L'ELIMINATION DU HASARD
erreurs commises peuvent, tout en conduisant à la même moyenne, varier beaucoup de nature ; ainsi, avec des erreurs fortes et très rares on composerait la même moyenne qu'avec des erreurs faibles mais très fréquentes. Pour connaître la fréquence, ou plus exactement le pourcentage des différentes valeurs que l'erreur a présenté dans une expérience donnée sur 100 enveloppes, il faut rechercher le nombre des erreurs de 1 an, de 2 ans, de 3 ans, etc. Le tableau suivant, calculé sur nos solutions de hasard, donne le pourcentage des gros et des petits écarts.
Nombre d'écarts de 0 à a ans 18 p. 100
J'espère bien que malgré la sécheresse de cette petite étude sur le hasard, où j'ai dû souvent parler chiffres, on en aura compris la nécessité absolue. 11 est indispensable de se familiariser avec les combinaisons multiples, et parfois surprenantes, que le hasard réalise, pour donner aux solutions des experts leur véritable signification.
En résumé, le fait le plus important à retenir, c'est que dans notre recherche, l'écart de hasard est de 15 ans et demi.
Je passe la parole à M. Crépieux-Jamin, qui a bien, voulu résumer pour nous les signes graphologiques dont il s'est servi pour faire son analyse.
... En ce qui concerne Fàge j'ai le sentiment d'être bien moins avancé que pour le sexe. J'ai cependant pu concevoir cinq périodes, mais la graphologie m'a semblé indiquer plutôt le degré de développement ou d'usure de l'organisme, que l'âge réel. Certains lycéens de 15 à 18 ans sont plus développés, plus âgés psychologiquement que beaucoup d'hommes de 30 ans dont les études ont été arrêtées au sortir de l'école primaire. D'autre part, des individus doués d'une belle physiologie ont à 60 ans une activité que pourraient envier des hommes sensiblement plus jeunes mais usés par des maladies ou des excès.
Quand je connaîtrai le résultat de l'expérience, je pourrai probablement perfectionner ma façon de procéder, rectifier mon tir! Au début j'ai marché avec une extrême hésitation ; à la fin j'allais quatre fois plus vite et avec plus d'assurance, toutefois je me sentais toujours aussi incapable de préciser autre chose que des périodes de développement ou des degrés d'usure.
Il m'a semblé que le jeune âge se manifestait par un tracé grossi, lent, maladroit, sans grâce, avec des mots dont les lettres sont égales ou vont en augmentant de hauteur.
Les adolescents ont un tracé plus expansif, avec des inégalités nombreuses et des formes prétentieuses, entre autres la hampe des d enroulée. Les traits sont fermes, nets et ont perdu la lourdeur que je signalais chez l'enfant.
Les adultes jeunes ont une écriture plus nette encore et libérée des formes calligraphiques. L'originalité du caractère se montre pleinement, la diversité des écritures est plus grande que dans l'adolescence, chacun se classe.
Les adultes âgés n'ont déjà plus cette légèreté, cette fraîcheur du tracé de 2i) ans. Ils nous offrent à considérer des traits appuyés, des angles, des marques d'hésitation et des dépressions. Plus tard des petits traits léger
surajoutés montrent la fatigue des scripteurs qui ne font plus leurs levées de plume avec le même entrain, en sorte que la plume frôle encore le papier quand le mot est achevé. 11 en résulte de petits appendices, des cheveux ou des fils si on préfère.
Ce qui était de l'hésitation chez l'homme de oO ans devient ici une inhibition constante. Chaque mot provoque deux ou trois arrêts plus ou moins brusques. L'élan a disparu. D'autre part l'inégalité considérable ;de la hauteur des lettres montre ce que la main a perdu de sûreté.
La vieillesse se manifeste sous des formes très variées aussi, elle est décelée surtout par des tremblements caractéristiques, ou par des dépressions. Et sous le titre de dépressions, j'entends tous les signes graphologiques qui témoignent d'une diminution de l'activité; écriture descendante, lignes convexes ou concaves ; traits courbes modifiés, concaves au lieu de convexes ou bien transformés en lignes droites associées, ce qui est le premier stade de l'écriture tremblée; écriture lâchée; tracé flou: ratures et reprises, etc.
Tel est, cher monsieur, le résumé de mes observations. Je ne me dissimule pas leur insuffisance, mais il faut un début à tout.
Madame de Salberg, graphologue parisien, m'envoie la note suivante :
Chaque époque se caractérise par un genre d'écriture adéquat à la façon d'être d'une société. C'est grâce à ces tracés distincts, qui sont une mode, qu'il est possible de reconnaître approximativement l'âge d'un scripteur, à moins qu'il ne s'agisse d'un enfant ou d'un vieillard ; l'inhabileté du tracé enfantin se reconnaît dans sa marche incertaine, tandis que la décrépitude fait trembler la main qui tient la plume.
D'après ce qui précède, il est facile de comprendre qu'il ne peut y avoir de règles fixes, car, même le plus ou moins de fermeté du dessin n'est pas toujours l'apanage de la jeunesse, puisqu'il y a des jeunesses débiles et des vieillesses robustes. C'est ici, surtout, qu'une grande habitude de voir des écritures, un œil exercé à les comparer entre elles, est indispensable pour tirer des conclusions logiques.
Il est juste d'observer que la mode appliquée à l'écriture n'exerce réellement son influence que sur les classes élevées et surtout sur les graphismes féminins, car ce sont les femmes qui subissent les fluctuations de la mode. Les écritures communales y échappent, de même que celles des savants, des artistes, qui restent les mêmes, à peu près identiques dans tous les temps.
Dans des conditions aussi variables, comment, en effet, établir des règles? Le jugement doit se baser sur les observations spéciales à chaque graphisme et, en tout cas, on ne peut déterminer un âge que de 10 ans en 10 ans, période nécessaire pour une évolution appréciable de l'individu.