‹ Les retraites fermées au Canada [microforme]Chapitre 5 sur 7 · VILLA SAINT. MARTIN · texte numérisé non relu

VILLA SAINT. MARTIN

La Broquerie ne pouvait être que provisoire. Outre certains motifs secondaires, la raison dominante était son utilisation dans les seuls mois de navigation libre.

L reste de l’année, l’œuvre chômait. On ne pouvait

donc lui donner les proportions voulues, le déploiement que, par exemple, Mouveaux en France, Fayt-les-Mana-

ge en Belgique, ont réalisé. . .

En 1912, au cours d’une retraite de marchands et d'industriels, le projet d'un site nouveau et d'une construction de grande allure prit corps, et: bientôt un riche citoyen fit l'offre d’une belle propriété de virgt acres sise sur les bords de la Rivière-des-Prairies, dans l'Île Jésus, à quelques milles de Montréal. On y accède en une heure par les tramways de la grande ville. Les souvenirs historiques ne se rattachent plus ici à un antique manoir, comme à la Broquerie, mais à la Rivière-des-Prairies qui sépare les deux îles de Jésus et de Montréal. Les premiers missionnaires du Canada, Récollets, Jésuites et autres, y ont passé et repassé

s leurs canots d'écorce : elle était la seule voie fluviale directe vers les Pays d'en haut, attendu que les rapides du Sault-Saint-Louis barraient le fleuve Saint- Laurent en amont de Montréal. Notre rivière n’a pas les proportions du grand fleuve. Le prnt cepen-

… dant qui relie les deux rives à leur point le : rapproehs, en face de la Villa, a bien encore une l. ;ueur de

sept cent trente pieds: tout près d'ici, sous nos Yeux, la rivière s’épanouit en un beau lao d’un demi-mille de 5

Le site était choisi: restait à construire. Appuyés . sur de généreuses Promesses, dont plusieurs, par suite d'un krach dans les spéculations immobilières précédant de peu l’horrible guerre européenne, restèrent

À l’état de Promesses, les Jésuites se mirent à l'œuvre. Le 2 novembre 1913, la maison était bénite par l’ar-

chevêque de Montréal, sous le nom de « Villa Saint- Martin» qu'avait suggéré la dévotion du donateur de l'immeuble pour le grand thaumaturge des Gaules. Elle était prête à recevoir ses hôtes, avec ses quarante chambres disponibles pour les retraitants, sa belle chapelle, son réfectoire, sa vaste salle de récréation qui sert, le troisième jour de la retraite, de salle de conférence, et à l'extérieur, l'entourant de tous côtés, une large véranda garnie de bancs et de pliants; devant elle, c’est le pare, les corbeilles de fleurs, les bosquets, les allées ombreuses, les pelouses qui s'étendent au loin et vont, en pente douce, se perdre dans les eaux limpides de la rivière.

: La première retraite s'ouvrit le 12 janvier 1914. Heureux présage : elle était formée d’un groupe nombreux de prêtres, ayant à leur tête Mgr Stagni, Délégué apostolique au Canada. Puis ce fut, chaque semaine vers la Villa Saint-Martin, le défilé d’un groupe de re,

traitants, juges et avocats, médecins et pharmaciensnotaires, instituteurs, marchands et hommes d’affaires, voyageurs de commerce, employés, ouvriers, plusieur, associations, plusieurs groupes paroissiaux, ceux-cs tendant à devenir de plus en plus nombreux. Troisi fois par année, un feuillet-indicateur largement distribue, nortant quelques avis pratiques, annonce les dates des divers groupes pour les quatre mois suivants, D'ordinaire les retraitants arrivent le jeudi soir et repartent le lundi matin; ils ont ainsi, comme cela se pratique en Europe, trois jours pleins de retraite. Le troisième jour, à 5 heures de l'après-midi, se tient dans la grande salle, une conférence à laquelle on invite le curé de la paroisse ou l’aumônier et les officiers du groupe en retraite, et où l’on discute les intérêts du ercle, les œuvrés à fonder, celles à promouvoir : débats crès appréciés, causeries spirituelles, animées, en famille, tfécondes par les œuvres qui leur doivent ou leur naissance ou leur réveil.

L'Association catholique des voyageurs de commerce est une des belles œuvres issues des retraites fermées. Formse d’abord du seul Cercle catholique des voyageurs de Montréal (140 membres), elle a essaimé à Québec (75 membres), à Saint-Hyacinthe (40), à Sainte-Marie de Beauce (40), à Hull (30), à Ottawa (60), aux Trois-Rivières (30). Ces cercles se sont unis, en -. Calquant les constitutions de l'A. C. J. C. C'est aujourd'hui une très vivante fédération, dont l'influence au loin et eu large va croissant chaque jour. Agents de tous articles, depuis la revue et le livre jusqu’au clou pour fer à cheval (il n’est pas de sot métier), dégourdis, langue bien pendue, pas froid aux yeux pour deux sous, vrais apôtres laïques, ils ont à leur actif les conversions les plus édifiantes et les plus désopilantes qui se puissent raconter, ils propagent ou relèvent à travers nos provinces le sens catholique par leurs entretiens, par les livres et les brochures qu'ils répandent, par le bon exemple qu'ils sèment sur leur route comme une semence d’Évangile.

