des combustibles minéraux, que ceux dont nous venons de parler. Notre sol est assez pauvre en gisements houillers ; nous possédons bien 646 concessions de mines de combustibles minéraux représentant une superficie de 555.000 hectares, mais il n’en est que 370 (57 0/0) qui soient exploitées, ce qui ramène la superficie du terrain houiller utile à 400.000 hectares. De plus notre industrie minérale, qui a tiré de ces ressources modestes à peu près tout cequ’on en pouvait obtenir (34.000.000 de tonnes en 1903), rencontre des difficultés particulières:les couches de houille sont disloquées,minces et couvertes d’une grande épaisseur de
morts-terrains (1); en Angleterre, elles sont au con-