‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 12 sur 80 · L'ÉLIMINATION DU HASARD · texte numérisé non relu

L'ÉLIMINATION DU HASARD

dans un sac, des chances identiques pour sortir. Certaines habitudes mentales favorisent les uns au détriment des autres.

Ainsi, une personne qui devine un âge est portée, comme tous ceux qui citent des chiffres, à fixer de préférence son attention sur des nombres ronds; l'expérience a démontré depuis longtemps qu'on dira plus souvent20que 18ou que22; un juge condamnera plus souvent à 10 ans de prison qu'à 9 ans ; cela n'a rien à faire avec la justice, cela tient au mécanisme de l'attention.

En outre, le graphologue ayant à étudier des séries d'écritures, fera volontiers des comparaisons d'âge entre des écritures qui se suivent immédiatement; on percevra des contrastes ou des analogies qui pourront faire modifier les appréciations. Après une écriture qui exhale la fraîcheur de la jeunesse, une écriture d'adulte semblera vieillie. Parfois, pour lutter contre la monotonie d'une série de chiffres, on éprouvera le besoin de varier un peu ceux qu'on donne, on en voudra de plus catégoriques, de plus extrêmes, ou au contraire de plus prudents, de plus moyens.

Pour tenir compte, autant que possible, de toutes les particularités de cette mécanique mentale, je me suis avisé de l'expédient suivant * : j'ai calculé les écarts que je trouvais entre l'âge réel d'une personne et l'âge qu'un expert avait attribué à la personne dont l'enveloppe portait le numéro précédent ou suivant ; comme cet expert n'avait point cherché à deviner l'âge de la personne n° 6 ou n° 7, par exemple, mais

1. Le terme expédient que j'emploie ici me paraît ramener le procédé à sa véritable valeur; ce n'est pas une application régulière du calcul des probabilités ; c'est quelque chose d'empirique, c'est une sorte d'opération hybride. Pour ceux qui aiment à se rendre compte de la valeur de chaque méthode, je veux indiquer de suite le point faible de celle-ci. Son principe est d'appliquer les solutions d'un expert à des documents autres que ceux qu'il avait en vue quand il donnait chaque solution, et nous avons admis en quelque sorte de piano que les erreurs de ces solutions constitueraient l'erreur de hasard. Ceci continue à me paraître juste, mais à une condition pourtant, c'est qu'il existe entre les diverses solutions de l'expert de très grandes différences. Si les solutions étaient au contraire très homogènes, le procédé cesserait d'être applicable. Je prends de suite un exemple. Supposons que les âges de tous lesscripteurs sont uniformément de 40 ans; supposons que l'expert ait attribué à tous ces scripteurs des âges -variant de 35 à 45 ans, c'est-à-dire qu'il y ait homogénéité dans les âges réels et dans les âges attribués. Il est clair, dans un cas de ce genre, qu'on ne pourrait faire la part du hasard en appliquant la solution A au document B, et ainsi de suite ; car les solutions, étant très peu variées, différeraient insuffisamment entre elles pour que la substitution de la solution B à la solution A exprimât le jeu du hasard.

celui de la personne n°5, l'écart entre l'âge réel de la personne n° 5, et l'âge attribué à la personne n° 6 était de simple hasard ; et de plus, comme il s'agissait d'âges réellement choisis pour une personne et non tirés au sort, l'influence des habitudes mentales sur le choix des âges devait continuer à se faire sentir. Nous pouvons établir de la sorte ce que donne le hasard dans un tirage au sort mental. J'ai fait les calculs en me servant des séries de M. Crépieux-Jamin; je me suis borné à calculer la moyenne de 300 écarts de ce genre, et je suis arrivé à un écart moyen de 15 ans 7 dixièmes; les variations sont énormes, bien entendu, elles varient de 0 à 43 ans; mais c'est l'écart moyen qui doit nous servir principale ment.

Définissons avec précision le sens de cette moyenne générale ; elle signifie qu'en devinant au hasard l'âge des écritures, on commettrait une erreur moyenne de 15 ans. Nous avons ainsi en notre possession un procédé pour apprécier la valeur des diagnostics. Toutes les fois qu'une personne n'atteindra pas une approximation moyenne inférieure à 15 ans 7 dixièmes, on pourra la considérer pratiquement comme n'ayant pas perçu l'âge des écritures.

Je suis persuadé que mes lecteurs seront très étonnés du chiffre que je viens de citer. On n'aurait pas cru le hasard aussi habile homme. Donner une approximation de 15 ans 7, cela semble serrer la vérité d'assez près. J'ai eu récemment la preuve bien curieuse de cette illusion; je cite le fait, qui est instructif à plusieurs égards. Une personne qui se pique de graphologie, ayant déterminé les âges de mes 180 écritures, éprouvait le besoin fort légitime de savoir si elle s'était trompée ou non. Prudemment, sans ajouter aucun commentaire, je me bornai à lui transmettre le chiffre de son écart moyen, qui est à peu près égal à l'écart de hasard ; elle le trouva petit, et s'en montra satisfaite. Se tromper de quinze ans ne paraît pas une faute lourde. Avec un peu de bonne volonté, on peut même y voir une preuve de finesse de jugement. C'est le calcul des probabilités qui seul dissipe brutalement l'illusion.

L'influence du hasard peut être présentée sous une forme plus détaillée qu'un chiffre de moyenne. Ce chiffre, trop sommaire, ne tient pas compte de beaucoup de petitesnuances.Les

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