Au-mois de juillet 1915, des avocats étaient en retraite; à la conférence du troisième jour, ils se prirent à regretter le manque de science religieuse solide chez la plupart de leurs contemporains et en particulier chez ceux qu'on appelle la classe dirigeante. Au cours de la discussion, l’idée fut émise, tout de suite adoptée avec enthousiasme, d'un cours d’apologétique qui se donnerait à Montréal. Le mois suivant, les médecins en retraite accueillaient avec non moins de satisfaction le même projet. Dès le mois d'octobre, le cours d’apologétique, confié à un Père de la Compagnie de Jésus, s'ouvrait dans un vaste local dite salle académique du collège Sainte-Marie, devant un auditoire composé de juges, d'avocats, de médecins, de journalistes, d’instituteurs, d’hommes d’affaires, ete., et que présidait Mer l’archevêque de Montréal. — Pendant trois ans, chaque semaine, du mois d'octobre au mois de mai,

ce haut enseignement fut suivi avec un vif intérêt et

sans doute avec un égal profit par plusieurs centaines etes appartenant surtout aux professions libé-

Un autre genre d'activité fut, à deux repr,ses, la tenue en cette maison de journées sociales, A la pre-

. Mmière se discuta la très grave question des unions ouvrières catholiques à substituer de plus en plus nombreuses aux unions neutres et internationales. Un beau dimanche du mois d'avril 1918 de quarante à einquante invités se présentèrent, tant prêtres que laïques en nombre à peu près égal, présidés par l'évêque auxiliaire de Montréal; neuf diocèses y étaient représentés. Cette fructueuse réunion éüt son complément dans zune deuxième, moins nômbreuse, au mois de juin, où le sujet d'étude se limitait aux seuls ouvriers de Mont-

réal. De l’une et de l’autre journée sociale sortit pour certains diocèses le germe d'une vivante action syndicale catholique. Pour d’autres qui avaient déjà pris

les devants, c'était une poussée de plus donnée à leurs splendides œuvres ouvrières.

Le 28 septembre ce fut au tour des voyageurs de Commerce à tenir leur première réunion générale. Deux cents membres de leur Association, venus de Montréal, de Québec, de Sainte-Marie de Beauce ét de Saint- Hyacinthe. (les trois autres cercles n'étaient pas encore fondés) s'étaient donné rendez-vous à la Villa Saint- Martin. Deux jours durant ils étudièrent, ils diseutèrent ensemble les problèmes qui intéressent leur état et leur foi, entremélant le tout d'exercices religieux et de récréations musicales et sportives. Avec de tels : hommes, je vous laisse à penser ce que furent ces heures magnifiques. On y entendit les plus belles, les plus ardentes professions d amour de Dieu, de son Église et de la patrie canadienn Et comme chez un voyageur de commerce la parole est pour l'action, chacun sortit de ce cénacle éncore plus apôtre qu'il n'y était entré.

Je termine ep signalant une pratique pieuse que le directeur des retraites à instituée, au mois d'octobre 1917, pour le renouvellement de l'esprit des anciens retraitants. (est une heure de récollection mensuelle, de septembre à juillet, dans la chapelle de la grande congrégation du collège Sainte-Marie, à Mont-éal. Le premier dimanche du mois, les retraitants de la ville et des environs, au nombre d'à peu près cent cinquante, se réunissent au collège À 8 h. du matin. Après 468 confessions, la messe commence parmi les hymnes et les cantiques, tous y communient; la messe terminée, allocution du directeur des retraites, suivie d'une brève méditation; puis, pour couronner le tout, le chant touours si cordialement enlevé du Magnificat.

Les retraitants voulurent que la réunion du preimier dimanche de janvier 1918 fût plénière et devint en quelque sorte comme une demi-journée sociale. Plus de quatre cents répondirent à l'appel, de tout âge, de toute profession, accourus de toutes nos provinces. Après la messe, le déjeuner se prit au collège: puis, dans la salle de l’Union Catholique, unc assémblée se tint où, au milieu des manifestations les plus fraternelles de la joie commune, un délibéra sur l'œuvre des retraites, sur les meilleurs moyens de la promouvoir. Sans plus tarder, on décida la fondation de la «Ligue des Retraitants » avec son organe La Vie nouvelle qui, chaque mois, irait porter aux anciens retraitants le mot d'ordre de la doctrine, de la-piété et de l’action, tout en les renseignant sur le mouvemen des retraites. Un Comité de la Ligue fut élu pour veiller non seulement a ux intërets de l’œuvre, mais encore, — beau geste qui n'était point, je vous assure, un coup d'épée dans l’eau, — à ceux de la cause catholique. En effet, peu de temps après, le Comité fondait à son tour une ligue la « Ligue des bonnes mœurs », qui s'emploie à établir dans chaque paroisse de Montréal un conseil de vigi. lance : ces conseils recueillent les cas locaux et les réfè. rent au Comité central; celui-ci, après étude, les com.

oigté ot la pru- Une ténacité que rien ne rebute : toutes qualitée cr, nnaître dans les douze membres u

Il ressort de ces notes, retraites fermées au Canada ont accompli, en dix ans, Une somme de travail considérable, et dans le do intime des âmes et dans les r

tion sociale, Daigne Dieu leur conserver, encore leur fécondité, pour le ot sa plus grande

Ÿ Gronozs, évêque de Philippopolis Adm.

90 mai 1919

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